Et si la question n’était plus seulement de savoir comment mieux se connaître, mais ce que les acteurs de la diaspora africaine à Rennes pourraient réellement construire ensemble ? Réunis le 19 septembre 2026 à l’initiative de l’ORDAE et de Kemetki, plusieurs responsables associatifs et acteurs de la présence africaine à Rennes ont confronté leurs expériences, leurs difficultés et leurs attentes.
Une rencontre qui, au-delà des constats, a posé une question de fond : « Y a-t-il une diaspora africaine ou des diasporas africaines ? »
Derrière cette interrogation se dessine un enjeu plus large : comment faire collectif sans effacer les histoires, les nationalités, les générations et les identités qui composent la présence africaine à Rennes ?
Des réalités différentes, des préoccupations communes
Au fil des échanges, plusieurs difficultés sont apparues avec une certaine convergence : la mobilisation parfois difficile autour des activités associatives, le besoin de mieux valoriser les compétences et les initiatives, les enjeux liés à l’entrepreneuriat, mais aussi les conditions d’accueil et d’accompagnement des étudiants africains.
Stages, financement, orientation, encadrement : autant de sujets qui dépassent les capacités d’une seule structure et qui invitent à réfléchir à des formes de coopération.
La question des nouveaux arrivants a également occupé une place particulière.
Car accompagner un migrant ne devrait pas signifier le réduire à son parcours, à ses difficultés administratives ou à ses besoins sociaux. Il est aussi, dès son arrivée, un membre à part entière de la diaspora africaine.
Cette reconnaissance interroge autant le regard des institutions que celui de la diaspora elle-même. Le nouvel arrivant n’est pas seulement un bénéficiaire potentiel de dispositifs d’accompagnement. Il peut également être porteur de compétences, d’expériences, de réseaux et d’initiatives.
Autrement dit, l’enjeu est aussi de lui permettre de passer de la position de personne accueillie à celle d’acteur du collectif.
Faire diaspora : au-delà des associations
La rencontre a également fait apparaître une autre question : comment passer d’une juxtaposition d’initiatives à une capacité collective d’action ?
Il ne s’agit pas nécessairement de créer une structure qui viendrait se substituer aux organisations existantes. Chacune conserve son histoire, ses objectifs et son autonomie.
L’enjeu serait plutôt d’identifier les sujets sur lesquels la coopération peut produire davantage que l’action isolée : partager certaines compétences, mieux faire circuler l’information, créer des passerelles, accompagner des projets ou encore donner davantage de visibilité aux initiatives existantes.
Cette réflexion renvoie aussi à une notion de responsabilité.
La structuration d’une diaspora ne peut pas reposer uniquement sur les institutions, les collectivités ou quelques responsables associatifs. Elle suppose également que les membres de cette diaspora puissent prendre leur part dans ce qu’ils souhaitent construire.
Et quelle place pour l’Afrique ?
Une autre dimension mérite d’être posée : comment intégrer davantage l’Afrique elle-même dans la réflexion sur la diaspora africaine ?
Être une diaspora ne signifie pas seulement vivre en Europe tout en conservant un lien affectif avec un pays d’origine.
La question est aussi celle des relations avec les sociétés africaines, les institutions, les entrepreneurs, les étudiants, les acteurs culturels et les dynamiques du continent.
À Rennes, cela pourrait conduire à réfléchir à une diaspora capable de créer davantage de passerelles entre le territoire d’accueil et l’Afrique : échanges de compétences, initiatives économiques, projets culturels, circulation des savoirs ou encore coopération entre acteurs.
La diaspora pourrait ainsi être pensée non seulement comme une population installée hors du continent, mais comme un espace de liens entre l’Afrique et les territoires où elle vit.
Une Maison de la diaspora en perspective
Parmi les perspectives évoquées figure également l’idée d’une Maison de la diaspora africaine à Rennes.
Le projet reste à construire : ses missions, son fonctionnement, sa gouvernance et ses moyens restent à définir.
Mais l’idée traduit une aspiration : disposer, à terme, d’un espace capable de favoriser la rencontre, la coopération, la transmission et la mise en relation des différents acteurs de la diaspora africaine.
L’objectif n’est pas nécessairement de réunir tout le monde sous une même bannière, mais de créer les conditions permettant à des organisations différentes de travailler ensemble lorsqu’elles identifient un intérêt commun.
Penser ensemble, mais aussi se retrouver
La dynamique du 19 septembre ne s’est d’ailleurs pas limitée au temps de réflexion.
La rencontre de l’après-midi s’inscrivait dans une journée plus large, avec, le soir, une soirée organisée par Kemetki, offrant un autre cadre de rencontre, de convivialité et de célébration.
Une complémentarité qui n’est peut-être pas anodine : une dynamique collective ne se construit pas uniquement autour de réunions et de projets. Elle se construit aussi dans les moments où l’on se rencontre, où l’on échange autrement et où l’on crée des liens.
Du constat à l’action
Le prochain rendez-vous est désormais fixé au 14 novembre 2026.
Après avoir partagé les constats, les participants souhaitent poursuivre la réflexion autour d’une question volontairement concrète :
«« Que pouvons-nous faire ensemble que nous ne pouvons pas faire séparément ? »»
La question marque une nouvelle étape.
Il ne s’agit plus seulement de constater les difficultés rencontrées par les acteurs africains de Rennes, mais d’identifier les domaines dans lesquels une action collective pourrait réellement apporter une valeur ajoutée.
Le 19 septembre n’a donc pas apporté toutes les réponses. Il a peut-être fait quelque chose de plus simple, et de plus essentiel : ouvrir un espace où des acteurs différents acceptent de se parler, de s’écouter et de chercher ce qu’ils pourraient construire en commun.
À Rennes, la question n’est peut-être déjà plus seulement de savoir s’il existe une ou plusieurs diasporas africaines.
Elle est désormais de savoir ce que ces différentes composantes peuvent faire ensemble.
Falilou Thiane