Interview d’Abdoulaye Tassé Ndiaye : auteur de l’ouvrage Convictions résilientes : Sonko au cœur

15 - Juillet - 2026

En pleine période de bouleversements politiques au Sénégal, Abdoulaye Tassé Ndiaye publie Convictions résilientes : Sonko au cœur, Chronique d’une crise sanitaire, politique et sociale, un ouvrage de 356 pages qui revient sur les événements ayant marqué le pays entre la pandémie de Covid-19 et l’ascension politique d’Ousmane Sonko. À travers ce livre, l’auteur livre son analyse d’une séquence historique qui a profondément transformé le paysage politique sénégalais. Professeur de l’Enseignement secondaire en détachement au ministère des Infrastructures et des Transports terrestres et aériens, il fut nommé Conseiller technique du Ministre Malick Ndiaye. M. Abdoulaye Tassé Ndiaye partage avec Diaspora les motivations qui l’ont conduit à écrire cet ouvrage ainsi que son regard sur le Sénégal d’aujourd’hui.


1. Avant de parler du livre, pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs et revenir sur votre parcours professionnel et politique ?
Bonjour M. Sakho ! Je vous remercie de cette interview que vous m’accordez encore une fois et de l’attention particulière que vous attachez aux idées émergentes qui bousculent le quotidien des sénégalais au Sénégal et dans la diaspora.
Je me nomme Abdoulaye Tassé Ndiaye, originaire de Dahra dans le département de Linguère. J’ai fait dans cette localité du Djolof mes études primaire et moyenne avant de décrocher le baccalauréat à Thiès.
Orienté à l’Université Cheikh Anta Diop, j’ai obtenu ma maîtrise en Géographie avec la mention avant de réussir le concours d’entrée à la Faculté des Sciences et Techniques de l’Education et de la Formation (Fastef). Après deux (2) ans de formation, j’ai décroché le Certificat d’Aptitude à l’Enseignement secondaire (CAES).
Je suis affecté au lycée de Kébémer comme Professeur d’Histoire et de Géographie depuis octobre 2019.
Ce parcours scolaire, universitaire et professionnel m’a permis d’engranger une solide connaissance des enjeux géopolitiques du monde et du Sénégal en particulier. Très tôt, à bas âge, je me suis intéressé aux faits politiques en accompagnant mon grand-père Bassirou Sidy Ndiaye, premier adjoint au Premier Maire de Dahra, Aly Saleh. Il me plaisait de lui tenir son sac et de me mettre à ses côtés. Toutefois, je ne me suis jamais engagé dans les partis politiques. Ce n’est qu’en 2021 que j’ai pris mon courage à deux mains pour me jeter dans la mare des politiciens. En effet, ayant remarqué que le Président Macky Sall, revenant d’une tournée dans le nord du pays, n’avait pas jugé nécessaire de s’arrêter à Dahra où les ministres Samba Ndiobène Kâ et Aly Saleh Diop et trois députés de la mouvance présidentielle l’attendaient pour un accueil grandiose, je fis une déclaration pour dénoncer ce manque de considération.
Nos ministres qui partagent avec le Président de la République la table du Conseil des ministres chaque mercredi ne devaient pas rater cette occasion pour attirer l’attention du Président sur les attentes et opportunités de Dahra dans le Djoloff et le Sénégal.
Ainsi, j’ai voulu incarner ce leadership en me déclarant candidat aux élections à venir. Cependant, la grosse équation était de trouver un cadre qui porta cette volonté. J’ai mis en place un mouvement appelé Convergence pour le Développement de Dahra (CDD). Il fallait me frayer une place dans le landernau politique. Par la grâce de Dieu, notre candidature a été porté par la coalition citoyenne, composée de mouvements apolitiques, Jammy Gox Yi. Nous fûmes une participation honorable malgré la complexité de l’élection locale et l’absence d’expériences politiques. Notre candidature a obtenu un élu conseiller municipal en la personne de M. Ousmane Diop qui fait aujourd’hui un travail extraordinaire.

