Cheikh Anta Diop n’a pas besoin qu’on lui fabrique des héritiers
Présenter Ousmane Sonko comme un héritier de Cheikh Anta Diop procède d’une lecture historiquement réductrice et intellectuellement fragile. Boubacar Boris Diop prend certes la précaution de rappeler que « comparaison n’est pas raison », mais sa démonstration souffre de treize erreurs : erreur d’antériorité, de paternité, d’amnésie historique, de focale, de nature, de conception de la souveraineté, de lecture du panafricanisme, de méthode, de jugement moral, de temporalité, d’appropriation, de consécration et, enfin, une erreur politique : contribuer à fabriquer autour d’un responsable contemporain la généalogie héroïque dont naissent les messianismes. Mises bout à bout, ces erreurs conduisent à une conclusion nette : la filiation proposée ne tient pas.
Il faut commencer par l’évidence que cette comparaison obscurcit : PASTEF n’a inventé ni le souverainisme sénégalais, ni le panafricanisme, ni la critique de la dépendance, ni la valorisation des langues nationales, ni la remise en cause des rapports asymétriques avec l’ancienne puissance coloniale. Ces questions ont une histoire bien antérieure à l’apparition du parti. Cheikh Anta Diop en constitue l’une des matrices intellectuelles majeures ; Mamadou Dia en porta une traduction politique et économique ; les gauches sénégalaises, les mouvements syndicaux, les courants marxistes, maoïstes, nationalistes et panafricanistes les ont travaillées pendant des décennies.
PASTEF est arrivé sur un terrain déjà labouré. Il a amplifié certains thèmes, les a massifiés, simplifiés, dramatisés et projetés dans l’espace numérique. Cela ne change rien à leur antériorité. Faire plus de bruit autour d’une idée ne vous en donne ni la paternité ni l’héritage.
๐. ๐’๐๐ซ๐ซ๐๐ฎ๐ซ ๐’๐๐ง๐ญ๐ฬ๐ซ๐ข๐จ๐ซ๐ข๐ญ๐ฬ : ๐๐๐ข๐ซ๐ ๐๐จ๐ฆ๐ฆ๐๐ง๐๐๐ซ ๐ฅ๐ ๐ซ๐ฎ๐ฉ๐ญ๐ฎ๐ซ๐ ๐๐ฏ๐๐ ๐ฅ๐ ๐ ๐ฬ๐ง๐ฬ๐ซ๐๐ญ๐ข๐จ๐ง ๐ฉ๐ซ๐ฬ๐ฌ๐๐ง๐ญ๐
Le souverainisme sénégalais n’est pas né en 2014. Le panafricanisme sénégalais non plus. La critique du franc CFA, de la dépendance économique, des rapports avec la France ou de la faiblesse de l’intégration africaine précède de plusieurs décennies le surgissement de PASTEF.
Présenter la séquence actuelle comme un moment presque inaugural revient à pratiquer une étrange amnésie. Or l’amnésie historique possède une fonction politique : plus on efface les prédécesseurs, plus le contemporain paraît exceptionnel. C’est ainsi que commence le récit de l’an zéro.
๐. ๐’๐๐ซ๐ซ๐๐ฎ๐ซ ๐๐ ๐ฉ๐๐ญ๐๐ซ๐ง๐ข๐ญ๐ฬ : ๐๐จ๐ง๐๐จ๐ง๐๐ซ๐ ๐๐ฆ๐ฉ๐ฅ๐ข๐๐ข๐๐๐ญ๐ข๐จ๐ง ๐๐ญ ๐ข๐ง๐ฏ๐๐ง๐ญ๐ข๐จ๐ง
Le principal dirigeant de PASTEF a popularisé des sujets techniques. Fiscalité, ressources naturelles, contrats pétroliers, souveraineté monétaire ou relations internationales sont devenus des sujets de conversation beaucoup plus populaires.
Mais il faut distinguer deux opérations radicalement différentes : vulgariser n’est pas produire ; massifier n’est pas inventer ; mobiliser autour d’une idée n’est pas en devenir l’auteur. La puissance du haut-parleur ne modifie pas l’origine de la parole.
