À la tête de Guina Avicole, entreprise créée en 2018 à Bamako, Rokiatou Sagara poursuit un projet entrepreneurial qui dépasse les frontières. Entre son engagement professionnel au Canada et la gestion de son entreprise au Mali, elle défend une ambition claire : contribuer au développement de la filière avicole et rendre les œufs et la viande de poulet accessibles au plus grand nombre.
L'entrepreneuriat n’est pas toujours une affaire de frontières. Il arrive qu’un projet prenne racine dans un pays, se développe malgré les difficultés du terrain et continue de grandir à des milliers de kilomètres de son point de départ. Le parcours de Rokiatou Sagara en offre une illustration concrète. Formée à l’université au Mali, cette entrepreneure a choisi de se lancer dans l’aviculture avant de poursuivre ses études supérieures au Canada. Deux pays, deux expériences, mais un même fil conducteur : faire grandir une entreprise capable de répondre à des besoins essentiels de la population malienne. C’est au lendemain de ses études universitaires qu’elle décide de faire le pari de l’entrepreneuriat.
À quelques kilomètres de Bamako, elle acquiert des terrains pour y développer une activité d’élevage. Le projet démarre avec environ 2 000 poules pondeuses. Une première étape qui lui permet de découvrir les exigences d’un secteur où la volonté d’entreprendre ne suffit pas toujours à surmonter les contraintes du quotidien. L’expérience lui apprend notamment combien la question du transport peut peser sur la rentabilité d’une exploitation. Entre la capitale malienne et les sites d’élevage, les déplacements constituent une difficulté à part entière. Derrière les chiffres et les ambitions, il y a cette réalité que connaissent bien les entrepreneurs agricoles : produire est une chose, acheminer les produits et organiser efficacement son activité en est une autre.
Ces premières années lui donnent ainsi une connaissance directe des obstacles auxquels se heurtent les acteurs de l’aviculture au Mali. En 2018, elle franchit une nouvelle étape avec la création de Guina Avicole.L’entreprise se spécialise dans le secteur avicole et développe progressivement ses activités autour de l’approvisionnement et de la production. Elle assure notamment la production de poussins de chair à Bamako, tout en important des poussins destinés à la ponte ainsi que des œufs à couver. Autant d’activités qui s’inscrivent dans une filière où la disponibilité des intrants et la régularité de l’approvisionnement comptent parmi les enjeux majeurs.
Pour Rokiatou Sagara, cette aventure professionnelle prend une dimension particulière en 2023. Elle choisit alors de partir au Canada afin d’y poursuivre des études supérieures. Ce départ aurait pu signifier une mise entre parenthèses de son projet malien. Il devient plutôt une nouvelle organisation de son parcours. Depuis le Canada, elle continue de travailler dans le domaine de l’éducation tout en maintenant son engagement dans le développement de Guina Avicole. La solidarité familiale dans la construction et la pérennité d’une initiative entrepreneuriale La distance impose une autre manière de diriger. Le suivi des activités s’effectue désormais à distance, avec le concours de son frère et de sa sœur, qui occupent respectivement les fonctions de directeur adjoint et de directrice commerciale. Leur participation à la gestion de l’entreprise permet d’assurer la continuité des opérations au Mali, tandis que Rokiatou Sagara poursuit ses objectifs depuis l’étranger.
Cette organisation témoigne également de la place que peut prendre la solidarité familiale dans la construction et la pérennité d’une initiative entrepreneuriale. Son parcours prend tout son sens lorsqu’elle évoque sa vision de l’aviculture malienne. Au-delà de la croissance de son entreprise, elle souhaite contribuer à améliorer l’accès aux produits avicoles. Son ambition est de voir les œufs et la viande de poulet occuper une place plus accessible dans l’alimentation des Maliens, sans être perçus comme des produits réservés aux ménages disposant de revenus confortables. Cette préoccupation donne une portée sociale à son engagement économique. Produire davantage, participer à la création d’emplois et contribuer à l’alimentation de la population constituent les principales orientations qu’elle assigne à Guina Avicole.
Dans un secteur qui touche directement aux habitudes alimentaires, la question du prix et de la disponibilité des produits reste déterminante. Pour l’entrepreneure, le développement de la filière doit aussi se mesurer à sa capacité à répondre aux besoins de la population. C’est dans cette perspective qu’elle s’est rendue au SPACE, le Salon international de l’élevage organisé à Rennes. Sa participation répond à des objectifs précis : rencontrer des fournisseurs, découvrir de nouvelles solutions techniques et rechercher des partenaires solides susceptibles d’accompagner le développement de son entreprise. L’événement représente pour elle une occasion d’élargir son réseau professionnel, de confronter son expérience à celle d’autres acteurs et d’identifier des pistes adaptées aux réalités de l’aviculture au Mali. Cette démarche illustre l’intérêt des échanges internationaux pour les entrepreneurs qui souhaitent faire évoluer leurs activités.
Les rencontres professionnelles, la recherche de fournisseurs et l’accès à de nouvelles solutions peuvent ouvrir des perspectives, à condition de tenir compte des contraintes locales et des besoins réels des exploitations. Pour Guina Avicole, l’enjeu est de transformer ces contacts en possibilités concrètes de développement. Entre le Mali, où se trouve son entreprise, et le Canada, où elle poursuit ses études et son activité dans l’éducation, Rokiatou Sagara avance sur deux fronts. Son itinéraire témoigne de cette capacité à maintenir un projet dans son pays d’origine tout en poursuivant ailleurs son propre parcours. Il rappelle aussi que l’entrepreneuriat de la diaspora ne se résume pas aux transferts financiers : il peut également prendre la forme d’un engagement durable dans une entreprise, d’une recherche de partenariats et d’une volonté de contribuer à l’économie du pays. Le chemin reste ouvert, et les ambitions affichées devront se confronter aux réalités du marché, aux coûts de production et aux défis d’approvisionnement propres à la filière.
Mais la direction est clairement tracée. Avec Guina Avicole, Rokiatou Sagara entend prendre sa part dans le développement de l’aviculture malienne, renforcer les capacités de production et participer à une meilleure accessibilité des produits avicoles.
Son histoire est celle d’une entrepreneure qui n’a pas abandonné son projet en changeant de pays. Elle a choisi de poursuivre son parcours au Canada sans rompre le lien avec l’entreprise qu’elle a créée au Mali. Une double expérience qu’elle entend mettre au service d’une ambition simple à formuler, mais exigeante à réaliser : faire de l’aviculture un secteur davantage capable de nourrir la population, de créer des emplois et d’offrir de nouvelles perspectives économiques.
Malick Sakho