2. Pourquoi avoir choisi d’écrire : Convictions résilientes : Sonko au cœur
Une question complexe ! Sa réponse revient à interroger différentes étapes de ma vie qui ont trait à mon éducation, à mon parcours et à mon engagement.
Il se trouve que je suis souvent sollicité par les étudiants, les associations, la société civile pour animer des conférences et des thé-débats sur des thèmes aussi variés les uns que les autres. A travers le réseau social facebook, j’ai trouvé aussi un espace d’expression de mes sentiments sur des aspects différents de la vie.
« Convictions résilientes : Sonko au cœur » interroge donc mes positions personnelles qui ont résisté au temps par rapport à des situations majeures qui ont défrayé l’actualité au Sénégal et dans le monde sur le plan sanitaire, politique et social.
Ainsi, c’est la somme de toutes ces réflexions qui ont abouti au titre de cet ouvrage.

Quel a été le véritable déclic ?
Le déclic, il faut bien le chercher car l’écriture d’un livre n’a jamais constitué une option pour nous. D’ailleurs, sur l’absence d’écriture de l’histoire africaine, nous avons toujours enseigné à nos élèves que nos sociétés étaient de traditions orales. Par conséquent, il fallait bien un déclencheur pour écrire.
Celui-ci vient de plusieurs remarques à mon endroit faites par des collègues professeurs et des connaissances sur facebook, sur whatsapp et dans la vie. A mesure que je partageais mes idées sur les réseaux sociaux, j’alimentais des échanges intéressants souvent polémiques. D’aucuns dont Dr. Habib Sène, Professeur de français et mon correcteur attitré que je remercie au passage pour sa disponibilité, m’ont suggéré d’écrire un livre parce que disaient-ils « j’avais une belle plume » !
C’est de là que l’idée de consigner mes réflexions m’est venue pour en faire un ouvrage. Je n’ai pas regretté ! Je les en remercie grandement.

Vous avez commencé à rédiger vos réflexions pendant la pandémie de Covid-19. En quoi cette période a-t-elle influencé votre démarche d’écriture ?
Comme je l’ai dit plus tôt, mes premières réflexions s’articulaient autour de demandes exprimées pour des conférences et des thé-débats. Cependant, la pandémie à Coronavirus demeure le début de cette réflexion structurée ayant abouti à cet ouvrage pour différentes raisons. En effet, dès la détection des premiers cas, une note est sortie, le 16 mars 2020 pour fermer l’école, suspendre les enseignements-apprentissages. Il s’en suivi une interdiction des déplacements entre les localités.
La survenue de cette maladie a bouleversé le monde. Celle-ci a pris la dimension d’une pandémie car bientôt les cas contaminés se détectent un peu partout à travers le monde. La vitesse de propagation du virus est exponentielle. Ainsi, la psychose s’installe partout.
L’Afrique qui a été presque le dernier continent à être touché par la pandémie est entraînée par la communication alarmiste de l’Occident sur le virus.
Pour exprimer mes réserves, mes sentiments face à l’emballement, j’ai commencé à écrire, à dénoncer et à appeler les autorités nationales et africaines à avoir une autre posture. En effet, pour une fois, l’Afrique face à la Covid présentait tous les atouts pour définir un nouvel ordre mondial.
L’Afrique longtemps stigmatisée comme étant le continent de la pauvreté, des maladies et des épidémies n’a rien à voir, cette fois-ci avec cette pandémie. Celle-ci est née en Chine mais elle fait plus de ravage en Occident qu’ailleurs.
Plus est, l’Afrique présentait des avantages contrairement à l’occident pour freiner la vitesse de propagation du virus. Il s’agit du climat et de la résilience physique de ses populations. Par conséquent, il n’y avait pas raison d’être entrainé par peur des occidentaux.
Ainsi, ma position était plus une réponse à l’Africaine face au Coronavirus qu’une inoculation des prescriptions et des interdits déployés par le monde occidental. Le confinement, la distanciation, les quarantaines, la suspension de toutes les activités ainsi que les autres mesures qui ne répondaient pas à nos réalités devaient être reconsidérés.
Par ailleurs, j’ai profité de cette maladie qui ravage l’occident pour appeler à un nouvel ordre mondial que l’Afrique définirait. Par la même occasion, j’ai magnifié les positions responsables et pleines de foi du vénéré guide Serigne Mountakha Mbacké, Khalif général des Mourides. Celui-ci a le premier « relativisé » la maladie en invoquant le retour à Dieu ; en déclarant qu’il (Coronas virus) est « simplement » une création du Tout Puissant. « Après sa mission, il disparaitra ».
Ces raisons m’ont poussé, avec aussi le confinement, à écrire sur la pandémie.

