SENEGAL L'histoire incroyable de Fallou Gueye le champion sans aide de l'État qui vise le JO 2028

12 - Juin - 2026

Médaillé d’argent aux Championnats d’Afrique de taekwondo 2026 dans la catégorie des moins de 58 kg, disputés au Mali du 30 mai au 2 juin, Mouhamadou Fadilou Mbacké Gueye s’est confié à notre rédaction pour revenir sur son parcours et ses perspectives. Triple champion du Sénégal, il est également étudiant en Licence 1 à l’Université numérique Cheikh Hamidou Kane. Ce dernier dit accueillir cette distinction avec un profond sens de la responsabilité.

"Cette distinction continentale est très importante pour relancer ma carrière olympique. Dernier championnat d’Afrique avant la qualification des joueurs pour Los Angeles 2028, Bamako 2026, où j’ai pu décrocher la médaille d’argent, est une étape très importante pour me lancer dans la course", a-t-il soutenu.
Le jeune athlète, estime que le moment le plus difficile de la compétition n'était pas le jour J, mais la préparation en amont:
"c'est tout le travail que tu accomplis c'est à dire la préparation mentale, physique, technique", a-t-il indiqué.
Le triple champion du Sénégal est également revenu sur le moment où il a su qu'il serait sur le podium. Ainsi, en regardant le huitième de finale, entre le togolais et le marocain, il a gagné en confiance, estimant être plus performant : "classé numéro deux sur le ranking (classement NDLR) africain, avec le système de tirage qui prévoit que les quatre premiers du classement soient exemptés, j'ai regardé le huitième de finale entre le Togolais et le Marocain. Après la victoire du Togolais, j'ai su que j'allais gagner mon combat, parce qu'au delà de l'aspect technique, j'étais plus prêt que lui, mentalement et physiquement", a-t-il expliqué.
Atteindre une telle performance exige de lourds sacrifices. Une réalité dont le vice champion d'Afrique a pleinement conscience. Il est d'ailleurs revenu sur le parcours exigeant et les efforts consentis qui lui ont permis d'en arriver à ce stade aujourd'hui: "il faut beaucoup de sacrifices pour atteindre ce niveau et je trouve que le cadre de préparation pour un athlète est très important. Après mon retour du championnat du monde, marqué par une contre performance, j'ai compris qu'il me fallait sortir du Sénégal, aller en Europe, dans les plus grands centres de taekwondo afin de côtoyer les athlètes de niveau mondial pour mieux préparer cette compétition. Être seul, entouré des athlètes de très haut niveau, échanger et comprendre leur mentalité m'a permis de mieux aborder cette compétition", a-t-il dit non sans remercier la fédération sénégalaise de taekwondo qui, avec son accord, permet aux athlètes de se rendre en Europe pour préparer la compétition.
Au-delà des sacrifices consentis, le jeune sportif rappelle le rôle déterminant de sa famille qui a assuré son soutien financier en l'absence, jusqu'à présent, d'un appui des autorités: "je n'ai bénéficié ni d'une bourse olympique ni de l'aide ministérielle (dû au fait que je n'ai pas de médaille continentale dans mon CV même si je suis le meilleur athlète au niveau national). Les compétitions auxquelles j'ai pris part et mes voyages en Europe ont été entièrement financés par ma famille, mes parents et ma tante. Cela m'a permis de gagner cette médaille continentale pour relancer ma carrière olympique", a-t-il avoué. Dans ce sens, il a confié être issu d'une famille profondément encrée dans le taekwondo, un environnement qui a fortement contribué à façonner son parcours sportif. Ses deux parents évoluant dans cette discipline, il a bénéficié très tôt d'un encadrement structurant.
Son père, Maître El Hadj Ngoumbe Gueye, ceinture noire 4em Dan au centre socioculturel de Yoff et ancien membre de l'équipe nationale de taekwondo, a joué un rôle déterminant dans sa formation, lui transmettant rigueur, discipline et esprit de compétition. Sa mère, Maitresse Fatima Ba, ceinture noire 3eme Dan, a renforcé cet encadrement en apportant son soutien technique et mental au quotidien. Ce qui a ainsi constitué un véritable levier de progression lui permettant d'évoluer dès ses débuts dans un environnement propice à l'excellence. "Au delà de l'aspect technique, ma famille m'aide à progresser grâce à son sens du management. Elle m'aide également beaucoup sur le plan mental", a-t-il confié.

Au delà de son parcours personnel, Mouhamadou Fadilou, plus connu sous le de nominatif de Fallou Gueye, met également en lumière une réalité plus large. Il s'agit de la faible considération accordée à certaines disciplines comme le taekwondo au Sénégal. Une réalité qu'il confirme en soulignant les difficultés de soutien auxquelles beaucoup de sportifs font face: "on remarque une nette inégalité entre les disciplines sportives. Je n'ai rien contre le football mais après le retour des joueurs de la Coupe d'Afrique des Nations, ils ont été reçus par le Président de la République, contrairement à nous. Pourtant nous nous battons aussi pour notre drapeau national. D'autant plus que dans les disciplines comme le taekwondo, une médaille olympique à une valeur plus importante qu'une Coupe du monde de football", a-t-il regretté.
Profitant de l'occasion, il a tenu à remercier l'ancien maire de Yoff, Abdoulaye Diouf Sarr, pour le soutien qu'il lui a toujours apporté . Dans la même dynamique, il a lancé un appel à l'actuel édile Issa Laye Samb: "nous lui demandons de nous recevoir et de soutenir notre club, qui n'a jamais bénéficié de son accompagnement. Au-delà du Sénégal, nous représentons aussi notre commune", a-t-il déclaré.
Déterminé à poursuivre son ascension, Fallou Gueye vise une qualification aux Jeux olympiques de Los Angeles 2028. D'ici là, il se concentrera sur l'Open de Moldavie prévu les 4 et 5 juillet, puis sur le Grand Prix de Paris du 8 au 11 octobre. Pour participer à cette dernière compétition, il lui manque encore 26 points afin d'intégrer le Top 32 mondial de sa catégorie. Par ailleurs, il représentera l'Université Numérique Cheikh Hamidou Kane au championnat du monde universitaire organisé par la Fédération Internationale du Sport Universitaire (FISU), prévu du 11 au 16 octobre 2026 en Chine.
Avant de conclure, le champion qui se distingue par sa discipline et sa bonne éducation qui transparaissent dans son attitude au quotidien, a envoyé un message inspirant aux jeunes désireux de suivre son parcours: "aux jeunes qui veulent suivre mes pas, je leur demande de rêver car tout commence par un rêve", a-t-il déclaré.

Aly Saleh

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