Istanbul accueillera les 29 et 30 octobre 2026 un rendez-vous qui ambitionne de changer la nature des relations économiques entre l’Afrique et sa diaspora. La Convention Panafricaine d’Investissement Stratégique, la CPIS 2026, réunira sur deux jours décideurs politiques, industriels turcs, coopératives agricoles et investisseurs issus des communautés africaines établies en Turquie, en Europe et aux États-Unis. Organisée par la société MGS en collaboration avec le Collectif pour l’Investissement Panafricain, et placée sous le haut patronage de l’ambassade du Sénégal à Ankara, cette convention entend poser les bases d’un modèle où l’Afrique cesse d’être un simple exportateur de matières premières pour devenir un continent producteur.
Le thème choisi pour cette édition résume l’enjeu. Il s’agit d’opérationnaliser la Vision Sénégal 2050 en transformant l’épargne de la diaspora africaine, le savoir-faire industriel turc et le sourcing direct de matières premières en souveraineté productive et alimentaire pour le continent. Un objectif qui parle directement à des millions d’Africains de l’étranger, souvent réduits au rôle d’envoyeurs de fonds vers leurs familles, et que la convention invite à devenir des bâtisseurs industriels à part entière.
Le concept qui porte cette ambition tient en une formule, un émigré, une unité de transformation. L’idée est de permettre à chaque Africain vivant hors du continent de convertir une partie de son épargne en outil de production installé au pays, qu’il s’agisse d’une petite unité artisanale comme une presse à huile ou un broyeur de cacao, ou d’un investissement plus lourd comme une centrale à béton ou une usine textile. Au delà du geste individuel, c’est toute une génération d’émigrés que les organisateurs veulent voir préparer un retour digne et une indépendance économique durable, tout en créant des emplois pour la jeunesse restée sur place.
Cette dynamique trouve un écho particulier dans le potentiel agricole du continent. L’Afrique perd chaque année entre 30 et 40 % de sa production de mangues, de cajou, de cacao, d’oignons, de tomates ou de pomme de terre, faute d’unités de transformation suffisantes. En connectant directement les industriels turcs aux coopératives africaines de cacao, de cajou ou de sésame, la CPIS 2026 veut transformer cette faiblesse en opportunité, en installant sur le sol africain les machines capables de convertir ces pertes en richesse et en emplois durables.
Le Sénégal occupe dans ce projet une place centrale, celle d’un hub de convergence pour l’ensemble du continent. Grâce à la Zone de Libre Échange Continentale Africaine, une implantation industrielle sur son sol ouvre un accès sans barrières douanières à un marché de 1,3 milliard de consommateurs, et par la CEDEAO à un bassin régional de plus de 400 millions de personnes. Autour de ce socle, la convention mobilise des délégations venues de Côte d’Ivoire, du Mali, de Guinée Conakry, de Guinée Bissau, du Burkina Faso, du Bénin, du Togo, du Gabon et des deux Congo, ainsi que des institutions financières et des agences d’appui à l’investissement telles que l’APIX, le FONGIP, le FONSIS, la BNDE ou l’ADEPME.
Sur le plan pratique, les deux journées alterneront forums de haut niveau, démonstrations technologiques grandeur nature, rencontres d’affaires directes entre industriels turcs et acteurs africains, et un espace bancaire dédié aux mécanismes de financement par crédit bail. L’ensemble culminera avec un dîner de gala baptisé Signature et Excellence Panafricaine, moment de reconnaissance pour les bâtisseurs de la diaspora, les entrepreneurs africains et les partenaires turcs les plus engagés dans cette dynamique de co-développement.
Pour l’Afrique, l’enjeu dépasse largement le cadre d’un forum économique de plus. C’est la promesse d’une industrialisation portée par ses propres enfants, où chaque euro ou chaque livre turque investi se transforme en usine, en emploi et en souveraineté retrouvée. Pour la diaspora, c’est l’occasion de rappeler qu’elle n’est pas seulement une source de transferts financiers, mais bien la première force d’investissement industriel dont le continent dispose. À Istanbul, les 29 et 30 octobre prochains, l’Afrique entend démontrer qu’elle est prête à écrire cette nouvelle page de son développement.
Malick sakho