Votre ouvrage retrace une période particulièrement mouvementée de la vie politique sénégalaise. Quel message principal souhaitez-vous transmettre aux lecteurs ?
Oui, l’ouvrage revient largement sur une période sensible de la vie politique au Sénégal. En effet, en 2021, le principal opposant au régime de Macky, Ousmane Sonko est accusé de viol par une dame nommée Adji Sarr. Nous étions en pleine pandémie de Covid-19. Personne n’y voulait croire ! Même certains de ses opposants les plus radicaux avaient préféré ne pas s’y prononcer.
Je me rappelle un dimanche, alors que je revenais de Dahra pour Kébémer, une connaissance m’appela pour me railler en me disant « votre gars est dans de sales draps ». Il faisait allusion à Ousmane Sonko par rapport à cette affaire qui venait tout juste d’être ébruitée. Je lui rétorquai que je conduisais mais que je le reviendrai une fois arrivé à Kébémer. En cours de route, nous avons lu sur facebook que le Président Ousmane Sonko prendra la parole, la nuit pour se prononcer sur la rumeur.
Après l’avoir écouté religieusement et ayant analysé sa posture et la montée en puissance de sa voix, je me suis dit que cette personne n’avait rien à voir avec l’accusation. Plus est, celle-ci est tellement saugrenue et salace que quiconque était mêlé ne se comporterait pas de cette manière.
Depuis lors, je suis convaincu par l’idée selon laquelle l’affaire de viol était montée de toute pièce pour abattre un opposant politique. Au fur et à mesure que la machine judiciaire s’emballait, la posture de Sonko renforçait ma conviction. Ainsi, malgré la tension en l’air et le déploiement de tous les moyens de l’Etat pour abattre un opposant, je restais confiant et imperturbable. Cette capacité à ne pas douter une seconde de l’innocence de Sonko et la particularité de l’Afrique face au virus m’ont poussé à choisir le titre « Convictions résilientes : Sonko au cœur. » Ces deux crises majeures ont forgé et renforcé mes positions, mes croyances à la résilience de l’Afrique par rapport au virus et à la résistance de Sonko contre les manœuvres du régime de Macky Sall.

Le titre met en avant Ousmane Sonko. Pourquoi avoir choisi de centrer votre ouvrage autour de cette personnalité plutôt que sur les événements eux-mêmes ?
Nous avons vu en Ousmane Sonko un leader catalyseur de nos convictions. Ces dernières ont toujours été exprimées de la façon la plus libre avant l’apparition de Sonko sur la scène publique et politique. Cependant son leadership nous a convaincu jusqu’à déterminer notre engagement politique. Par ailleurs, les faits relatés dans cet ouvrage et les positions défendues relevaient plus d’un engagement africain et d’une volonté de changer un système politique qui a déstructuré le pays depuis 1960 jusqu’à nos jours. Ousmane Sonko a porté cette aspiration.
Donc Sonko au cœur a déterminé et structuré la réflexion autour de cet ouvrage.

