๐‹๐„๐’ ๐“๐‘๐„๐ˆ๐™๐„ ๐„๐‘๐‘๐„๐”๐‘๐’ ๐ƒ๐„ ๐๐Ž๐”๐๐€๐‚๐€๐‘ ๐๐Ž๐‘๐ˆ๐’ ๐ƒ๐ˆ๐Ž๐ (๐ฏ๐ž๐ซ๐ฌ๐ข๐จ๐ง ๐ข๐ง๐ญ๐žฬ๐ ๐ซ๐š๐ฅ๐ž)

16 - Aoรปt - 2026

Cheikh Anta Diop n’a pas besoin qu’on lui fabrique des héritiers
Présenter Ousmane Sonko comme un héritier de Cheikh Anta Diop procède d’une lecture historiquement réductrice et intellectuellement fragile. Boubacar Boris Diop prend certes la précaution de rappeler que « comparaison n’est pas raison », mais sa démonstration souffre de treize erreurs : erreur d’antériorité, de paternité, d’amnésie historique, de focale, de nature, de conception de la souveraineté, de lecture du panafricanisme, de méthode, de jugement moral, de temporalité, d’appropriation, de consécration et, enfin, une erreur politique : contribuer à fabriquer autour d’un responsable contemporain la généalogie héroïque dont naissent les messianismes. Mises bout à bout, ces erreurs conduisent à une conclusion nette : la filiation proposée ne tient pas.

Il faut commencer par l’évidence que cette comparaison obscurcit : PASTEF n’a inventé ni le souverainisme sénégalais, ni le panafricanisme, ni la critique de la dépendance, ni la valorisation des langues nationales, ni la remise en cause des rapports asymétriques avec l’ancienne puissance coloniale. Ces questions ont une histoire bien antérieure à l’apparition du parti. Cheikh Anta Diop en constitue l’une des matrices intellectuelles majeures ; Mamadou Dia en porta une traduction politique et économique ; les gauches sénégalaises, les mouvements syndicaux, les courants marxistes, maoïstes, nationalistes et panafricanistes les ont travaillées pendant des décennies.
PASTEF est arrivé sur un terrain déjà labouré. Il a amplifié certains thèmes, les a massifiés, simplifiés, dramatisés et projetés dans l’espace numérique. Cela ne change rien à leur antériorité. Faire plus de bruit autour d’une idée ne vous en donne ni la paternité ni l’héritage.

๐Ÿ. ๐‹’๐ž๐ซ๐ซ๐ž๐ฎ๐ซ ๐’๐š๐ง๐ญ๐žฬ๐ซ๐ข๐จ๐ซ๐ข๐ญ๐žฬ : ๐Ÿ๐š๐ข๐ซ๐ž ๐œ๐จ๐ฆ๐ฆ๐ž๐ง๐œ๐ž๐ซ ๐ฅ๐š ๐ซ๐ฎ๐ฉ๐ญ๐ฎ๐ซ๐ž ๐š๐ฏ๐ž๐œ ๐ฅ๐š ๐ ๐žฬ๐ง๐žฬ๐ซ๐š๐ญ๐ข๐จ๐ง ๐ฉ๐ซ๐žฬ๐ฌ๐ž๐ง๐ญ๐ž
Le souverainisme sénégalais n’est pas né en 2014. Le panafricanisme sénégalais non plus. La critique du franc CFA, de la dépendance économique, des rapports avec la France ou de la faiblesse de l’intégration africaine précède de plusieurs décennies le surgissement de PASTEF.
Présenter la séquence actuelle comme un moment presque inaugural revient à pratiquer une étrange amnésie. Or l’amnésie historique possède une fonction politique : plus on efface les prédécesseurs, plus le contemporain paraît exceptionnel. C’est ainsi que commence le récit de l’an zéro.

๐Ÿ. ๐‹’๐ž๐ซ๐ซ๐ž๐ฎ๐ซ ๐๐ž ๐ฉ๐š๐ญ๐ž๐ซ๐ง๐ข๐ญ๐žฬ : ๐œ๐จ๐ง๐Ÿ๐จ๐ง๐๐ซ๐ž ๐š๐ฆ๐ฉ๐ฅ๐ข๐Ÿ๐ข๐œ๐š๐ญ๐ข๐จ๐ง ๐ž๐ญ ๐ข๐ง๐ฏ๐ž๐ง๐ญ๐ข๐จ๐ง
Le principal dirigeant de PASTEF a popularisé des sujets techniques. Fiscalité, ressources naturelles, contrats pétroliers, souveraineté monétaire ou relations internationales sont devenus des sujets de conversation beaucoup plus populaires.
Mais il faut distinguer deux opérations radicalement différentes : vulgariser n’est pas produire ; massifier n’est pas inventer ; mobiliser autour d’une idée n’est pas en devenir l’auteur. La puissance du haut-parleur ne modifie pas l’origine de la parole.

