À Nantes, le khalife Thierno Amadou Ba appelle à faire de la foi un chemin vers la paix

31 - Octobre - 2026

En déplacement à Nantes dans le cadre de sa tournée européenne, le khalife Thierno Amadou Ba, président de l’ONG Fawzi Wanadiaty, a placé le dialogue, la fraternité et la solidarité au centre de son message. Invité par Soko Soko, président de l’association Les Bénévoles d’Afrique, il a notamment dirigé, vendredi soir, le khadara jummah organisé par le Dahira tidiane de Nantes, avant de participer à une conférence consacrée à la diplomatie religieuse et à la construction d’une société pacifique et solidaire.

À Nantes, la venue du khalife Thierno Amadou Ba dépasse le cadre d’une simple visite religieuse. Elle porte une réflexion sur la place de la foi dans la société, le rôle des responsables religieux dans le rapprochement des communautés et la nécessité de donner à la solidarité une traduction concrète. Dans une période où les tensions identitaires et les incompréhensions fragilisent parfois le vivre-ensemble, son message invite à revenir à l’essentiel : apprendre à se connaître, accepter les différences et préserver ce qui unit les hommes. La soirée du vendredi 30 octobre a été marquée par le khadara jummah dirigé par le khalife à l’occasion d’un rassemblement organisé par le Dahira tidiane de Nantes.

Ce moment de spiritualité a constitué un temps fort de sa présence dans la cité des Ducs, réunissant les fidèles autour de la prière et du recueillement. Au-delà de sa dimension religieuse, cette rencontre rappelle le rôle que jouent les dahiras dans la vie des Sénégalais établis à l’étranger. Ces structures sont souvent des lieux de transmission spirituelle, de solidarité et de préservation des liens avec le pays d’origine. Pour de nombreux membres de la diaspora, elles représentent également un espace où se retrouvent plusieurs générations, où les plus jeunes découvrent un héritage culturel et religieux et où les anciens entretiennent une mémoire commune. Leur action dépasse ainsi le seul cadre du culte : elles contribuent à maintenir une cohésion communautaire, à accompagner les familles et à soutenir les personnes qui traversent des difficultés. C’est dans cette perspective que s’inscrit la démarche portée par Thierno Amadou Ba, dont le déplacement à Nantes entend accorder une place particulière au dialogue entre les traditions religieuses et les acteurs de la société.

Le samedi 31 octobre, une conférence organisée autour du thème « Diplomatie religieuse : construction d’une société pacifique et solidaire » doit permettre d’approfondir cette réflexion. Initiée par Soko Soko et l’association Les Bénévoles d’Afrique, la rencontre réunit des responsables associatifs, des représentants institutionnels et des personnalités religieuses autour d’une question qui dépasse les appartenances confessionnelles : comment faire de nos différences une richesse plutôt qu’une source de division ? Dans son discours, Thierno Amadou Ba défend une conception de la diplomatie religieuse fondée sur le dialogue, la médiation et la coopération. Il ne s’agit ni d’imposer une croyance ni d’effacer les différences entre les traditions. L’enjeu est plutôt de mobiliser les valeurs humaines et spirituelles pour rapprocher les personnes, prévenir les conflits et rechercher des réponses communes aux difficultés de la société. Cette distinction est importante.

Le dialogue interreligieux permet aux croyants de traditions différentes de mieux se connaître et de se comprendre. La diplomatie religieuse, elle, ambitionne de transformer cette connaissance mutuelle en actions capables de produire des résultats sur le terrain. Lorsqu’un désaccord menace de diviser une communauté, les responsables religieux peuvent contribuer à rétablir la confiance. Face à une famille en difficulté, les associations peuvent organiser l’entraide. Lorsqu’un jeune perd confiance en son avenir, les acteurs religieux, éducatifs et sociaux peuvent unir leurs efforts pour lui ouvrir de nouvelles perspectives.

La paix ne se construit donc pas uniquement dans les grandes déclarations. Elle se prépare aussi dans la manière d’écouter son voisin, de gérer un désaccord et de refuser que les différences deviennent des motifs de rejet. Pour le khalife, la paix ne saurait être réduite à la simple absence de conflits. Une société peut sembler tranquille tout en étant traversée par des injustices, des exclusions et des frustrations. Si ces difficultés restent sans réponse, elles finissent par fragiliser les relations entre les individus et les communautés. Son approche accorde ainsi une place importante à la dignité humaine, à la justice et au respect des droits. Elle appelle également à regarder avec attention la situation des jeunes, des migrants et des familles confrontées à la précarité. L’isolement, les discriminations et le manque de perspectives peuvent éloigner certaines personnes de la vie collective.

