Entretien avec : Dr Guy Joël BOUROBOU MAVOUROULOU : “ENTRE SCIENCE, GOUVERNANCE ET ENGAGEMENT POUR L’AFRIQUE”

02 - Juillet - 2026

Enseignant-chercheur, écrivain et expert en gouvernance, Dr Guy Joël Bourobou Mavouroulou est diplômé de prestigieuses institutions françaises et occupe d'importantes responsabilités dans le domaine de la protection sociale au Gabon. Dans cette interview, il partage son parcours, son regard sur les défis de l'Afrique, le rôle de la diaspora et les clés de la réussite pour une jeunesse appelée à construire le continent de demain.

Vous êtes Docteur en administration des affaires et diplômé de plusieurs institutions internationales prestigieuses. Pouvez-vous revenir sur votre parcours académique et nous expliquer ce qui vous a conduit vers les sciences de gestion ?

Parler de mon parcours, je vous dirai simplement qu’il est le fruit d’une quête continue de compréhension des organisations et de leur performance. J’ai été très tôt attiré par les sciences de gestion, elles permettent de concilier rigueur scientifique et impact concret sur la société. Mon objectif a toujours été d’apporter des solutions aux problématiques réelles des entreprises et des institutions publiques.

Votre parcours allie recherche, enseignement et responsabilités de haut niveau dans le domaine de la sécurité sociale au Gabon. Comment parvenez-vous à concilier ces différentes fonctions ?

Il s’agit avant tout d’une question d’organisation et de cohérence dans les actions. Toutes ces activités dont vous faites allusion sont complémentaires : la recherche nourrit mon action professionnelle, l’enseignement me permet de transmettre mes connaissances et mes responsabilités opérationnelles testent la validité de mes modèles. Je m’appuie beaucoup sur la discipline personnelle et le travail en équipe.

En tant que Conseiller du Directeur Général d’une caisse de sécurité sociale, quels sont selon vous les grands défis auxquels sont confrontés aujourd’hui les systèmes de protection sociale en Afrique ?

Les principaux défis de la protection sociale en Afrique sont : • La soutenabilité financière des organismes en charge des systèmes de protection sociale face à une démographie dynamique, • L’élargissement de la couverture sociale dans le continent, • La modernisation de la gouvernance et des outils de gestion, • La lutte contre la fraude et les inefficiences. En sommes, il s’agit aujourd’hui pour l'Afrique de bâtir des systèmes inclusifs, performants et adaptés aux réalités du continent.

Vous êtes spécialiste des coûts et performances cachés dans les organisations. Pouvez-vous expliquer ce concept à nos lecteurs et montrer en quoi il peut aider les entreprises et les administrations africaines à améliorer leur efficacité ?

Les coûts cachés sont des pertes liées aux dysfonctionnements organisationnels, comme l’absentéisme, la mauvaise communication, la démotivation du personnel, etc. Ils impactent fortement la performance sans apparaître dans les comptes classiques. En les identifiant et en les maîtrisant, les organisations africaines peuvent considérablement améliorer leur productivité, réduire les gaspillages et renforcer leur efficacité globale, donc engendrer des performances de l'organisme.

Vous êtes également auteur de plusieurs ouvrages. Votre livre Étudiant et affairiste invite les jeunes à concilier études et entrepreneuriat. Quel message souhaitez-vous transmettre aux étudiants africains, notamment ceux qui poursuivent leurs études en Europe ?

Dans ce livre, je montre aux étudiants à travers ces pages qu’il est possible de réussir académiquement tout en développant un esprit entrepreneurial. L’objectif n’est pas de choisir entre études et activité, mais de créer des synergies entre les deux. J’invite les étudiants à devenir créateur de valeur dès le parcours universitaire.

Justement, de nombreux étudiants africains arrivent chaque année en Europe avec de grands espoirs. Quels conseils leur donneriez-vous pour réussir leur parcours académique tout en préparant leur avenir professionnel ?

En termes de conseils aux étudiants africains en Europe ou partout dans le monde, Je conseillerai : • D’avoir une vision claire de leur projet,

• De développer des compétences pratiques en plus des diplômes,

• De construire un réseau professionnel solide,

• Et de rester disciplinés dans tout.

En sommes la réussite est basée autant sur les compétences que sur l’attitude.

Certains étudiants hésitent entre retourner en Afrique après leurs études ou construire leur carrière en Europe. Selon vous, comment la diaspora estudiantine peut-elle contribuer efficacement au développement du continent, quel que soit son lieu de résidence ?

La contribution ne dépend pas uniquement du lieu de résidence. Pour ma part, la diaspora estudiantine africaine doit rentrer en Afrique après leurs études pour participer au développement du continent. Au cas contraire, elle doit contribuer au développement de notre Afrique par le transfert des compétences, l’investissement, l’accompagnement des projets locaux. Elle doit être le pont entre l’Afrique et le reste du monde. L’essentiel est de garder un lien actif avec le continent.

Vous vivez et évoluez dans un environnement international. Quel regard portez-vous aujourd’hui sur la diaspora africaine en Europe, et particulièrement sur son rôle économique, intellectuel et social ?

La diaspora africaine est une force stratégique. Dans certaines communautés africaines, elle joue un rôle économique à travers les transferts financiers, intellectuel, le partage de savoir et social en servant de relais d’influence. Cependant, le potentiel de la diaspora africaine reste encore sous-exploité par manque d'une structuration vivante.

Pensez-vous que les compétences acquises par les africains vivant à l’étranger sont suffisamment valorisées dans les politiques de développement des pays africains ? Que faudrait-il améliorer ?

A l'absence d'une organisation, les compétences de la diaspora africaine ne sont pas encore suffisamment valorisées. Il faudra :

• Mettre en place des politiques d’intégration des talents,

• Faciliter les retours ou les collaborations à distance,

• Créer des cadres incitatifs pour l’investissement.

La diaspora doit être intégrée comme un acteur clé du développement de l'Afrique.

Dans votre ouvrage « La spiritualité et le business », vous défendez l’idée qu’une réussite durable repose aussi sur des valeurs humaines et spirituelles. Pourquoi cette dimension vous semble-t-elle essentielle dans le monde des affaires actuel ?

Une réussite durable ne peut pas reposer uniquement sur des indicateurs financiers. Les valeurs humaines, l’éthique et la spiritualité apportent l'équilibre, le sens et la responsabilité. Dans un monde incertain, elles deviennent des repères essentiels pour une performance durable.

A votre avis, quelles sont les qualités indispensables pour qu’un jeune africain puisse aujourd’hui réussir : en Afrique, en Europe ou ailleurs dans le monde ?

Les qualités clés de la réussite peuvent se résumer comme suit : la discipline, la résilience, l’adaptabilité, l’intégrité et la capacité d’apprentissage continu. Dans un environnement globalisé, celui qui apprend vite et s’adapte mieux a un avantage décisif sur les autres.

Enfin, quel message souhaitez-vous adresser à la jeunesse africaine et à la diaspora qui vous écoutera à travers cette interview ? Quel est votre appel pour l’Afrique de demain ?

Le seul message que je puis dire à la jeunesse africaine : croyez en votre potentiel et formez-vous sérieusement. Que la diaspora reste connectée à ses racines et contribue activement au développement du continent. L’Afrique de demain se construira par des africains compétents, engagés et solidaires, où qu’ils soient dans le monde.

Entretien : Malick Sakho

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