๐Ÿ‘. ๐‹’๐ž๐ซ๐ซ๐ž๐ฎ๐ซ ๐’๐š๐ฆ๐ง๐žฬ๐ฌ๐ข๐ž : ๐ฌ๐š๐ฎ๐ญ๐ž๐ซ ๐๐ž ๐‚๐ก๐ž๐ข๐ค๐ก ๐€๐ง๐ญ๐š ๐ƒ๐ข๐จ๐ฉ ๐š๐ฎ ๐ฉ๐ซ๐žฬ๐ฌ๐ž๐ง๐ญ
La comparaison efface presque tout ce qui s’est produit entre les deux. Mamadou Dia, le PAI, les traditions marxistes et maoïstes, les syndicats, les organisations étudiantes, les nationalistes, les panafricanistes, les critiques du franc CFA et de la Françafrique : plusieurs générations ont transmis, transformé et parfois institutionnalisé ces idées.
Il n’existe donc aucune ligne successorale simple allant de Cheikh Anta Diop à un dirigeant contemporain. L’héritage politique est un fleuve ; le réduire à un tuyau fausse l’histoire.

๐Ÿ’. ๐‹’๐ž๐ซ๐ซ๐ž๐ฎ๐ซ ๐๐ž ๐Ÿ๐จ๐œ๐š๐ฅ๐ž : ๐ฌ๐žฬ๐ฅ๐ž๐œ๐ญ๐ข๐จ๐ง๐ง๐ž๐ซ ๐ฎ๐ง๐ข๐ช๐ฎ๐ž๐ฆ๐ž๐ง๐ญ ๐ฅ๐ž๐ฌ ๐ซ๐ž๐ฌ๐ฌ๐ž๐ฆ๐›๐ฅ๐š๐ง๐œ๐ž๐ฌ
Prenons trois mots : souveraineté, panafricanisme, moralisation. La filiation semble se dessiner. Ajoutons maintenant la production scientifique, l’histoire, la linguistique, la physique, l’énergie, l’industrialisation, les langues africaines comme instruments de science, le fédéralisme continental, l’autonomie technologique, le rapport à la preuve et la construction d’institutions scientifiques : la filiation s’effondre.
On ne démontre pas une parenté intellectuelle en choisissant seulement les variables qui la rendent possible. Une comparaison sérieuse doit aussi regarder ce qui sépare.

๐Ÿ“. ๐‹’๐ž๐ซ๐ซ๐ž๐ฎ๐ซ ๐๐ž ๐ง๐š๐ญ๐ฎ๐ซ๐ž : ๐œ๐จ๐ง๐Ÿ๐จ๐ง๐๐ซ๐ž ๐ฎ๐ง ๐œ๐จ๐ซ๐ฉ๐ฎ๐ฌ ๐ข๐ง๐ญ๐ž๐ฅ๐ฅ๐ž๐œ๐ญ๐ฎ๐ž๐ฅ ๐ž๐ญ ๐ฎ๐ง๐ž ๐ž๐ง๐ญ๐ซ๐ž๐ฉ๐ซ๐ข๐ฌ๐ž ๐ฉ๐จ๐ฅ๐ข๐ญ๐ข๐ช๐ฎ๐ž
Cheikh Anta Diop a construit une œuvre scientifique, historique, linguistique, civilisationnelle et politique. La génération actuelle a principalement construit une puissance politique. Ce ne sont pas les mêmes réalisations.
Un parti peut transformer un pays. Un intellectuel peut transformer durablement la manière dont un continent se pense. Mais on ne compare pas honnêtement deux trajectoires sans commencer par reconnaître qu’elles ne produisent pas le même objet. Cheikh Anta Diop a laissé un corpus. Le mouvement actuel doit encore démontrer ce qu’il laissera.