๐. ๐’๐๐ซ๐ซ๐๐ฎ๐ซ ๐’๐๐ฆ๐ง๐ฬ๐ฌ๐ข๐ : ๐ฌ๐๐ฎ๐ญ๐๐ซ ๐๐ ๐๐ก๐๐ข๐ค๐ก ๐๐ง๐ญ๐ ๐๐ข๐จ๐ฉ ๐๐ฎ ๐ฉ๐ซ๐ฬ๐ฌ๐๐ง๐ญ
La comparaison efface presque tout ce qui s’est produit entre les deux. Mamadou Dia, le PAI, les traditions marxistes et maoïstes, les syndicats, les organisations étudiantes, les nationalistes, les panafricanistes, les critiques du franc CFA et de la Françafrique : plusieurs générations ont transmis, transformé et parfois institutionnalisé ces idées.
Il n’existe donc aucune ligne successorale simple allant de Cheikh Anta Diop à un dirigeant contemporain. L’héritage politique est un fleuve ; le réduire à un tuyau fausse l’histoire.
๐. ๐’๐๐ซ๐ซ๐๐ฎ๐ซ ๐๐ ๐๐จ๐๐๐ฅ๐ : ๐ฌ๐ฬ๐ฅ๐๐๐ญ๐ข๐จ๐ง๐ง๐๐ซ ๐ฎ๐ง๐ข๐ช๐ฎ๐๐ฆ๐๐ง๐ญ ๐ฅ๐๐ฌ ๐ซ๐๐ฌ๐ฌ๐๐ฆ๐๐ฅ๐๐ง๐๐๐ฌ
Prenons trois mots : souveraineté, panafricanisme, moralisation. La filiation semble se dessiner. Ajoutons maintenant la production scientifique, l’histoire, la linguistique, la physique, l’énergie, l’industrialisation, les langues africaines comme instruments de science, le fédéralisme continental, l’autonomie technologique, le rapport à la preuve et la construction d’institutions scientifiques : la filiation s’effondre.
On ne démontre pas une parenté intellectuelle en choisissant seulement les variables qui la rendent possible. Une comparaison sérieuse doit aussi regarder ce qui sépare.
๐. ๐’๐๐ซ๐ซ๐๐ฎ๐ซ ๐๐ ๐ง๐๐ญ๐ฎ๐ซ๐ : ๐๐จ๐ง๐๐จ๐ง๐๐ซ๐ ๐ฎ๐ง ๐๐จ๐ซ๐ฉ๐ฎ๐ฌ ๐ข๐ง๐ญ๐๐ฅ๐ฅ๐๐๐ญ๐ฎ๐๐ฅ ๐๐ญ ๐ฎ๐ง๐ ๐๐ง๐ญ๐ซ๐๐ฉ๐ซ๐ข๐ฌ๐ ๐ฉ๐จ๐ฅ๐ข๐ญ๐ข๐ช๐ฎ๐
Cheikh Anta Diop a construit une œuvre scientifique, historique, linguistique, civilisationnelle et politique. La génération actuelle a principalement construit une puissance politique. Ce ne sont pas les mêmes réalisations.
Un parti peut transformer un pays. Un intellectuel peut transformer durablement la manière dont un continent se pense. Mais on ne compare pas honnêtement deux trajectoires sans commencer par reconnaître qu’elles ne produisent pas le même objet. Cheikh Anta Diop a laissé un corpus. Le mouvement actuel doit encore démontrer ce qu’il laissera.
๐. ๐’๐๐ซ๐ซ๐๐ฎ๐ซ ๐ฌ๐ฎ๐ซ ๐ฅ๐ ๐ฌ๐จ๐ฎ๐ฏ๐๐ซ๐๐ข๐ง๐๐ญ๐ฬ : ๐ฉ๐ซ๐๐ง๐๐ซ๐ ๐ฅ๐ ๐๐ข๐ฌ๐๐จ๐ฎ๐ซ๐ฌ ๐ฉ๐จ๐ฎ๐ซ ๐ฅ๐ ๐๐๐ฉ๐๐๐ข๐ญ๐ฬ
La souveraineté de Cheikh Anta Diop était beaucoup plus exigeante qu’une souveraineté proclamatoire. Elle supposait de produire, d’industrialiser, de maîtriser l’énergie, de développer les sciences, de transformer les ressources, de former, de faire des langues africaines des instruments de transmission du savoir et de construire une puissance continentale. Autrement dit, une souveraineté de capacité.
