Les Victoires de la musique ont tenu leur promesse le mois dernier à Conakry. Cette 7è édition installe le rendez-vous dans le paysage des grandes manifestations de niveau international en Afrique de l’Ouest. A l’initiative de cette cérémonie de grand standing, le promoteur culturel Angélo Bouba voit grand et loin. L’organisation d’une formation professionnelle en amont de la soirée illustre la volonté des Victoires d’œuvrer au dynamisme de la filière sur la base d’une ambition nationale : mieux défendre et accompagner collectivement le travail des artistes, de leurs équipes.
La musique, vecteur d’identité, forge des imaginaires et un vécu commun. En Guinée, ce riche patrimoine a permis à des ensembles mythiques d'accéder au niveau international, d’évoluer dans des milieux artistiques en pleine effervescence. Pendant des décennies, la création guinéenne a occupé une place de choix sur la scène mondiale. Pour autant, un constat s’impose. Cet âge d’or n’a pas généré les ressorts nécessaires à l’industrie culturelle et créative pour se développer, prospérer, assurer une relève.
En quête de repères dans le foisonnement général renforcé par l’essor fulgurant des réseaux sociaux, certains professionnels du secteur s’accordent sur une idée force : la renaissance. Cette dénomination renforce l’empreinte forte laissée dans la mémoire collective par l’héritage de Mory Kanté, de Bembaya Jazz, Balla et ses baladins et d’autres orchestres illustres. Mais répond-elle à la réalité de l’époque au-delà du besoin de satisfaire un besoin d’ancrage dans une histoire musicale qui a fait ses preuves ?
Une partie de la génération montante a d’autres motivations qu’inscrire ses pas dans la trace des aînés. L’impatience à se faire un nom, à rejoindre la cour des grands, est palpable. Ces jeunes de l’ère numérique puisent leurs références dans le grand océan d’internet et s’accrochent à leurs rêves avec les moyens du bord.
Dans un clip sorti le 3 janvier, Nay, 19 ans, se définit comme rapeuse. Elle chante en français et met en scène sa volonté de réussir malgré les mises en garde et les vents contraires. Son titre “La voix de la détermination” sonne comme un plaidoyer. L’étudiante en licence de Communication a des aspirations pour être elle-même que l’espoir d’hypothétiques débouchés après l’université ne parvient pas à satisfaire.
Dans un style musical qu’il affectionne, Jules Bianca, 24 ans, affirme qu’il entend bien pousser les murs avec ce refrain : “on va pousser pousser cette culture, bientôt elle va briller briller très fort”. Le chanteur a commencé son année 2026 pleine de défis sur le plateau de Kolomatin, émission très suivie sur la radio publique nationale.
Jules et Nay comme tous les inscrits à la formation des 8 et 9 janvier étaient présents aux Victoires de la musique guinéenne avec des étincelles dans les yeux et l’envie d’être les prochains à monter sur scène pour recevoir la précieuse statuette. Ces artistes en devenir font leur part, à l’image de la lauréate du Prix Découverte RFI, Queen Rima, pour que la filière musicale s’organise en Guinée afin de retrouver l’élan qui a fait sa force dans un passé pas si lointain.
Music in Africa vous invite à écouter un ou plusieurs podcasts enregistrés à Conakry pour archiver un moment de cette histoire de la musique guinéenne au travers de témoignages. Le premier entretien pose le décor et les enjeux grâce à l’expertise de Lamine BA. Audioblog - Blablaboost #6, histoire d'un bien commun : la musique guinéenne(link is external)
Quant à la talentueuse lauréate du Prix RFI Découvertes récompensée par le Prix spécial des Victoires 2025, elle est à l'affiche de plusieurs festivals en France en mars avant de s'envoler vers d'autres continents.
Françoise Ramel
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