Certains considéreront votre livre comme un ouvrage engagé. Pensez-vous qu’il soit possible d’écrire sur une période politique aussi sensible tout en conservant une démarche d’analyse ?
L’engagement est réel et assumé dans cet ouvrage. Je n’ai pas mis de gants pour exprimer mon point de vue. D’ailleurs, il y a même un texte dans l’ouvrage qui a pour titre « Mon point de presse ». Ceci était en vogue !
Ainsi, il faut prendre position à un moment de la vie lorsque le contexte le permet. La période politique était très sensible. C’est vrai mais il fallait oser pour en parler. Dieu merci, on peut se tromper dans ses convictions mais j’en ai sorti après coup.
Ce qui a rendu plus complexe mes analyses, c’est la démarche prospectiviste que j’ai usée et qui m’a finalement donné raison. J’analysais rarement après les faits. Même si j’ai eu à le faire, j’aboutissais à des perspectives qui dessinent l’avenir soit du court, du moyen ou du long terme. Le Coronas virus a disparu comme l’avait prédit Serigne Mountakha. Les déclarations alarmistes n’ont pas produit les conséquences désastreuses sur l’Afrique. Les évènements politiques ont révélé un complot ourdi depuis le sommet de l’Etat dont la fin devait être l’organisation de l’élection présidentielle à laquelle Macky Sall ne participerait pas. C’était le défi de Sonko même s’il savait (déclaration après les élections législatives de 2022) lui aussi qu’il n’y participerait pas. L’objectif était de contraindre ou d’amener Macky à renoncer à un troisième (3) mandats.

Avec le recul, quel regard portez-vous aujourd’hui sur les crises politiques qui ont secoué le Sénégal entre 2021 et 2024 ?
Je dirai dommage ! Le Sénégal ne méritait pas de les vivre. La compétition politique aussi n’en valait pas la peine. Un Etat démocratique devait promouvoir un débat serein sur les orientations programmatiques des uns et des autres.
Toutefois, ces crises ont été alimentées par Macky Sall, le Chef de l’Exécutif, le Président de la République. Dès sa prise de pouvoir, il s’était inscrit dans une dynamique de reddition des comptes et de gestion transparente des ressources naturelles et financières du pays. Contre toute attente, il s’est dévié de tout cela pour des considérations politiques. L’acharnement sur la seule personne de Karim Wade et les suites judiciaires du dossier concernant ce dernier en disent long sur les velléités de conservation du pouvoir et de renforcement du camp présidentiel. Il sera de même à l’approche de la présidentielle de 2019 avec le dossier Khalifa Sall. Il a voulu reproduire le même procédé contre Sonko lorsqu’il a senti, avec les résultats de la présidentielle de 2019, que celui-ci a opéré une bonne percé en se positionnant à la troisième place. Ainsi, de 2019 à 2024, Macky Sall a manœuvré pour éliminer ses adversaires les plus irréductibles. De viol à diffamation, le Président de Pastef-les Patriotes a du se résoudre à organiser la résistance pour échapper à la machine judiciaire manipulée par l’exécutif.
Malheureusement, le pays en a payé un tribut lourd avec plus de 80 personnes tuées, près de 2 000 prisonniers, des blessés à vie, des dégâts et pertes matériels et financiers exorbitants.

Depuis l’arrivée au pouvoir du Président Bassirou Diomaye Faye et du Premier ministre Ousmane Sonko, quels changements vous paraissent les plus significatifs ?
Beaucoup de choses me paraissent intéressantes. Les deux années m’ont entièrement donné satisfaction même si la séparation entre les « deux frères » a été terrible.
Je suis adepte du Jub-Jubaal-Jubanti. J’ai toujours pensé que l’assainissement des finances publiques, la lutte contre la corruption, la reddition des comptes, la diminution des prix des denrées de premières nécessités, la souveraineté, la coordination et la solidarité gouvernementale, etc. devaient être les piliers de la refondation de la République du Sénégal.
Le Gouvernement du Premier Ousmane Sonko a audité les finances publiques. Une recommandation de l’UEMOA (Union Economique et Monétaire Ouest Africain) qui a permis au nouveau régime de redéfinir ses priorités et d’engager un Programme de Redressement Economique et Social face à la suspension du programme avec le FMI en fin 2024 d’une valeur de 1,8 milliard de dollars.
Malgré l’insoutenabilité du service de remboursement de la dette, le Gouvernement a réussi à diminuer les prix de l’essence, du gasoil, du gaz butane, du riz, de l’huile, de l’électricité. Il a stabilisé le marché face à l’inflation et aux chocs exogènes.
Par ailleurs, pendant deux ans, en attendant que les rapports des corps de contrôle soient publiés, le débat n’est plus pollué par des soupçons de détournement, de corruption ou de gabegie.