La question pertinente n’est donc pas : qui parle le plus de souveraineté ? Elle est : qui en produit réellement ? Un pays qui proclame plus fortement sa souveraineté tout en demeurant structurellement dépendant n’a encore résolu qu’une partie du problème.
๐. ๐’๐๐ซ๐ซ๐๐ฎ๐ซ ๐ฉ๐๐ง๐๐๐ซ๐ข๐๐๐ง๐ข๐ฌ๐ญ๐ : ๐ซ๐ฬ๐๐ฎ๐ข๐ซ๐ ๐๐ก๐๐ข๐ค๐ก ๐๐ง๐ญ๐ ๐๐ข๐จ๐ฉ ๐๐ฎ ๐ซ๐๐ฉ๐ฉ๐จ๐ซ๐ญ ๐๐ฏ๐๐ ๐ฅ๐ ๐
๐ซ๐๐ง๐๐
Cheikh Anta Diop ne pensait pas l’Afrique seulement contre quelqu’un. Il la pensait pour elle-même. Son horizon était continental, productif, scientifique et fédéral. Il ne suffisait pas de sortir d’une dépendance ; il fallait construire la puissance qui empêcherait son retour.
L’anti-Françafrique peut être une composante du panafricanisme. Elle n’en est pas la définition. Le véritable test n’est donc pas la vigueur avec laquelle on critique Paris, mais la capacité à répondre à une question autrement plus difficile : quelle Afrique construit-on après avoir cessé de faire de Paris le centre du débat ?
๐. ๐’๐๐ซ๐ซ๐๐ฎ๐ซ ๐๐ ๐ฆ๐ฬ๐ญ๐ก๐จ๐๐ : ๐จ๐ฎ๐๐ฅ๐ข๐๐ซ ๐ช๐ฎ๐ ๐๐ก๐๐ข๐ค๐ก ๐๐ง๐ญ๐ ๐๐ข๐จ๐ฉ ๐๐๐ฏ๐๐ข๐ญ ๐ฉ๐ซ๐จ๐ฎ๐ฏ๐๐ซ
C’est probablement l’erreur la plus gênante dans une comparaison formulée par un intellectuel. Cheikh Anta Diop avait des convictions fortes. Il pouvait être catégorique. Ses travaux furent discutés, parfois violemment contestés. Mais il acceptait la règle essentielle du savoir : une affirmation doit pouvoir être confrontée à la preuve.
Sources, mesures, langues, textes, données, comparaisons, contradiction : il pouvait être réfuté. Voilà ce qui compte. Se réclamer de Cheikh Anta Diop devrait donc imposer une discipline : démontrer avant de proclamer, documenter avant d’accuser, accepter la possibilité de l’erreur. Un héritier véritable n’est pas celui qui reprend son vocabulaire ; c’est celui qui accepte son exigence.
๐. ๐’๐๐ซ๐ซ๐๐ฎ๐ซ ๐ฆ๐จ๐ซ๐๐ฅ๐ : ๐๐ข๐ฌ๐ญ๐ซ๐ข๐๐ฎ๐๐ซ ๐ฅ๐ ๐๐๐ซ๐ญ๐ข๐๐ข๐๐๐ญ ๐’๐ข๐ง๐ญ๐ฬ๐ ๐ซ๐ข๐ญ๐ฬ ๐๐ฏ๐๐ง๐ญ ๐ฅ๐ ๐๐ข๐ง ๐๐ ๐ฅ’๐ฬ๐ฉ๐ซ๐๐ฎ๐ฏ๐
Boubacar Boris Diop invoque aussi la moralisation de la vie publique. Mais la moralité politique ne se décrète pas par proximité idéologique. Elle se juge, elle s’éprouve, elle se confronte aux actes.
