À Tivaouane, le SILMIT 2026 veut faire dialoguer la mémoire, le savoir islamique et les défis du numérique

09 - Août - 2026

Du 20 au 24 août 2026, Tivaouane accueillera la première édition du Salon International du Livre Islamique et des Manuscrits de Tivaouane, SILMIT 2026. Dans une ville qui porte depuis des générations une tradition d’enseignement, de transmission et de rayonnement de la Tidjaniyya, cette nouvelle initiative entend donner une place centrale au livre, au manuscrit et à la pensée islamique. Mais au-delà de la célébration d’un patrimoine ancien, le rendez-vous veut surtout poser une question profondément contemporaine : comment transmettre un savoir plusieurs fois séculaire dans un monde désormais dominé par le numérique, les réseaux sociaux et l’intelligence artificielle ?
Le thème retenu pour cette première édition résume à lui seul l’ambition du projet : « Patrimoine manuscrit et héritage spirituel : entre intelligence humaine et transmission du savoir islamique à l’ère du numérique ». Le SILMIT se déroulera durant les jours du Bourda et du Gamou, sous l’autorité spirituelle du Khalife général des Tidjanes, avec le parrainage annoncé du Président de la République du Sénégal et le Royaume du Maroc comme pays invité d’honneur.
Le choix de Tivaouane n’a évidemment rien d’anodin. La ville est depuis longtemps associée à une tradition intellectuelle et spirituelle qui a produit des générations d’érudits, d’enseignants et de transmetteurs. Ici, le manuscrit n’est pas simplement une pièce ancienne que l’on conserve dans une bibliothèque. Il représente une mémoire, une méthode d’apprentissage, une relation entre le maître et le disciple et, plus largement, une manière de faire circuler le savoir. Le SILMIT entend précisément replacer cette richesse au cœur du débat contemporain.
L’enjeu est considérable. À travers l’Afrique de l’Ouest, des manuscrits portant sur la religion, le droit, la littérature, les sciences ou encore l’histoire ont traversé les siècles. De Tombouctou à Chinguetti, en passant par Tivaouane et d’autres grands centres de savoir, ils témoignent d’une tradition intellectuelle africaine souvent méconnue ou insuffisamment valorisée. Le programme du salon consacre d’ailleurs une journée entière à ce patrimoine, avec la Mauritanie comme pays invité.
Cette dimension patrimoniale prend une résonance particulière à une époque où les manuscrits sont confrontés à de nombreuses menaces. Le temps, les conditions climatiques, les conditions de conservation et le manque de moyens techniques peuvent fragiliser des documents dont la disparition constituerait une perte irréversible. La question n’est donc plus seulement de conserver les manuscrits existants, mais de savoir comment les restaurer, les documenter et les numériser afin de permettre leur transmission aux générations futures. C’est précisément l’un des axes forts du SILMIT.