Les attentes des Sénégalais étaient immenses après l’alternance. Selon vous, le nouveau pouvoir est-il en train de répondre à ces attentes ?
Tout changement de régime suscite un espoir immense. Celui de mars 2024 dépasse toutes les alternances car il était porté par un vent révolutionnaire qui a soufflé sous la braise de la résistance. Plus qu’une alternance politique, il s’agissait d’un changement de système d’avec les mauvaises pratiques des régimes passés.
Le discours de rupture qui a porté Bassirou Diomaye Diakhar Faye au pouvoir est dévié et dilué malheureusement par un semblant de dialogue politique et de réconciliation nationale. Au prix de ce dialogue et de cette réconciliation, la reddition des comptes est reportée aux calendes grecques. Tous les épinglés par les rapports des corps de contrôle, présumés détourneurs de deniers publics hument la liberté. La souveraineté tant prônée cède la place à l’ouverture et à la renonciation des contrats.
Cette situation résulte plus d’un désaccord entre le Président de la République et son Premier ministre. Il semble aujourd’hui que les espoirs de rupture s’envolent.

Certains estiment que les réformes avancent lentement, tandis que d’autres évoquent les lourdeurs héritées du passé. Comment analysez-vous cette situation ?
Entamer des réformes n’est pas facile surtout que celles-ci doivent remplacer des habitudes encrées depuis l’indépendance jusqu’à aujourd’hui.
Les chantiers à réformer sont vastes. Ils tournent autour du fonctionnement de l’administration et de la justice, de la rationalisation des agences, de la renégociation des contrats, du départ des bases militaires étrangères, de la gestion quotidienne secteurs sociaux (éducation, santé), productifs (agriculture, élevage, pêche) et extractifs (mines, pétrole, gaz, zircon, etc.). Ainsi, en deux années, il serait difficile voire impossible de mettre toutes les réformes en place.
Plus est, le nouveau régime a trouvé un endettement jamais déclaré de 119% du PIB contre un plafond 70% d’endettement autorisé par l’UEMOA. Cette situation a compliqué la tâche malgré les performances générées par les interventions de l’exécutif dans les chantiers précités et la bonne tenue des finances publiques.

La justice, la gouvernance, la transparence et la lutte contre la corruption occupent une place importante dans le débat public. Quels sont, selon vous, les défis prioritaires auxquels le gouvernement doit répondre ?
Tout est défi dans ce pays. La justice, la gouvernance, la transparence et la lutte contre la corruption occupent les discussions quotidiennes des sénégalais surtout du sénégalais lambda. Un Etat solide repose sur la prise en compte de ces défis. Ceux-ci doivent naturellement être les piliers du fonctionnement normal d’un Etat de droit. Malheureusement, ils sont éludés et brouillés par des considérations politiciennes lorsqu’ils sont évoqués dans les débats public.
Par contre, la relance économique endogène demeure pour moi une priorité si nous voulons atteindre la souveraineté et l’autosuffisance. Nous sommes dans un pays entièrement dépendant de l’extérieur. Je regarde la circulation, je me dis tiens voilà un pays où on retrouve toutes les marques de voitures mais aucune d’entre elles n’est fabriquée sur le territoire national. Il en est de même de l’exploitation de nos ressources naturelles. Depuis 1976, nous ne connaissons de l’exploitation des Industries Chimiques du Sénégal (ICS) que les wagons-citernes tractés par la locomotive en direction du port de Dakar.
Il nous faut inverser cette tendance pour créer la richesse et l’emploi dans le pays. Il faut par ailleurs, organiser le secteur informel. Cela passe par l’encadrement et la formation pour la mise en place des PME-PMI (Petite et Moyennes Entreprises- Petite et Moyennes Industries). Ces chantiers constituent les réformes majeures à entreprendre pour sortir le pays du sous-développement et de la dépendance.