๐Ÿ”. ๐‹’๐ž๐ซ๐ซ๐ž๐ฎ๐ซ ๐ฌ๐ฎ๐ซ ๐ฅ๐š ๐ฌ๐จ๐ฎ๐ฏ๐ž๐ซ๐š๐ข๐ง๐ž๐ญ๐žฬ : ๐ฉ๐ซ๐ž๐ง๐๐ซ๐ž ๐ฅ๐ž ๐๐ข๐ฌ๐œ๐จ๐ฎ๐ซ๐ฌ ๐ฉ๐จ๐ฎ๐ซ ๐ฅ๐š ๐œ๐š๐ฉ๐š๐œ๐ข๐ญ๐žฬ
La souveraineté de Cheikh Anta Diop était beaucoup plus exigeante qu’une souveraineté proclamatoire. Elle supposait de produire, d’industrialiser, de maîtriser l’énergie, de développer les sciences, de transformer les ressources, de former, de faire des langues africaines des instruments de transmission du savoir et de construire une puissance continentale. Autrement dit, une souveraineté de capacité.
La question pertinente n’est donc pas : qui parle le plus de souveraineté ? Elle est : qui en produit réellement ? Un pays qui proclame plus fortement sa souveraineté tout en demeurant structurellement dépendant n’a encore résolu qu’une partie du problème.

๐Ÿ•. ๐‹’๐ž๐ซ๐ซ๐ž๐ฎ๐ซ ๐ฉ๐š๐ง๐š๐Ÿ๐ซ๐ข๐œ๐š๐ง๐ข๐ฌ๐ญ๐ž : ๐ซ๐žฬ๐๐ฎ๐ข๐ซ๐ž ๐‚๐ก๐ž๐ข๐ค๐ก ๐€๐ง๐ญ๐š ๐ƒ๐ข๐จ๐ฉ ๐š๐ฎ ๐ซ๐š๐ฉ๐ฉ๐จ๐ซ๐ญ ๐š๐ฏ๐ž๐œ ๐ฅ๐š ๐…๐ซ๐š๐ง๐œ๐ž
Cheikh Anta Diop ne pensait pas l’Afrique seulement contre quelqu’un. Il la pensait pour elle-même. Son horizon était continental, productif, scientifique et fédéral. Il ne suffisait pas de sortir d’une dépendance ; il fallait construire la puissance qui empêcherait son retour.
L’anti-Françafrique peut être une composante du panafricanisme. Elle n’en est pas la définition. Le véritable test n’est donc pas la vigueur avec laquelle on critique Paris, mais la capacité à répondre à une question autrement plus difficile : quelle Afrique construit-on après avoir cessé de faire de Paris le centre du débat ?

๐Ÿ–. ๐‹’๐ž๐ซ๐ซ๐ž๐ฎ๐ซ ๐๐ž ๐ฆ๐žฬ๐ญ๐ก๐จ๐๐ž : ๐จ๐ฎ๐›๐ฅ๐ข๐ž๐ซ ๐ช๐ฎ๐ž ๐‚๐ก๐ž๐ข๐ค๐ก ๐€๐ง๐ญ๐š ๐ƒ๐ข๐จ๐ฉ ๐๐ž๐ฏ๐š๐ข๐ญ ๐ฉ๐ซ๐จ๐ฎ๐ฏ๐ž๐ซ
C’est probablement l’erreur la plus gênante dans une comparaison formulée par un intellectuel. Cheikh Anta Diop avait des convictions fortes. Il pouvait être catégorique. Ses travaux furent discutés, parfois violemment contestés. Mais il acceptait la règle essentielle du savoir : une affirmation doit pouvoir être confrontée à la preuve.
Sources, mesures, langues, textes, données, comparaisons, contradiction : il pouvait être réfuté. Voilà ce qui compte. Se réclamer de Cheikh Anta Diop devrait donc imposer une discipline : démontrer avant de proclamer, documenter avant d’accuser, accepter la possibilité de l’erreur. Un héritier véritable n’est pas celui qui reprend son vocabulaire ; c’est celui qui accepte son exigence.

๐Ÿ—. ๐‹’๐ž๐ซ๐ซ๐ž๐ฎ๐ซ ๐ฆ๐จ๐ซ๐š๐ฅ๐ž : ๐๐ข๐ฌ๐ญ๐ซ๐ข๐›๐ฎ๐ž๐ซ ๐ฅ๐ž ๐œ๐ž๐ซ๐ญ๐ข๐Ÿ๐ข๐œ๐š๐ญ ๐’๐ข๐ง๐ญ๐žฬ๐ ๐ซ๐ข๐ญ๐žฬ ๐š๐ฏ๐š๐ง๐ญ ๐ฅ๐š ๐Ÿ๐ข๐ง ๐๐ž ๐ฅ’๐žฬ๐ฉ๐ซ๐ž๐ฎ๐ฏ๐ž
Boubacar Boris Diop invoque aussi la moralisation de la vie publique. Mais la moralité politique ne se décrète pas par proximité idéologique. Elle se juge, elle s’éprouve, elle se confronte aux actes.
Les affaires judiciaires du principal dirigeant de PASTEF doivent être restituées avec exactitude : acquittement des accusations de viol et de menaces de mort dans l’affaire Sweet Beauté, mais condamnation pour corruption de la jeunesse ; condamnation distincte pour diffamation dans l’affaire Mame Mbaye Niang. On peut discuter le contexte politique de ces décisions et dénoncer les dérives du pouvoir précédent. Mais on ne peut construire une pensée sérieuse selon laquelle ce qui disculpe est vrai et ce qui dérange appartient nécessairement au complot. La moralisation commence lorsqu’on applique à son propre camp les critères utilisés contre les autres.

