Sawaré Souahibou, de l’Italie au Sénégal, le pari d’un artisan qui veut donner un métier aux jeunes

02 - Novembre - 2026

Ancien vendeur ambulant devenu artisan, Sawaré Souahibou a choisi de mettre son expérience au service de la jeunesse sénégalaise. Après avoir appris à fabriquer des ceintures et des sacs en Italie, cet entrepreneur de nationalité italienne et d’origine sénégalaise est retourné au pays avec une ambition : transmettre son savoir-faire à des jeunes qui manquent de perspectives. Malgré les difficultés et l’absence de soutien institutionnel qu’il déplore, il poursuit son engagement avec la conviction qu’un métier peut changer une vie. Il aurait pu continuer à développer son activité en Italie. Il aurait pu considérer le savoir-faire acquis au fil des années comme un moyen de construire uniquement sa propre réussite. Sawaré Souahibou a fait un autre choix : retourner au Sénégal pour apprendre aux jeunes à fabriquer de leurs mains ce qui leur permettra, demain, de gagner leur vie.

Son histoire commence loin des ateliers d’artisanat, alors qu’il exerce comme vendeur ambulant en Italie. Un jour, chez un fournisseur où il a l’habitude de s’approvisionner, son attention est attirée par des articles artisanaux. Au lieu de se contenter de les vendre, il veut comprendre comment ils sont fabriqués. Il prend alors son courage à deux mains et demande au patron de lui apprendre le métier. Celui-ci accepte.

Cette rencontre va donner une nouvelle direction à son parcours. Peu à peu, Sawaré apprend les techniques de fabrication, se familiarise avec les gestes du métier et acquiert de l’expérience. Il se spécialise dans la confection de ceintures ainsi que de sacs destinés aux hommes et aux femmes. L’ancien vendeur ambulant devient artisan. Derrière cette évolution, il y a du travail, de la patience et la volonté de ne pas laisser passer une occasion d’apprendre. Mais, à mesure qu’il maîtrise son métier, une autre préoccupation prend de l’importance. Il pense à ces jeunes Africains qui quittent leur pays dans l’espoir de trouver en Europe les conditions d’une vie meilleure. Il pense surtout à ceux qui prennent la mer, traversent des déserts et mettent leur existence en jeu pour atteindre l’Italie. Beaucoup ne parviennent jamais à destination.

Pour Sawaré Souahibou, cette réalité est devenue difficile à accepter. Il ne veut pas se contenter de regarder cette tragédie se répéter. Il se demande ce qu’il peut faire, à son niveau, pour offrir une autre perspective à ceux qui grandissent au Sénégal sans disposer de véritables moyens pour construire leur avenir. Sa réponse prend la forme d’une décision personnelle : rentrer au pays et transmettre ce qu’il a appris. « Tous ceux qui viennent en Italie cherchent une vie meilleure », explique-t-il en substance. Mais, à ses yeux, l’absence de qualification professionnelle constitue un obstacle majeur pour de nombreux jeunes. Il est convaincu que l’apprentissage d’un métier peut ouvrir des portes et permettre à certains de construire leur avenir sans être contraints de risquer leur vie sur les routes de l’émigration. Le retour au Sénégal ne ressemble pourtant pas à un chemin tout tracé. Former des jeunes demande du matériel, un espace de travail, des moyens financiers et du temps. Il faut aussi convaincre, accompagner et recommencer lorsque les difficultés se présentent. Sawaré Souahibou dit avoir avancé avec ses propres ressources, sans bénéficier de l’appui dont il aurait eu besoin pour donner à son projet une dimension plus importante. Malgré ces obstacles, il a commencé à former des jeunes, des hommes comme des femmes.

Son objectif est de leur transmettre une compétence concrète, susceptible de devenir une activité professionnelle. Dans son approche, l’apprentissage ne doit pas rester une simple démonstration technique. Il doit déboucher sur une possibilité réelle de travailler, de produire et, à terme, de vivre de son savoir-faire. Le message qu’il adresse à ceux qu’il forme est direct : « Apprenez vite ! Celui qui possède un métier est sauvé ; celui qui n’en a pas risque, un jour ou l’autre, de souffrir de la faim. » Cette phrase résume sa conception de la formation. Pour lui, apprendre un métier, ce n’est pas seulement acquérir une technique. C’est gagner en autonomie, pouvoir envisager une activité et retrouver une capacité d’action sur son propre avenir. Dans un pays où de nombreux jeunes cherchent une insertion professionnelle, il estime que les compétences manuelles peuvent constituer une réponse concrète, à condition de leur donner les moyens de s’exercer et de produire.