La diaspora sénégalaise a largement contribué aux changements politiques récents. Quel rôle doit-elle désormais jouer dans la construction du Sénégal de demain ?
La diaspora a toujours été un contributeur essentiel jusqu’à devenir le plus grand bailleur de fonds devant les partenaires financiers du Sénégal. Elle a contribué à hauteur de 2 200milliards de fcfa soit 3,6 milliards de dollars, représentant 10% du PIB.
Sur le plan politique, la diaspora a été au cœur du changement de régime en 2024. Jamais la diaspora ne s’était aussi engagée pour accompagner un Projet, celui de Pastef.
Considérée comme la 15ème région du Sénégal, les Sénégalais de l’extérieur sentent davantage leur place dans la construction nationale. Ils s’organisent socialement et économiquement pour impacter positivement le quotidien des sénégalais.
Elle a participé à la mobilisation financière destinée à financer le développement en septembre 2025. Une initiative qui a renforcé la confiance entre les sénégalais de l’extérieur et le pays de leur origine. La mobilisation autour du diaspora Bonds traduit l’attachement et la confiance de la diaspora pour accompagner les nouvelles autorités.
Par ailleurs, beaucoup d’entre eux ont rejoint la patrie pour accompagner les nouvelles autorités.
Cependant, la diaspora n’est plus un bailleur. Elle est un investisseur. Elle quitte le statut de pourvoyeur de fonds pour nourrir une famille. Elle quitte les investissements individuels dans les domaines sociaux pour mutualiser les forces afin de réussir de grands projets. Ce changement de paradigme doit emmener l’Etat à mettre en place de nouveaux leviers pour en faire bénéficier l’économie. Tous les instruments de financement et d’accompagnement comme le FAISE (Fonds d’Appui aux Investissement des Sénégalais de l’Extérieur), l’APIX (Agence pour la Promotion de l’Investissement et des Grands travaux), etc. doivent être appropriés par la diaspora pour sécuriser et fructifier leurs investissements.

Pensez-vous que le dialogue politique reste aujourd’hui une nécessité pour consolider la démocratie sénégalaise, malgré les divergences entre les différentes sensibilités ?
Il est incompréhensible qu’un régime qui bénéficie d’une large légitimité veuille engager un dialogue politique dès la première année de sa mandature. Rien ne le justifie ! La voix du peuple accorde la légalité pour engager toutes les réformes promises.
Le Président Bassirou Diomaye Diakhar Faye a été élu sur la base d’un programme qu’il a présenté au peuple sénégalais. Ce programme marque une rupture car il se veut anti systémique. L’actuel Président a toujours théorisé l’hypertrophie du pouvoir du Président de la République. Il a promis une justice indépendante, une gestion rigoureuse et transparente des ressources du pays et un Sénégal souverain. Un programme de rupture en phase avec le combat de Pastef depuis 10 ans. Par conséquent, vouloir convoquer un dialogue n’est qu’une tentative de recyclage du système vaincu. Celui-ci ne surfe que dans les prairies du pouvoir. Les dialogues retardent souvent les réformes nécessaires dont le pays a besoin pour décoller.
Toutefois, nous croyons tous aux vertus du dialogue pour porter les transformations nécessaires sans contestations ou amoindrir au maximum celles-ci. Par contre, les dialogues auxquels les régimes politiques nous ont habitués demeurent des occasions pour acter la transhumance ou le débauchage de l’opposition et une occasion pour celle-ci de rentrer dans les bonnes grâce du pouvoir.
Les dialogues organisés qui aboutissent à la prise en compte des préoccupations quotidiennes des populations sont rares.