Les affaires judiciaires du principal dirigeant de PASTEF doivent être restituées avec exactitude : acquittement des accusations de viol et de menaces de mort dans l’affaire Sweet Beauté, mais condamnation pour corruption de la jeunesse ; condamnation distincte pour diffamation dans l’affaire Mame Mbaye Niang. On peut discuter le contexte politique de ces décisions et dénoncer les dérives du pouvoir précédent. Mais on ne peut construire une pensée sérieuse selon laquelle ce qui disculpe est vrai et ce qui dérange appartient nécessairement au complot. La moralisation commence lorsqu’on applique à son propre camp les critères utilisés contre les autres.
๐๐. ๐’๐๐ซ๐ซ๐๐ฎ๐ซ ๐๐ ๐ญ๐๐ฆ๐ฉ๐จ๐ซ๐๐ฅ๐ข๐ญ๐ฬ : ๐ฏ๐จ๐ฎ๐ฅ๐จ๐ข๐ซ ๐ฬ๐๐ซ๐ข๐ซ๐ ๐ฅ’๐๐ข๐ฌ๐ญ๐จ๐ข๐ซ๐ ๐๐ฏ๐๐ง๐ญ ๐ช๐ฎ’๐๐ฅ๐ฅ๐ ๐ง’๐๐ข๐ญ ๐๐ฎ ๐ฅ๐ข๐๐ฎ
Cheikh Anta Diop est mort en 1986. Son œuvre a traversé les décennies. Elle a été contestée, réévaluée, transmise. Ses livres lui ont survécu. Ses idées lui ont survécu. Ses institutions lui ont survécu.
La trajectoire politique actuelle, elle, est encore chaude. Son bilan gouvernemental reste discuté, ses politiques n’ont pas encore produit tous leurs effets et le devenir de son mouvement est inconnu. Il est donc intellectuellement téméraire de comparer un héritage déjà éprouvé à une trajectoire encore en construction. L’Histoire demande du temps ; la politique aime les consécrations immédiates.
๐๐. ๐’๐๐ซ๐ซ๐๐ฎ๐ซ ๐’๐๐ฉ๐ฉ๐ซ๐จ๐ฉ๐ซ๐ข๐๐ญ๐ข๐จ๐ง : ๐ญ๐ซ๐๐ง๐ฌ๐๐จ๐ซ๐ฆ๐๐ซ ๐๐ก๐๐ข๐ค๐ก ๐๐ง๐ญ๐ ๐๐ข๐จ๐ฉ ๐๐ง ๐๐ง๐๐ฬ๐ญ๐ซ๐ ๐ฉ๐๐ซ๐ญ๐ข๐ฌ๐๐ง
Cheikh Anta Diop n’appartient pas à PASTEF. Pas davantage qu’il n’appartient au RND. Son œuvre a largement dépassé ses propres organisations. C’est précisément ce qui fait sa grandeur.
La souveraineté, les langues nationales, l’autonomie scientifique et le panafricanisme sont aujourd’hui des questions qui traversent plusieurs familles politiques. Faire de Cheikh Anta Diop l’ancêtre symbolique d’un camp revient paradoxalement à rétrécir celui que l’on prétend grandir. Il appartient au Sénégal et, bien au-delà, à l’Afrique.
๐๐. ๐’๐๐ซ๐ซ๐๐ฎ๐ซ ๐๐ ๐๐จ๐ง๐ฌ๐ฬ๐๐ซ๐๐ญ๐ข๐จ๐ง : ๐ญ๐ซ๐๐ง๐ฌ๐๐ฬ๐ซ๐๐ซ ๐ฎ๐ง ๐ฉ๐ซ๐๐ฌ๐ญ๐ข๐ ๐ ๐๐ฏ๐๐ง๐ญ ๐ช๐ฎ๐ ๐ฅ’œ๐ฎ๐ฏ๐ซ๐ ๐ง’๐๐ฑ๐ข๐ฌ๐ญ๐
Qualifier aujourd’hui un responsable vivant d’héritier de Cheikh Anta Diop n’est pas une simple comparaison. C’est une opération symbolique : on transfère vers l’homme présent une partie du prestige accumulé par l’homme historique.
Or l’ordre normal devrait être inverse : d’abord l’œuvre ; puis les résultats ; puis les institutions ; puis le temps ; et seulement ensuite la comparaison. L’héritage ne devrait jamais précéder l’épreuve.
