Crema clôt la tournée italienne du Khalife de Bambilor sur un plaidoyer pour la fraternité

21 - Septembre - 2026

Il y avait du monde, dimanche 20 septembre, dans la Sala Alessandrini de Crema, et un public venu écouter plus que saluer. C'est là que Thierno Amadou Ba, Khalife de Bambilor, Ambassadeur de la paix et président de l'ONG Fawzi Wanadiaty, a refermé le volet italien de sa tournée européenne par une intervention dont la portée dépasse largement celle d'une simple étape.

Cette 18e édition, placée sous le signe de la diplomatie religieuse au service de la diaspora, faisait halte à l'invitation de l'ONG R.I.E.P.P., que préside Abdou Sylla. La conférence, consacrée à l'immigration, à l'intégration et au dialogue interreligieux, avait réuni responsables religieux, élus et militants associatifs de la région. Monseigneur Daniele Gianotti, évêque de Crema, avait tenu à y assister. Le maire, Fabio Bergamaschi, était représenté. Dans la salle se trouvaient aussi les pères Gabriel Frassi et Stephano Savoia, Enrico Fantoni, du centre missionnaire et de l'office des migrants du diocèse, qui modérait les débats, ainsi que Hamid Tahiri, pour la communauté islamique de la ville.

Le Khalife a d'abord remercié ceux qui étaient là. « Votre présence est un message », a lancé le Khalife, avant d'ajouter qu'elle disait la foi qu'on garde dans le dialogue et dans la fraternité. Il a ensuite salué le travail d'Abdou Sylla et de son association, en rappelant qu'une communauté ne se construit pas seulement avec des discours, mais avec des hommes et des femmes qui s'engagent, et parfois sur leurs propres moyens. Un hommage adressé, disait il, à tous ceux qui servent sans chercher la lumière.

Sur l'immigration, il a préféré parler de visages plutôt que de frontières : des mères, des pères, des étudiants, des travailleurs, des jeunes qui rêvent d'un avenir meilleur. Face à quelqu'un qui traverse une frontière, faut il voir d'abord un étranger ou un être humain ? La question, a t il expliqué, engage tout le monde, car la façon dont une société traite les plus vulnérables en dit long sur elle même.

Pour nourrir sa réflexion, le Khalife s'est appuyé sur le Coran. Il a cité le verset de la sourate Al Hujurât qui affirme que les peuples et les tribus ont été créés « afin que vous vous connaissiez », et en a tiré une leçon simple : la différence est donnée pour la rencontre, pas pour la haine ni pour les murs. Le verset sur les croyants, frères entre eux, puis l'appel de la sourate Al Mâ'idah à s'entraider dans le bien, l'ont conduit à des exemples très concrets : l'éducation, l'emploi, l'accompagnement des familles, la prévention des conflits, la protection des jeunes.

C'est à la jeunesse qu'il s'est adressé avec le plus de chaleur. « Vous n'êtes pas un problème à résoudre, vous êtes une force à accompagner », a t il dit à ces jeunes qui parlent plusieurs langues et grandissent entre plusieurs cultures. À ceux à qui l'on demande s'ils sont d'ici ou de là bas, il a répondu qu'il n'y avait aucune raison de choisir : on peut être profondément attaché à sa foi et pleinement citoyen de son pays. À condition, a t il précisé, que cette force soit accompagnée par l'éducation, la responsabilité et le respect.

Le dialogue interreligieux, a t il insisté, n'est pas une cérémonie annuelle où l'on pose pour la photo. Il commence quand on accepte d'écouter celui qui ne pense pas comme soi. Dialoguer ne veut pas dire renoncer à ses convictions, mais avoir assez confiance en elles pour entendre celles des autres. Le Sénégal, où communautés religieuses coexistent et échangent, a servi d'exemple d'une diversité mise au service de la paix.

Vient alors la diplomatie religieuse, qu'il définit comme l'art de jeter des ponts là où certains voient des murs. Les responsables religieux, a t il rappelé, parlent aux familles et aux jeunes, connaissent les quartiers et peuvent désamorcer les tensions avant qu'elles ne deviennent des crises. Les diasporas, elles, sont des passerelles : celui qui possède deux cultures ne possède pas deux moitiés, mais deux portes ouvertes sur le monde, et contribue au développement de son pays d'accueil comme de son pays d'origine.

En conclusion, il a invité chacun à cesser de se demander ce que l'autre doit faire pour se demander ce que lui même peut faire, pour son voisin, sa communauté, la jeunesse et la paix. « Ne construisons pas des murs entre les hommes, construisons des ponts », a t il lancé, en appelant à transmettre aux enfants non pas la peur de l'autre, mais sa connaissance.

La rencontre s'est achevée dans la convivialité, autour d'un apéritif multiculturel qui a réuni les différentes composantes de la société cremasque. De Bambilor à Crema, le message du Khalife n'a pas varié : la paix se construit dans la rencontre, et la diversité devient une richesse quand les peuples prennent le temps de se comprendre.

Malick Sakho

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