Son ambition dépasse d’ailleurs le cadre d’un petit atelier. À son arrivée au Sénégal, il affirme avoir pris contact avec le ministre chargé de l’Artisanat afin de présenter sa démarche et d’examiner les possibilités de contribuer à l’emploi des jeunes. Il dit avoir été écouté, mais regrette qu’aucune mesure concrète n’ait suivi cette rencontre. Il ne cache pas sa déception. Pour donner à son initiative l’ampleur qu’il souhaite, il aurait eu besoin d’un atelier équipé, capable d’accueillir et de former, dans un premier temps, 120 personnes. Un tel outil lui aurait permis d’élargir le nombre de bénéficiaires et d’organiser son activité dans de meilleures conditions. À ce jour, il affirme ne recevoir aucune aide de l’État et devoir compter sur ses propres moyens. Son témoignage met en lumière une difficulté que rencontrent de nombreux porteurs de projets : avoir une idée, posséder une compétence et vouloir agir ne suffisent pas toujours lorsqu’il manque les infrastructures et les ressources nécessaires pour passer à l’échelle supérieure.

Sawaré Souahibou ne se présente pourtant pas comme un homme politique. Il tient à cette distinction. Sa démarche, insiste-t-il, relève de l’entrepreneuriat et d’un engagement personnel. Il ne cherche pas à entrer dans une confrontation partisane, mais à faire avancer une idée qui lui tient à cœur : donner à des jeunes les moyens d’apprendre, de travailler et de prendre leur avenir en main. Cette volonté s’appuie sur son propre parcours. Il sait ce que représente le fait de commencer sans maîtriser un métier, puis de saisir une occasion pour apprendre et progresser. Il sait aussi qu’une compétence peut modifier le cours d’une existence. C’est cette expérience qu’il souhaite transmettre, non sous la forme d’un discours, mais à travers des gestes, des techniques et une pratique quotidienne. Il serait toutefois illusoire de croire que la formation, à elle seule, peut résoudre toutes les difficultés de l’emploi des jeunes. Encore faut-il disposer d’outils de production, accéder aux matières premières, trouver des débouchés et pouvoir commercialiser les articles fabriqués.

C’est précisément pour cette raison que Sawaré Souahibou insiste sur la nécessité de créer des conditions de travail durables. À ses yeux, il ne suffit pas de promettre un emploi à chacun : il faut bâtir les moyens qui permettront à chacun de développer une activité. Son projet pose ainsi une question essentielle pour le Sénégal comme pour de nombreux pays africains : comment transformer les compétences individuelles en possibilités économiques accessibles à la jeunesse ? L’artisanat peut représenter une piste, notamment lorsqu’il permet de fabriquer des produits commercialisables et de transmettre des techniques à d’autres personnes. Mais pour que cette perspective se concrétise, les initiatives individuelles ont besoin d’un environnement favorable. Sawaré Souahibou ne prétend pas détenir, à lui seul, la réponse à tous les défis. Il entend simplement faire sa part, avec les moyens dont il dispose. Il a déjà traversé des épreuves, connu des déceptions et dû poursuivre son chemin sans le soutien qu’il espérait. Pourtant, il refuse de renoncer. Son rêve reste le même : transmettre son savoir-faire à ceux qui n’ont rien et leur donner une chance de construire autre chose que la précarité.

Derrière les ceintures et les sacs qu’il fabrique, il y a une ambition plus grande que la production artisanale. Il y a la volonté de faire de l’apprentissage un moyen d’émancipation et de contribuer, à son échelle, à réduire les raisons qui poussent tant de jeunes à partir. Son parcours rappelle qu’un retour au pays peut aussi être un projet de transmission. Revenir ne signifie pas seulement retrouver une terre, une famille ou des repères. Cela peut vouloir dire rapporter une expérience acquise ailleurs et tenter de la mettre au service des autres, même lorsque les conditions sont difficiles.

Sawaré Souahibou avance sans garantie de réussite, mais avec une détermination intacte. Il ne demande pas que l’on fasse le travail à sa place. Il souhaite disposer des moyens nécessaires pour en faire davantage. Et tant que son projet pourra offrir à un jeune la possibilité d’apprendre un métier et d’envisager un avenir au Sénégal, il entend continuer. « Mon rêve est de venir en aide aux autres », explique-t-il. Puis il ajoute, avec la détermination de celui qui a choisi de poursuivre malgré les obstacles : « Moi, en tout cas, je n’abandonne pas. » Dans ces mots se trouve toute la portée de son engagement. Non pas une promesse de réussite facile, mais une conviction forgée par l’expérience : pour ouvrir des perspectives à la jeunesse, il faut parfois commencer par transmettre ce que l’on sait faire, puis se battre pour que ce savoir-faire puisse devenir un véritable moyen de vivre.

Malick sakho

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