๐๐. ๐’๐๐ซ๐ซ๐๐ฎ๐ซ ๐ฉ๐จ๐ฅ๐ข๐ญ๐ข๐ช๐ฎ๐ : ๐๐จ๐ง๐ญ๐ซ๐ข๐๐ฎ๐๐ซ ๐ฬ ๐๐๐๐ซ๐ข๐ช๐ฎ๐๐ซ ๐ฅ๐ ๐ฆ๐๐ฌ๐ฌ๐ข๐ ๐ช๐ฎ’๐จ๐ง ๐ฉ๐ซ๐ฬ๐ญ๐๐ง๐ ๐ซ๐ฬ๐๐ฎ๐ฌ๐๐ซ
La dernière erreur est la plus grave. Une famille politique qui affirme récuser le messianisme voit progressivement son principal dirigeant devenir l’incarnation de la « révolution », puis le « gardien de la révolution ». Autour de lui apparaît le vocabulaire du « Guide ». Des intellectuels reconnus l’inscrivent déjà dans la filiation de Cheikh Anta Diop et de Mamadou Dia.
Le mouvement devient presque mécanique : du dirigeant au héros ; du héros au gardien ; du gardien à l’héritier ; de l’héritier au Guide.
Le messianisme ne commence pas lorsque le chef proclame qu’il est le messie. Il commence lorsque son entourage politique, militant et intellectuel construit progressivement l’idée que l’Histoire avait besoin de lui. C’est ici que la comparaison de Boubacar Boris Diop cesse d’être une simple imprudence intellectuelle. Elle devient une contribution à la fabrication symbolique d’un homme providentiel.
๐๐๐ฌ๐ญ๐๐ฎ๐ซ๐๐ซ ๐ฅ’๐ฬ๐ฏ๐ข๐๐๐ง๐๐
La question n’est pas de diminuer quelqu’un pour grandir Cheikh Anta Diop. Il s’agit simplement de rétablir les catégories.
La massification n’est pas l’invention.
La visibilité n’est pas la paternité.
La mobilisation n’est pas l’œuvre.
La proclamation n’est pas la souveraineté.
La ressemblance n’est pas la filiation.
Et surtout, le présent n’a pas compétence pour prononcer seul le jugement de l’Histoire.
Ceux qui revendiquent Cheikh Anta Diop peuvent encore démontrer leur filiation. Qu’ils produisent de la science et de la technologie. Qu’ils construisent une véritable autonomie productive. Qu’ils donnent aux langues nationales les moyens de devenir des langues de savoir. Qu’ils fassent avancer concrètement l’intégration africaine. Qu’ils bâtissent des institutions assez solides pour survivre à leurs dirigeants. Qu’ils placent la preuve au-dessus de la certitude et la contradiction au-dessus de l’orthodoxie.
Alors une comparaison deviendra possible.
Pour l’heure, la démonstration de Boubacar Boris Diop souffre bien de treize erreurs, et toutes conduisent au même constat : il a voulu reconnaître un héritier avant que l’héritage ne soit établi.
Cheikh Anta Diop mérite davantage de rigueur.
Et l’Histoire davantage de patience.
L’Histoire n’a pas besoin qu’on lui désigne ses héritiers. Elle les reconnaît après l’épreuve.
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๐๐ฅ๐ข๐ฅ๐จ๐ฎ ๐๐๐๐๐๐๐๐
๐๐ง๐ข๐ฏ๐๐ซ๐ฌ๐ข๐ญ๐๐ข๐ซ๐, ๐๐๐ญ๐๐ฎ๐ซ ๐ฉ๐จ๐ฅ๐ข๐ญ๐ข๐ช๐ฎ๐ ๐๐ญ ๐ซ๐๐ฌ๐ฉ๐จ๐ง๐ฌ๐๐๐ฅ๐ ๐๐ฎ ๐๐ก๐ข๐ง๐ค ๐๐๐ง๐ค ๐๐ซ๐๐ ๐ฆ๐๐ญ๐ข๐ฌ๐ฆ๐ ๐๐จ๐๐ข๐๐ฅ-๐๐ฬ๐ฆ๐จ๐๐ซ๐๐ญ๐