๐Ÿ๐ŸŽ. ๐‹’๐ž๐ซ๐ซ๐ž๐ฎ๐ซ ๐๐ž ๐ญ๐ž๐ฆ๐ฉ๐จ๐ซ๐š๐ฅ๐ข๐ญ๐žฬ : ๐ฏ๐จ๐ฎ๐ฅ๐จ๐ข๐ซ ๐žฬ๐œ๐ซ๐ข๐ซ๐ž ๐ฅ’๐‡๐ข๐ฌ๐ญ๐จ๐ข๐ซ๐ž ๐š๐ฏ๐š๐ง๐ญ ๐ช๐ฎ’๐ž๐ฅ๐ฅ๐ž ๐ง’๐š๐ข๐ญ ๐ž๐ฎ ๐ฅ๐ข๐ž๐ฎ
Cheikh Anta Diop est mort en 1986. Son œuvre a traversé les décennies. Elle a été contestée, réévaluée, transmise. Ses livres lui ont survécu. Ses idées lui ont survécu. Ses institutions lui ont survécu.
La trajectoire politique actuelle, elle, est encore chaude. Son bilan gouvernemental reste discuté, ses politiques n’ont pas encore produit tous leurs effets et le devenir de son mouvement est inconnu. Il est donc intellectuellement téméraire de comparer un héritage déjà éprouvé à une trajectoire encore en construction. L’Histoire demande du temps ; la politique aime les consécrations immédiates.

๐Ÿ๐Ÿ. ๐‹’๐ž๐ซ๐ซ๐ž๐ฎ๐ซ ๐’๐š๐ฉ๐ฉ๐ซ๐จ๐ฉ๐ซ๐ข๐š๐ญ๐ข๐จ๐ง : ๐ญ๐ซ๐š๐ง๐ฌ๐Ÿ๐จ๐ซ๐ฆ๐ž๐ซ ๐‚๐ก๐ž๐ข๐ค๐ก ๐€๐ง๐ญ๐š ๐ƒ๐ข๐จ๐ฉ ๐ž๐ง ๐š๐ง๐œ๐žฬ‚๐ญ๐ซ๐ž ๐ฉ๐š๐ซ๐ญ๐ข๐ฌ๐š๐ง
Cheikh Anta Diop n’appartient pas à PASTEF. Pas davantage qu’il n’appartient au RND. Son œuvre a largement dépassé ses propres organisations. C’est précisément ce qui fait sa grandeur.
La souveraineté, les langues nationales, l’autonomie scientifique et le panafricanisme sont aujourd’hui des questions qui traversent plusieurs familles politiques. Faire de Cheikh Anta Diop l’ancêtre symbolique d’un camp revient paradoxalement à rétrécir celui que l’on prétend grandir. Il appartient au Sénégal et, bien au-delà, à l’Afrique.

๐Ÿ๐Ÿ. ๐‹’๐ž๐ซ๐ซ๐ž๐ฎ๐ซ ๐๐ž ๐œ๐จ๐ง๐ฌ๐žฬ๐œ๐ซ๐š๐ญ๐ข๐จ๐ง : ๐ญ๐ซ๐š๐ง๐ฌ๐Ÿ๐žฬ๐ซ๐ž๐ซ ๐ฎ๐ง ๐ฉ๐ซ๐ž๐ฌ๐ญ๐ข๐ ๐ž ๐š๐ฏ๐š๐ง๐ญ ๐ช๐ฎ๐ž ๐ฅ’œ๐ฎ๐ฏ๐ซ๐ž ๐ง’๐ž๐ฑ๐ข๐ฌ๐ญ๐ž
Qualifier aujourd’hui un responsable vivant d’héritier de Cheikh Anta Diop n’est pas une simple comparaison. C’est une opération symbolique : on transfère vers l’homme présent une partie du prestige accumulé par l’homme historique.
Or l’ordre normal devrait être inverse : d’abord l’œuvre ; puis les résultats ; puis les institutions ; puis le temps ; et seulement ensuite la comparaison. L’héritage ne devrait jamais précéder l’épreuve.

