À Rennes, le Festival RACINES interroge la transmission et l’éducation des enfants entre deux cultures

04 - Novembre - 2026

À Rennes, le Festival RACINES interroge la transmission et l’éducation des enfants entre deux cultures

À l’occasion de la Journée mondiale de l’enfance, le Festival RACINES donnera rendez-vous au public rennais le samedi 21 novembre 2026 autour d’une question qui traverse de nombreuses familles issues de l’immigration : comment grandir entre deux cultures sans avoir le sentiment de devoir choisir entre ses origines et la société dans laquelle on évolue ? Portée par l’association Watoosiita, cette rencontre entend ouvrir un véritable espace de dialogue sur l’éducation, la construction identitaire et la responsabilité des parents dans la transmission culturelle.

Grandir en France avec des parents venus d’Afrique ou d’un autre continent, c’est souvent évoluer entre plusieurs univers. À la maison, il y a une langue, des traditions, des habitudes et une histoire familiale que les parents souhaitent préserver. À l’école et dans la société, les enfants découvrent d’autres références, d’autres façons de penser et de vivre. Cette double appartenance représente une richesse indéniable, mais elle peut aussi susciter des interrogations, parfois des incompréhensions entre les générations. Comment trouver sa place lorsque les repères familiaux ne sont pas toujours ceux de l’environnement quotidien ? Comment rester attaché à son histoire sans se sentir différent ou en décalage avec les autres ?

C’est autour de ces préoccupations que s’articulera la conférence intitulée « Grandir entre deux cultures : défis d’adaptation et rôle des parents ». À travers cette initiative, Watoosiita souhaite placer les familles au cœur d’une réflexion qui concerne aussi bien les enfants que les parents, les éducateurs, les institutions et les acteurs associatifs. Car la question de l’identité ne se construit pas uniquement à l’école ou au contact de la société. Elle prend également forme dans le cadre familial, à travers les paroles, les gestes, les souvenirs et les valeurs que les parents transmettent, parfois sans même en mesurer toute l’importance.

Pour porter cette réflexion, les organisateurs ont choisi de réunir plusieurs personnalités aux parcours complémentaires. La présence du docteur Massamba Guèye constitue notamment l’un des temps forts annoncés de cette rencontre. Chercheur, professeur, écrivain, dramaturge, conteur et directeur artistique, il est une figure reconnue au Sénégal pour son engagement en faveur de la sauvegarde et de la valorisation du patrimoine oral africain. Surnommé « la Bouche de l’Afrique », il a consacré une partie importante de son parcours à faire vivre les contes, les récits et les traditions qui constituent une composante essentielle de la mémoire collective.

Fondateur de Kër Leyti, la Maison de l’Oralité et du Patrimoine, Massamba Guèye défend une conception de la culture dans laquelle la transmission occupe une place centrale. Dans les sociétés africaines, le conte n’a jamais été un simple divertissement. Il est aussi un outil d’éducation, un moyen de transmettre des valeurs, de partager une expérience et d’apprendre aux plus jeunes à comprendre le monde qui les entoure. Les récits racontés par les anciens, les proverbes et les histoires familiales portent une mémoire que les générations suivantes sont appelées à recevoir et à faire vivre.

Son intervention à Rennes prend ainsi une résonance particulière. Pour les familles de la diaspora, transmettre l’héritage culturel aux enfants qui grandissent loin du pays d’origine constitue un défi quotidien. La langue maternelle, les traditions familiales, les liens avec les grands-parents et la connaissance de l’histoire des origines ne se transmettent pas automatiquement. Ils demandent du temps, de la disponibilité et une volonté de maintenir un lien entre les générations. L’expérience et le travail de Massamba Guèye autour de l’oralité devraient apporter un éclairage précieux sur cette question.

Mais cette conférence ne sera pas uniquement un rendez-vous consacré à la préservation des cultures d’origine. Elle entend également interroger la responsabilité des parents dans l’accompagnement des enfants. Préserver ses racines ne signifie pas imposer un modèle culturel ni empêcher les nouvelles générations de construire leur propre personnalité. De la même manière, favoriser leur intégration ne devrait jamais conduire à leur faire oublier d’où elles viennent. Toute la difficulté réside dans cet équilibre : donner aux enfants des repères solides, leur permettre de connaître leur histoire et, dans le même temps, les accompagner dans leur épanouissement au sein de la société où ils grandissent.

Cette réflexion sera enrichie par les contributions de plusieurs intervenants, parmi lesquels Gaëlle Rougier, élue et deuxième adjointe au maire de Rennes, déléguée à l’Éducation et aux droits de l’enfant ; Ali Aït Abdelmalek, professeur émérite en sociologie et spécialiste de la jeunesse, des identités et des migrations ; Philip Ramel, président du Cercle celtique de Rennes et acteur culturel ; ainsi que Massamba Diadhiou, écrivain et dramaturge engagé dans les questions liées à l’identité. La diversité de ces profils devrait permettre de croiser les regards institutionnels, universitaires et culturels sur les réalités auxquelles sont confrontées les familles.

Le choix de cette thématique à l’occasion de la Journée mondiale de l’enfance donne à l’événement une portée supplémentaire. Les droits de l’enfant ne se limitent pas à l’accès à l’éducation et à la protection. Ils concernent aussi son identité, sa dignité, son développement et la possibilité de grandir dans un environnement qui respecte son histoire et sa personnalité. Dans une société où les parcours sont de plus en plus diversifiés, la question de l’éducation interculturelle mérite une attention particulière.

À travers le Festival RACINES, l’association Watoosiita entend également donner à la culture toute sa place dans cette démarche. La programmation du festival, qui fait dialoguer les expressions artistiques africaines et bretonnes à travers les contes, les percussions et les danses, traduit une volonté de faire de la diversité culturelle un terrain de rencontre plutôt qu’un motif de séparation. Ce dialogue entre les patrimoines rappelle que les cultures ne sont pas figées. Elles vivent, évoluent, se transmettent et s’enrichissent au contact des autres.

Pour les familles africaines installées en Bretagne, comme pour toutes celles qui élèvent leurs enfants entre plusieurs univers culturels, cette rencontre constitue une occasion de partager des expériences et de confronter les points de vue. Elle permet aussi de rappeler que l’éducation ne peut être pensée indépendamment de l’environnement familial, social et culturel dans lequel évolue l’enfant. Un enfant qui connaît ses origines, qui comprend son histoire et qui se sent accepté dans son environnement dispose de repères qui peuvent l’aider à avancer avec davantage de confiance.

Au-delà des échanges annoncés, l’intérêt de cette initiative réside donc dans sa capacité à faire émerger une réflexion collective. Il ne s’agit pas de choisir entre deux cultures, encore moins d’opposer les héritages. Il s’agit de permettre aux enfants de recevoir le meilleur de leurs différentes appartenances, sans contradiction ni sentiment de renoncement.

Le rendez-vous est fixé au samedi 21 novembre 2026, de 16 heures à 19 heures, à l’Auditorium de la salle 360, situé au 6, cours des Alliés, à Rennes. L’entrée est libre, sur inscription en ligne auprès de l’association Watoosiita.

Une rencontre qui pose, en définitive, une question essentielle à toutes les générations : que souhaitons-nous transmettre à nos enfants et quels moyens leur donnons-nous pour faire vivre cet héritage dans le monde qui sera le leur ? Car connaître ses racines ne signifie pas regarder uniquement vers le passé. C’est aussi disposer de repères pour avancer, s’ouvrir aux autres et construire librement son avenir.

Malick Sakho

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