DIASPORA D’OR : ET SI L’ÉPARGNE DES SÉNÉGALAIS DE L’EXTÉRIEUR DEVENAIT UN MOTEUR DE L’INDUSTRIALISATION NATIONALE ?

01 - Novembre - 2026

La Citadelle Industrielle de Thiès propose de faire de la diaspora un partenaire direct de la production locale et de l’emploi des jeunes
Par la rédaction
Les transferts financiers des Sénégalais établis à l’étranger constituent une ressource majeure pour les familles et l’économie nationale. Mais une question se pose: comment transformer une partie de cette épargne, souvent consacrée aux dépenses courantes et aux projets familiaux, en un levier durable de création de richesses, d’emplois et de capacités industrielles au Sénégal?
C’est l’ambition portée par le projet « Diaspora d’Or », associé à la mise en place d’un Fonds Diasporas pour la Citadelle Industrielle de Thiès (CIT).
À l’initiative de Mayoro Mbaye, juriste et chef d’entreprise sénégalais, la CIT défend une stratégie d’industrialisation fondée sur la substitution aux importations.
L’idée est de produire localement, à Thiès, des matériaux et équipements utilisés dans le bâtiment et les travaux publics : portes, fenêtres, quincaillerie, équipements de plomberie et composants électriques. Un tel projet entend répondre à une demande nationale importante tout en renforçant la place du secteur secondaire dans l’économie.
« Éloigner la jeunesse de la Citadelle du silence. Mettre un terme à l’émigration clandestine » : cette devise résume la dimension économique et sociale revendiquée par le projet. Pour ses promoteurs, l’industrialisation ne doit pas seulement se mesurer au nombre d’usines construites, mais aussi à sa capacité à offrir aux jeunes des perspectives concrètes de formation, d’apprentissage et d’emploi.
Le dispositif proposé prévoit plusieurs instruments complémentaires. Un compte de placement destiné aux membres de la diaspora pourrait permettre une épargne programmée à distance. Un projet de « Diasporas Bond » est également envisagé afin de mobiliser des ressources sur une durée plus longue pour financer les premières unités de production de la CIT. Enfin, un volet « Épargne-Action Formation » prévoit, selon la note de présentation, d’affecter une partie des ressources à la formation professionnelle de jeunes, notamment à Thiès.
Le partenariat bancaire envisagé avec la BCI Sénégal occupe une place centrale dans cette architecture. La proposition présentée par la CIT prévoit la domiciliation des versements auprès de la banque, un compte séquestre et un déblocage progressif des fonds sur présentation de factures et après validation selon les mécanismes de gouvernance proposés. Ces éléments visent à renforcer la traçabilité et la confiance des souscripteurs. Ils devront toutefois être précisés et formalisés dans les accords définitifs, conformément aux règles bancaires, financières et réglementaires applicables.
Le projet revendique aussi une ouverture technologique internationale, notamment à travers le partenariat CASEITALY mentionné dans la note de présentation, qui prévoit un transfert de technologie, des équipements industriels et des standards de production. L’ambition est de rapprocher l’investissement de la diaspora des compétences techniques nécessaires à une production locale compétitive.
Pour les Sénégalais de l’extérieur, l’enjeu serait de dépasser le rôle de soutien financier aux ménages pour devenir également des acteurs de l’investissement productif. Le modèle présenté envisage que la diaspora puisse participer au développement d’unités industrielles et, selon les conditions qui seront arrêtées, bénéficier de mécanismes de placement ou d’investissement liés au projet. Les modalités de rendement, de garantie, de remboursement et d’accès éventuel à des logements ou locaux devront être confirmées par les partenaires habilités et documentées de façon transparente avant toute souscription.
La CIT estime pouvoir mobiliser jusqu’à 5 milliards de francs CFA d’épargne de la diaspora sur 24 mois. Cet objectif constitue une ambition annoncée par les promoteurs, et non un financement déjà acquis. Sa réalisation dépendra notamment de la structuration juridique et financière du fonds, de l’engagement des partenaires, de la viabilité économique des unités industrielles et de la confiance des futurs souscripteurs.
Le projet s’inscrit dans un débat plus large sur la souveraineté économique : un pays peut-il continuer à importer une part importante de biens qu’il pourrait fabriquer localement ? En investissant dans la production, la formation et les chaînes de valeur nationales, les ressources de la diaspora pourraient contribuer à créer des emplois, à développer des compétences et à retenir davantage de valeur ajoutée dans l’économie sénégalaise.
À l’approche du lancement annoncé à Bruz le 19 décembre 2026, les prochaines étapes seront déterminantes : préciser le cadre de partenariat avec la BCI Sénégal, sécuriser les instruments financiers, établir une gouvernance transparente et communiquer aux souscripteurs une information complète sur les risques, les conditions et les droits associés à chaque produit. Le succès de « Diaspora d’Or » dépendra autant de la force de son ambition que de la rigueur de son exécution.
Faire de la diaspora un investisseur de l’industrie nationale : telle est la promesse portée par cette initiative. Si elle se concrétise dans un cadre transparent, conforme à la réglementation et économiquement viable, elle pourrait contribuer à rapprocher les Sénégalais de l’extérieur de la transformation productive de leur pays — et donner un contenu concret à l’idée selon laquelle l’épargne peut aussi bâtir l’avenir.

Note de rédaction : Cet article est rédigé à partir de la note de présentation du Fonds Diasporas – Citadelle Industrielle de Thiès. Les objectifs de collecte et les caractéristiques financières évoqués correspondent aux propositions des promoteurs et ne doivent pas être interprétés comme des garanties ou des offres financières déjà validées.

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