La programmation du salon montre à quel point les organisateurs souhaitent inscrire cette réflexion dans une démarche à la fois scientifique et ouverte. Dès l’ouverture, le jeudi 20 août, une série de panels sera consacrée au Diwan de El Hadji Malick Sy. Les discussions porteront notamment sur les repères historiques concernant son auteur, la valeur scientifique et la beauté esthétique du Diwan, mais également sur sa dimension soufie, ses enseignements éducatifs et sa portée sociale. Des spécialistes interviendront en arabe et en français, donnant à ces échanges une dimension à la fois académique et accessible.
Cette volonté de faire dialoguer plusieurs générations et plusieurs disciplines est probablement l’une des forces du SILMIT. Le salon ne s’adresse pas uniquement aux spécialistes des sciences islamiques. Il veut également réunir chercheurs, oulémas, bibliophiles, conservateurs, acteurs culturels, universitaires, éditeurs et experts du numérique. L’objectif affiché est de créer un espace où la tradition puisse rencontrer les outils et les interrogations du présent, sans que l’une soit condamnée à disparaître au profit de l’autre.
La question de la jeunesse occupera naturellement une place importante dans cette réflexion. Le samedi 22 août, une journée sera consacrée à l’identité musulmane à l’ère de l’intelligence artificielle et des réseaux sociaux. La rencontre, portée par la Plateforme de Réflexion et d’Orientation des Jeunes Tidianes, cherchera à mettre en relation la pensée de Cheikh Seydil Hadj Malick Sy avec les réalités auxquelles les jeunes sont confrontés aujourd’hui.
Le sujet est particulièrement actuel. Jamais l’accès à l’information religieuse n’a été aussi facile, mais jamais non plus la circulation de contenus approximatifs, sortis de leur contexte ou dépourvus de références solides n’a été aussi rapide. Les réseaux sociaux ont profondément modifié les habitudes d’apprentissage. L’intelligence artificielle ouvre, elle aussi, des possibilités considérables, tout en posant des questions nouvelles sur la fiabilité, l’interprétation et la transmission du savoir. Le SILMIT fait le choix de ne pas fuir ces transformations. Il propose au contraire de les examiner à partir d’un héritage intellectuel et spirituel qui place le savoir, l’éducation et la formation de la personne au centre.
Le programme rappelle à cet égard que l’héritage de Cheikh Seydil Hadj Malick Sy peut être interrogé à travers des notions telles que le Tawḥīd, le ʿIlm, la Tarbiya et le Taṣawwuf. L’enjeu n’est donc pas d’opposer systématiquement tradition et technologie, mais de réfléchir aux conditions d’une utilisation responsable des nouveaux outils. La technologie peut accélérer la diffusion d’un savoir ; elle ne saurait, à elle seule, remplacer le discernement, la formation et la relation humaine indispensables à sa compréhension.
Le SILMIT entend également rappeler que la tradition savante sénégalaise ne s’est jamais limitée aux seules sciences religieuses. La journée du dimanche 23 août consacrera ainsi une conférence à Serigne Hady Touré, présenté comme une figure majeure de la tradition savante islamique sénégalaise, particulièrement reconnue pour ses connaissances en mathématiques, en astronomie et dans le calcul du calendrier hégirien. Son parcours illustre cette conception d’un savoir qui ne sépare pas artificiellement la foi, la raison et la connaissance scientifique.
Autre dimension intéressante du programme : le salon ne s’arrête pas à la conservation du patrimoine. Il ouvre également une réflexion sur son financement, sa valorisation et son inscription dans l’économie contemporaine. Une table ronde consacrée au financement des projets culturels à travers les Waqf modernes abordera notamment la possibilité de structurer des fonds capables de soutenir durablement la production intellectuelle, la conservation des manuscrits et la diffusion du savoir.
Le même esprit se retrouve dans la réflexion consacrée aux Dahiras. Le programme du lundi 24 août propose d’interroger leur potentiel en tant qu’organisations communautaires susceptibles de devenir des incubateurs de PME et de richesses locales. Cette approche élargit considérablement le champ du salon. Le Dahira n’est plus seulement envisagé sous l’angle religieux ou social, mais également comme un espace de confiance, de mobilisation et de solidarité pouvant contribuer à l’accompagnement des initiatives économiques locales.
Le SILMIT 2026 sera enfin un espace de rencontre. Les activités permanentes prévues durant les journées du salon comprennent une exposition de manuscrits anciens, de livres rares, de documents liés au patrimoine scientifique islamique et à l’histoire de la Tidjaniyya. Un marché international du livre doit également réunir maisons d’édition, librairies spécialisées, institutions universitaires et centres de recherche. Des ateliers consacrés à la calligraphie arabe, à la numérisation, à la restauration et à la conservation des manuscrits sont annoncés, ainsi que des rencontres entre éditeurs, bibliothèques, universités et fondations culturelles.
À travers cette programmation, Tivaouane cherche donc à franchir une nouvelle étape dans la valorisation de son patrimoine intellectuel. Le défi sera de faire du SILMIT davantage qu’un rendez-vous ponctuel autour du livre. L’ambition affichée est de contribuer à faire de la ville un pôle international de référence pour la conservation, l’étude et la valorisation du patrimoine islamique écrit et spirituel.
Dans un monde où l’information circule désormais en quelques secondes, la véritable urgence n’est peut-être plus seulement de transmettre davantage, mais de transmettre mieux. Un manuscrit ancien ne vaut pas uniquement par son âge. Il vaut par ce qu’il raconte, par la pensée qu’il contient et par la capacité des générations présentes à en comprendre le sens. C’est toute la pertinence du SILMIT 2026 : faire en sorte que la modernité ne soit pas synonyme d’oubli, et que le numérique puisse devenir un outil au service de la mémoire plutôt qu’un facteur supplémentaire de sa dilution.
Du 20 au 24 août, Tivaouane sera ainsi appelée à devenir un lieu où le passé ne sera pas regardé comme une relique, mais comme une source capable d’éclairer le présent et d’interroger l’avenir. Entre manuscrits, conférences, expositions, recherche, jeunesse, intelligence artificielle, entrepreneuriat et réflexion spirituelle, le SILMIT 2026 porte une ambition qui dépasse largement les frontières d’un salon du livre. Il pose une question essentielle à notre époque : comment faire vivre un héritage ancien dans un monde nouveau, sans perdre ni son âme, ni son exigence, ni son sens ?
                                    Malick sakho

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09 Août 2026 0 commentaires
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