๐Ÿ๐Ÿ‘. ๐‹’๐ž๐ซ๐ซ๐ž๐ฎ๐ซ ๐ฉ๐จ๐ฅ๐ข๐ญ๐ข๐ช๐ฎ๐ž : ๐œ๐จ๐ง๐ญ๐ซ๐ข๐›๐ฎ๐ž๐ซ ๐šฬ€ ๐Ÿ๐š๐›๐ซ๐ข๐ช๐ฎ๐ž๐ซ ๐ฅ๐ž ๐ฆ๐ž๐ฌ๐ฌ๐ข๐ž ๐ช๐ฎ’๐จ๐ง ๐ฉ๐ซ๐žฬ๐ญ๐ž๐ง๐ ๐ซ๐žฬ๐œ๐ฎ๐ฌ๐ž๐ซ
La dernière erreur est la plus grave. Une famille politique qui affirme récuser le messianisme voit progressivement son principal dirigeant devenir l’incarnation de la « révolution », puis le « gardien de la révolution ». Autour de lui apparaît le vocabulaire du « Guide ». Des intellectuels reconnus l’inscrivent déjà dans la filiation de Cheikh Anta Diop et de Mamadou Dia.
Le mouvement devient presque mécanique : du dirigeant au héros ; du héros au gardien ; du gardien à l’héritier ; de l’héritier au Guide.
Le messianisme ne commence pas lorsque le chef proclame qu’il est le messie. Il commence lorsque son entourage politique, militant et intellectuel construit progressivement l’idée que l’Histoire avait besoin de lui. C’est ici que la comparaison de Boubacar Boris Diop cesse d’être une simple imprudence intellectuelle. Elle devient une contribution à la fabrication symbolique d’un homme providentiel.

๐‘๐ž๐ฌ๐ญ๐š๐ฎ๐ซ๐ž๐ซ ๐ฅ’๐žฬ๐ฏ๐ข๐๐ž๐ง๐œ๐ž
La question n’est pas de diminuer quelqu’un pour grandir Cheikh Anta Diop. Il s’agit simplement de rétablir les catégories.
La massification n’est pas l’invention.
La visibilité n’est pas la paternité.
La mobilisation n’est pas l’œuvre.
La proclamation n’est pas la souveraineté.
La ressemblance n’est pas la filiation.
Et surtout, le présent n’a pas compétence pour prononcer seul le jugement de l’Histoire.

Ceux qui revendiquent Cheikh Anta Diop peuvent encore démontrer leur filiation. Qu’ils produisent de la science et de la technologie. Qu’ils construisent une véritable autonomie productive. Qu’ils donnent aux langues nationales les moyens de devenir des langues de savoir. Qu’ils fassent avancer concrètement l’intégration africaine. Qu’ils bâtissent des institutions assez solides pour survivre à leurs dirigeants. Qu’ils placent la preuve au-dessus de la certitude et la contradiction au-dessus de l’orthodoxie.

Alors une comparaison deviendra possible.

Pour l’heure, la démonstration de Boubacar Boris Diop souffre bien de treize erreurs, et toutes conduisent au même constat : il a voulu reconnaître un héritier avant que l’héritage ne soit établi.
Cheikh Anta Diop mérite davantage de rigueur.
Et l’Histoire davantage de patience.
L’Histoire n’a pas besoin qu’on lui désigne ses héritiers. Elle les reconnaît après l’épreuve.

๐๐ซ ๐…๐š๐ฅ๐ข๐ฅ๐จ๐ฎ ๐‚๐Ž๐”๐๐ƒ๐Ž๐”๐‹
๐”๐ง๐ข๐ฏ๐ž๐ซ๐ฌ๐ข๐ญ๐š๐ข๐ซ๐ž, ๐š๐œ๐ญ๐ž๐ฎ๐ซ ๐ฉ๐จ๐ฅ๐ข๐ญ๐ข๐ช๐ฎ๐ž ๐ž๐ญ ๐ซ๐ž๐ฌ๐ฉ๐จ๐ง๐ฌ๐š๐›๐ฅ๐ž ๐๐ฎ ๐“๐ก๐ข๐ง๐ค ๐“๐š๐ง๐ค ๐๐ซ๐š๐ ๐ฆ๐š๐ญ๐ข๐ฌ๐ฆ๐ž ๐’๐จ๐œ๐ข๐š๐ฅ-๐ƒ๐žฬ๐ฆ๐จ๐œ๐ซ๐š๐ญ๐ž

 

Commentaires
0 commentaire
Laisser un commentaire
Recopiez les lettres affichรฉes ci-dessous : Image de Contrรดle
Demande de renseignement

Contactez nous au

07 69 67 77 43

ou