Ndiamé Diack n'a pas commencé sa carrière dans les médias. Avant de devenir le visage d'un groupe audiovisuel tourné vers la diaspora sénégalaise, il a d'abord connu les réalités du commerce, les exigences de l'émigration et les efforts nécessaires pour bâtir une activité à l'étranger. C'est au fil de cette expérience, entre Bergame et Rufisque, qu'a progressivement pris forme son ambition entrepreneuriale.
Originaire de Rufisque, installé en Italie depuis 2005, cet entrepreneur sénégalais a progressivement fait de son expérience de l’émigration le point de départ d’une aventure entrepreneuriale et médiatique. À la tête de Ndanan Groupe, qui développe notamment la chaîne Ndanan TV (KNT), il poursuit une ambition qui dépasse largement la création d’une entreprise audiovisuelle : donner aux Sénégalais de la diaspora les moyens de raconter eux-mêmes leur histoire.
Lorsqu’il quitte le Sénégal pour s’installer à Bergame, en Italie, en 2005, Ndiamé Diack ne porte pas encore les ambitions médiatiques qui caractérisent aujourd’hui son parcours. Comme beaucoup de compatriotes partis tenter leur chance à l’étranger, il découvre une nouvelle société, ses exigences, ses possibilités, mais aussi les réalités parfois difficiles de la vie loin du pays natal. Il lui faut trouver ses repères, travailler, construire sa vie et saisir les opportunités qui se présentent. Derrière cette installation se dessine déjà une constante de son parcours : ne jamais perdre le lien avec ses origines.
Connu sur les réseaux sociaux sous le pseudonyme de Diack Ndanane, il fait ses premiers pas dans l’entrepreneuriat à travers le commerce, notamment avec Keur Ndanane Shop. Une activité qui lui permet de comprendre progressivement les mécanismes du monde des affaires, mais aussi les enjeux de la communication et de la visibilité. À cette époque, son entreprise soutient financièrement des productions audiovisuelles au Sénégal pour assurer sa promotion. Une expérience qui va, presque naturellement, faire naître une autre réflexion. Plutôt que de continuer à investir dans des productions extérieures, pourquoi ne pas créer sa propre structure et participer directement à la fabrication des contenus ?
L’idée prend forme. Mais chez Ndiamé Diack, le projet ne relève pas simplement d’une volonté de diversifier ses activités commerciales. Il y a également une dimension humaine et territoriale. Il observe le potentiel des professionnels de l’audiovisuel de Rufisque, leur savoir-faire et leurs compétences, et décide de leur offrir une occasion de mettre leur talent au service d’une entreprise qui leur ressemble. Son investissement devient ainsi une manière de faire confiance aux ressources humaines de sa ville natale, tout en donnant une dimension concrète à son attachement à Rufisque.
L’aventure médiatique ne s’improvise toutefois pas. Conscient qu’on ne dirige pas une entreprise audiovisuelle sur la seule base de l’enthousiasme, il décide de se former lui-même à la réalisation et aux techniques audiovisuelles. Une démarche qui en dit long sur sa conception de l’entrepreneuriat. Il ne s’agit pas seulement de financer une activité ou de porter un titre de dirigeant, mais de comprendre le métier, ses contraintes et ses évolutions. Il apprend, observe et s’entoure de professionnels, avec cette idée que la qualité d’un média dépend autant de la vision de celui qui le dirige que de la compétence de ceux qui le font vivre au quotidien.
Les débuts exigent de la patience. Dans un secteur où les investissements sont importants et où les résultats ne sont pas toujours immédiats, il faut accepter les périodes d’incertitude, les ajustements et les efforts qui ne produisent pas instantanément leurs effets. Ndiamé Diack en a conscience. Il défend une conception du succès fondée sur le sérieux, la persévérance et le travail. Pour lui, un média ne peut durablement s’imposer en reproduisant simplement ce qui existe déjà. Il doit trouver son identité, travailler ses contenus et comprendre les attentes de son public.
C’est précisément cette recherche d’identité qui va conduire Ndanan Groupe à s’intéresser de plus près à la diaspora sénégalaise. Vivant lui-même en Italie, Ndiamé Diack connaît de l’intérieur une réalité que les médias installés au Sénégal ne peuvent pas toujours saisir dans toutes ses nuances. Il sait ce que signifie vivre entre deux pays, suivre l’actualité nationale depuis l’étranger, participer à la vie de sa communauté tout en affrontant les difficultés quotidiennes de l’installation et de l’intégration.
Il comprend surtout que les Sénégalais de l’extérieur ne peuvent pas être uniquement des sujets dont on parle. Ils doivent aussi devenir des acteurs de leur propre représentation. Cette conviction constitue l’un des fondements de Ndanan TV. La chaîne entend offrir un espace où les émigrés peuvent exprimer leurs préoccupations, partager leurs expériences, présenter leurs réussites et faire entendre leurs propositions. Immigration, intégration, entrepreneuriat, vie associative, questions sociales et actualité communautaire trouvent ainsi leur place dans une programmation tournée vers les réalités de la diaspora.