Avec les réseaux sociaux, chacun peut désormais s’exprimer instantanément. Quel regard portez-vous sur leur influence dans le débat politique sénégalais ?
Les réseaux sociaux sont un moyen extraordinaire de communication. Ils influencent grandement le jeu politique.
D’ailleurs, dans un premier temps, pour minimiser le poids de Pastef, ses adversaires au pouvoir raillaient ce parti comme étant celui des réseaux sociaux. Au fur et à mesure que le débat politique devenait intense, les acteurs découvrent que les réseaux sociaux influencent l’opinion. Tout le contraire des médias classiques qui commencent à voir leur audience et leur influence s’effilochaient.
Les réseaux sociaux jouent un très grand rôle dans le débat politique sénégalais. Ils procurent des audiences et atteignent des cibles insoupçonnées. Entre 2021 et 2024, ils ont joué un très grand rôle emmenant même les pouvoirs publics à suspendre leur utilisation. Du 02 juin 2023 au 13 février 2024, selon M. Rosemary Balacoune Diouf, le Secrétaire général du syndicat des travailleurs des Postes et Télécommunication, le Ministre Moussa Bocar Thiam a opéré 13 coupures d’internet mobiles. Il avait recouru à la restriction pour étouffer la contestation et les combats de rue.
Ainsi, comme tous les outils communicationnels, ceux-ci présentent des avantages et des inconvénients. Les politiques et l’opinion publique les utilisent à volonté pour agir sur la conscience des militants, des sympathisants et des populations en général. Il n’y a pratiquement aucune autorité ou homme influent ou lambda qui n’est pas présent sur facebook, WhatsApp, Instagram, Twitter, Youtube, LinkedIn ou Tik tok. Tous les réseaux d’influence se rencontrent à ce niveau. Grâce à la fidélité à sa page facebook, le Président de Pastef Ousmane Sonko a gagné la bataille de la communication face à ses adversaires qu’en donnant rendez-vous à ses militants sur sa page facebook.

Quel message souhaitez-vous adresser aux jeunes Sénégalais qui découvrent aujourd’hui votre ouvrage et qui nourrissent beaucoup d’espoir pour l’avenir de leur pays ?
Mon message serait de cultiver la patience, la résilience et de bâtir des convictions. Rien de durable ne construit sans ce triptyque. Encore faudrait-il se prévaloir d’une intégrité, d’un sens élevé de l’adversité et d’une culture politique solide.
Cet ouvrage est véritablement une œuvre intellectuelle. Il part de convictions personnelles pour porter un combat pour l’Afrique à travers la pandémie à Coronavirus et pour libérer le Sénégal d’un système politique qui l’a maintenu dans la pauvreté.
Malgré les obstacles qui se dressent devant nous, après la prise du pouvoir, l’espoir doit être entretenu et maintenu par la jeunesse de la révolution.

Votre livre est-il avant tout un témoignage, une œuvre de mémoire ou un document destiné aux générations futures ?
Il est plus une œuvre de mémoire. D’ailleurs tout au long de l’ouvrage, les faits analysés sont datés. J’ai pris la responsabilité sur moi de prendre position au moment où ce n’était pas évident.
La pandémie à Coronavirus de même que les crises sociales et politiques qui ont traversé le monde et le Sénégal étaient d’une sensibilité extrême. Ces évènements ont entraîné des morts, déstructuré des familles, divisé des sociétés et brisé des amitiés. Il était plus simple de se taire que d’écrire à l’époque.
Ainsi, écrire sur ces faits durant cette période relève plus d’une œuvre de mémoire. Par ailleurs, cette œuvre est une véritable réponse aux pseudos intellectuels qui sont tentés de falsifier l’histoire récente vécue par tout un peuple. Etant soit observateur soit acteur privilégié des faits racontés, j’ai décrit et analysé l’histoire du Coronavirus et des Toutefois,
En outre, nous avons été appelés le plus souvent à nous projeter ou à nous engager sur l’avenir par rapport à des faits ou des actes posés. Dieu merci, avec le recul, nous nous réjouissons d’une certaine mesure de la justesse de nos analyse.