Face à ces réalités, les responsables religieux et associatifs disposent d’une capacité d’écoute et d’une proximité qui peuvent faire la différence. Mais leur action ne peut être pleinement efficace que si elle s’articule avec celle des collectivités, des institutions et des professionnels. À Nantes, la présence de responsables religieux issus de différentes traditions donne un relief particulier à cette réflexion. Le programme de la rencontre prévoit notamment la participation de l’abbé Sébastien, recteur de la cathédrale Saint-Pierre-et-Saint-Paul, et du cheikh Belgacem, imam principal de la mosquée de Malakoff, aux côtés d’autres acteurs engagés dans la vie associative et spirituelle. Leur rencontre rappelle une évidence trop souvent mise à l’épreuve : les différences de croyance n’empêchent ni le respect ni la coopération. Elles peuvent même devenir une source d’enrichissement lorsqu’elles s’accompagnent d’une volonté sincère de se comprendre.

Le discours de Thierno Amadou Ba fait également référence aux actions de solidarité menées à Bambilor, au Sénégal, à l’occasion d’un récent déplacement de l’association Les Bénévoles d’Afrique. Cette initiative illustre, selon lui, la nécessité de traduire les valeurs de fraternité en gestes utiles aux populations. Le lien entre Nantes et Bambilor donne une dimension particulière à cette démarche. Il rappelle que les solidarités construites au sein de la diaspora peuvent dépasser les frontières et contribuer à des initiatives en faveur des populations restées au pays. Les associations africaines établies en Europe occupent, à cet égard, une place importante. Grâce à leur connaissance des réalités locales, à leurs réseaux et à l’engagement de leurs membres, elles peuvent faciliter la mobilisation de ressources, accompagner des projets et créer des passerelles entre les territoires. Mais la solidarité ne peut durablement reposer sur la seule bonne volonté. Elle exige une organisation, des objectifs clairement définis et une attention constante aux besoins des personnes concernées.

C’est pourquoi le khalife souhaite que la rencontre de Nantes ne reste pas un rendez-vous isolé. Parmi les pistes qu’il avance figurent la création d’un cadre de dialogue régulier réunissant responsables religieux, associations, chercheurs et représentants institutionnels, ainsi que le développement de projets en faveur de la jeunesse, de l’éducation et de l’accompagnement des familles. Il évoque également la possibilité de renforcer les liens entre Nantes et Bambilor afin de favoriser les échanges d’expériences et de faire émerger des actions communes. Cette volonté de passer de la parole aux actes constitue l’un des fils conducteurs de son intervention. Le khalife aborde aussi les transformations liées aux réseaux sociaux et à l’intelligence artificielle. Ces outils permettent aujourd’hui de diffuser rapidement des informations, de rapprocher des communautés éloignées et de donner davantage de visibilité aux initiatives solidaires. Mais leur utilisation peut également alimenter les divisions lorsque les fausses informations et les discours de haine circulent sans contrôle.

Dans ce contexte, les responsables religieux, les associations et les familles ont un rôle à jouer dans l’éducation des jeunes à un usage responsable du numérique. Vérifier une information avant de la partager, respecter la vie privée et mesurer les conséquences de ses paroles sont autant de gestes qui participent à la préservation de la paix sociale. Ce rappel prend tout son sens dans des communautés où les réseaux sociaux occupent une place grandissante dans les échanges quotidiens. Une parole publiée à la hâte peut parfois provoquer des tensions durables, là où un dialogue direct aurait permis de dissiper un malentendu. La technologie ne remplace donc ni la responsabilité individuelle ni la nécessité de se parler. Elle peut servir la fraternité, à condition que ceux qui l’utilisent restent conscients de son influence.

À travers cette tournée européenne et la conférence organisée à Nantes, Thierno Amadou Ba défend une conviction : les religions peuvent contribuer à la construction d’une société plus juste et plus apaisée lorsqu’elles encouragent l’écoute, le respect et le service des autres. Cette ambition suppose toutefois que le dialogue dépasse le cadre des cérémonies et des rencontres officielles. Les responsables religieux, les associations, les collectivités et les citoyens doivent pouvoir se retrouver régulièrement, identifier les difficultés rencontrées sur le terrain et construire ensemble des réponses adaptées.

Pour la diaspora africaine, cette réflexion trouve un écho particulier. Entre la préservation des traditions, l’éducation des enfants, l’intégration dans les sociétés d’accueil et le maintien des liens avec les pays d’origine, les communautés sont confrontées à des défis qui nécessitent à la fois des repères et des espaces de dialogue. Les dahiras et les associations peuvent contribuer à cet équilibre, à condition de rester ouverts à la coopération et attentifs aux réalités de leur environnement. Leur force réside dans leur capacité à rassembler, à transmettre et à soutenir, sans se couper du reste de la société.

À Nantes, le message du khalife Thierno Amadou Ba invite ainsi à regarder la paix comme une responsabilité quotidienne. Une responsabilité qui ne revient pas aux seuls dirigeants ou aux responsables religieux, mais à chacun, dans sa famille, son quartier, son association et sa relation avec les autres. Car la fraternité ne se proclame pas seulement. Elle se démontre par les actes, par le respect de la dignité humaine et par la volonté de ne laisser personne seul face à ses difficultés. C’est à cette condition que le dialogue peut devenir une véritable force de cohésion et que la solidarité peut dépasser les intentions pour s’inscrire durablement dans la vie des communautés.

Malick sakho

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