Dans ses prises de parole, Ndiamé Diack revient régulièrement sur une idée qui résume sa démarche : les Sénégalais de la diaspora ne doivent plus permettre à d’autres de raconter leur histoire à leur place, encore moins de la déformer. Une position qui ne traduit pas une volonté de se couper des médias du pays, mais plutôt une exigence de participation et de responsabilité. Il considère que ceux qui vivent l’émigration possèdent une connaissance irremplaçable de ses réalités. Leur parole doit donc compter dans la construction du récit collectif.
Cette orientation prend tout son sens en Italie, où la communauté sénégalaise possède une vie sociale, culturelle et religieuse particulièrement active. Les gamous, les magals, les rencontres associatives, les manifestations culturelles et les rendez-vous communautaires constituent des moments importants de la vie des compatriotes. À travers ses équipes et ses productions, Ndanan TV s’attache à rendre compte de cette vitalité. Le média accompagne également les initiatives locales, donne de la visibilité aux entrepreneurs et contribue à faire connaître des parcours qui méritent souvent de sortir de l’anonymat.
Car derrière les événements et les images, il y a des hommes et des femmes dont les trajectoires racontent une autre facette de l’émigration sénégalaise. Des travailleurs, des commerçants, des responsables associatifs, des entrepreneurs, des jeunes en formation et des familles qui construisent leur quotidien loin de leur pays. Pour Ndiamé Diack, ces histoires ont toute leur place dans l’espace médiatique. Elles permettent de dépasser les représentations réductrices de l’immigration, trop souvent enfermées dans les difficultés administratives ou les faits divers.
L’ambition de Ndanan Groupe ne se limite pas pour autant à la couverture de l’actualité communautaire. Le groupe s’intéresse également aux productions de divertissement, aux émissions sociétales et aux initiatives qui rapprochent les communautés. Des programmes comme « Spécial Bébé de l’année » témoignent de cette volonté de toucher à différents aspects de la vie sociale. En s’associant à des événements et à des productions, Ndiamé Diack cherche aussi à inscrire son entreprise dans un environnement où les médias ne sont pas seulement des instruments d’information, mais peuvent devenir des partenaires de la vie collective.
Son attachement à Rufisque reste, dans cette aventure, un fil conducteur. La ville natale n’est jamais très loin dans ses projets. Il nourrit notamment le rêve d’y installer un groupe de presse capable de créer des emplois stables et d’offrir de nouvelles perspectives aux jeunes professionnels. Cette ambition traduit une conception de la réussite qui ne se mesure pas uniquement à la croissance d’une entreprise ou à sa notoriété. Réussir, c’est aussi pouvoir transmettre, ouvrir des portes et contribuer au développement du territoire dont on est issu.
Son engagement auprès de sa ville s’est également manifesté à travers des initiatives sociales, notamment son implication dans l’événement « Bébé de l’année », organisé à l’hôpital Youssou Mbargane de Rufisque. Au-delà du geste de parrainage, cette initiative illustre une volonté de maintenir un lien concret avec les populations et les structures locales. L’éloignement géographique n’a donc pas effacé le sentiment d’appartenance. Au contraire, il semble avoir renforcé chez lui le désir de participer, à sa manière, à la vie de sa communauté d’origine.
Aujourd’hui, le développement de Ndanan Groupe s’inscrit dans un environnement médiatique en pleine transformation. Les habitudes du public évoluent, les technologies changent rapidement et les exigences en matière de qualité d’image, de son et de contenu ne cessent de progresser. Pour rester dans la course, il faut investir, renouveler les équipements, former les équipes et surtout conserver la confiance du public. Ndiamé Diack sait que la visibilité acquise ne constitue jamais une garantie pour l’avenir. La crédibilité d’un média se construit dans la durée, à travers la régularité du travail et la capacité à répondre aux attentes de ceux auxquels il s’adresse.
Son parcours rappelle aussi une réalité souvent présente dans les histoires entrepreneuriales de la diaspora : l’émigration peut devenir un espace de création et d’investissement lorsque l’expérience acquise à l’étranger est mise au service de projets tournés vers le pays d’origine et les communautés. Mais cette dynamique demande des sacrifices, des choix et une certaine capacité à regarder au-delà des bénéfices immédiats.
De Rufisque à Bergame, Ndiamé Diack a ainsi construit un itinéraire qui relie deux territoires et deux expériences. Celle d’un Sénégalais qui a fait sa vie en Italie sans renoncer à ses racines, et celle d’un entrepreneur qui a choisi les médias pour prolonger son engagement auprès de sa communauté. Il n’a pas simplement voulu posséder une chaîne de télévision. Il a voulu créer un espace dans lequel les Sénégalais de l’extérieur puissent se reconnaître, se raconter et faire entendre leurs préoccupations.
Dans un univers où l’information circule désormais sans frontières, sa conviction garde toute sa portée : une communauté qui ne prend pas elle-même part au récit de son histoire risque de laisser d’autres en définir les contours. C’est autour de cette idée que Ndiamé Diack poursuit son aventure avec Ndanan Groupe. Avec, en perspective, une ambition qui demeure profondément liée à ses origines : faire de son expérience d’émigré une opportunité pour les autres et contribuer, depuis l’Italie comme depuis le Sénégal, à donner davantage de place aux talents et aux voix de la diaspora.
Malick sakho