La justice sénégalaise tape du poing sur la table. Bamba Amar et Abdou Aziz Guèye restent derrière les barreaux. Le juge a rejeté leur demande de liberté.
L’onde de choc provoquée par l’affaire de la Brigade de recherches de Keur Massar continue de secouer les couloirs du temple de la justice. Dans ce dossier tentaculaire où se mêlent stupéfiants, mœurs et scandale sanitaire, les premières décisions majeures tombent. Bamba Amar, figure déchue du Port autonome de Dakar, et le célèbre acteur Abdou Aziz Guèye viennent d’essuyer un revers judiciaire crucial. Le magistrat instructeur a rejeté l’intégralité de leurs demandes de mise en liberté provisoire, maintenant les deux suspects dans l'ombre des cellules.
Un refus catégorique face à des accusations vertigineuses
L'espoir d’une bouffée d’air frais s’est envolé pour les conseils des deux principaux mis en cause. Introduites il y a quelques semaines, les requêtes visant à obtenir une liberté provisoire pour Bamba Amar, ancien chef du service Facturation du Port autonome de Dakar (PAD), et pour le comédien Abdou Aziz Guèye ont buté sur la fermeté du parquet. Selon les informations du quotidien spécialisé Libération, le ministère public a opposé un veto strict à leur élargissement. Une position de rigueur immédiatement validée par le juge du premier cabinet du tribunal de Pikine-Guédiawaye.Pour les autorités judiciaires, le maintien en détention reste indispensable. L'extrême gravité des faits reprochés ne permet aucune clémence à ce stade. Pour rappel, le catalogue des chefs d'inculpation donne le tournis: Association de malfaiteurs, Actes contre nature, Transmission volontaire du VIH/Sida, Mise en danger de la vie d’autrui, Blanchiment de capitaux, Trafic de drogue.
Keur Massar au cœur d'un réseau aux cent visages
Cette affaire, devenue en quelques mois l'une des plus explosives de la banlieue dakaroise, est le fruit d'un travail de longue haleine mené par les enquêteurs de la Brigade de recherches de Keur Massar. En tirant les premiers fils de ce réseau, les gendarmes ne s'attendaient pas à mettre au jour une organisation d'une telle envergure.
À ce jour, pas moins d'une centaine de personnes ont été interpellées et placées sous les verrous, transformant ce dossier en un véritable séisme judiciaire.Le profil des accusés, mêlant hauts cadres de l'administration et figures de la scène culturelle, montre la complexité de cette toile d'araignée. Les auditions au fond se poursuivent à un rythme soutenu. Les magistrats cherchent à cartographier avec précision le rôle de chaque maillon, notamment sur les flux financiers suspects liés au blanchiment et sur les circuits d'approvisionnement en stupéfiants.
La bataille judiciaire se déplace devant la Chambre d'accusation
Si ce refus du juge d'instruction sonne comme un coup de massue pour la défense, la bataille est loin d'être terminée. Refusant de s'avouer vaincus, les avocats de Bamba Amar et d'Abdou Aziz Guèye ont immédiatement activé les voies de recours. Ils ont interjeté appel de la décision de refus devant la Chambre d’accusation de la Cour d'appel.Le dossier quitte donc temporairement les bureaux de Pikine-Guédiawaye pour rejoindre les magistrats du second degré. Ces derniers devront trancher dans les prochains jours : confirmer le maintien en détention des deux hommes pour préserver l'ordre public et les nécessités de l'enquête, ou infirmer la décision et leur accorder un ticket de sortie provisoire. L'affaire reste sous haute tension.
A.S