En tant qu’auteur, avez-vous déjà un nouveau projet d’écriture ? Sur quels sujets souhaiteriez-vous travailler à l’avenir ?
La sortie de ce premier ouvrage nous met dans la peau d’un écrivain potentiel. Du coup, nous nous rendons compte de l’importance de l’écriture comme moyen d’expression, de ressenti et d’engagement.
Le projet d’un second ouvrage est presque bouclé. Il s’inscrit dans la continuation de celui-ci. Par ailleurs, des projets d’écriture sur l’histoire ainsi que sur d’autres aspects de la vie sont en gestation.
Pour le moment savourons « Convictions résilientes : Sonko au cœur », un véritable chef d’œuvre de 356 pages. J’en profite pour remercier mon préfacier, Son Excellence Malick Ndiaye, Président de l’Assemblée nationale. Dès le début, il m’a témoigné son entière disponibilité. Il a aussi rehaussé de sa plume la dimension de cet ouvrage. Je confonds dans ces remerciements, le Docteur Abib Sène qui a parcouru cet ouvrage de fond en comble pour me relire et me corriger. Ma pensée se dirige vers mon défunt Papa. Il serait fier comme le jour de la présentation de mon mémoire de Maîtrise de tenir en main cette production intellectuelle.

Pour conclure, si vous deviez résumer en une phrase le Sénégal que vous appelez de vos vœux, que diriez-vous ?
Je reprendrai la phrase du Projet transformer dans l’Agenda Sénégal 2050 « Un Sénégal souverain, juste et prospère.

Le Sénégal entre dans une nouvelle phase de son histoire politique. Selon vous, quelles sont les conditions indispensables pour préserver l’unité nationale, renforcer les institutions et faire en sorte que les divergences politiques demeurent une richesse démocratique plutôt qu’une source de division ?
Comme bonus, cette question ouvre une perspective que tout le monde souhaite de ses vœux. Nous aspirons tous à voir un Sénégal uni, des institutions fortes et un terrain politique apaisé. Toutefois, cette espérance passe le relèvement du niveau du débat politique.
Au Sénégal, nous qui sommes sur le champ politique occupons trop d’espace. Nous laissons les préoccupations des populations et discutons du processus électoral, de la prochaine élection, de la participation ou non d’un candidat à une élection.
Je viens de lire le cri d’alarme du Porte-parole du Khalif général des Mourides, Serigne Bassirou Mbacké Abdou Khadr qui révèle au grand jour que depuis 5 ans, il n’y a de nouvelles routes construites dans la ville sainte. Pas plus tard qu’hier j’échangeais avec un ami sur l’état de dégradation des rues de cette ville sainte. Dans quel pays au monde, la deuxième grande ville sur le plan démographique et économique n’occupe-t-elle pas les préoccupations des pouvoirs étatiques ?
Nous pouvons en dire autant pour toutes les localités du pays en ce qui concernent les équipements sociaux de base (écoles, hôpitaux, gares routières, accès à l’électricité, à l’eau, etc.), l’assainissement et les infrastructures minimales (Stades, ponts de désenclavement, maisons communautaires, etc.).
Les médias, aussi bien classiques que les réseaux sociaux, n’aident pas au relèvement du niveau du débat. Celui-ci est tellement bas que pour des échangent approfondis, nous partageons les analyses de certains chroniqueurs des télévisions africaines.
Par conséquent, les divergences politiques doivent être centrées sur les enjeux de développement, de diplomaties, sur les moyens de prendre en charge des questions sociales et communautaires.
Merci à tous les lecteurs et à l’Hebdomadaire DIASPORA qui m’a offert cette tribune pour parler de mon ouvrage intitulé « Convictions résilientes : Sonko au cœur » et de l’actualité du moment.

Entretien réalisé par Malick Sakho

 

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