DiaspAgro et CICAD Invest : quand la diaspora transforme l’attachement au Sénégal en force d’investissemen

01 - Septembre - 2026

Pendant longtemps, l’investissement de la diaspora sénégalaise au pays a souvent été associé aux transferts d’argent destinés à soutenir les familles, à construire une maison ou à financer un projet pour individuel. Une nouvelle dynamique est pourtant en train de s’installer. De plus en plus de Sénégalais établis à l’étranger veulent désormais aller au-delà de l’aide familiale pour devenir de véritables acteurs économiques de leur pays d’origine. L’agriculture et l’agro-industrie apparaissent, dans cette évolution, comme l’un des terrains les plus prometteurs. C’est précisément dans cet espace que s’inscrit DiaspAgro, une initiative qui entend transformer l’épargne, les compétences et les réseaux de la diaspora en investissements productifs au Sénégal. Créée en 2026 par des Sénégalais de la diaspora, DiaspAgro porte une ambition claire : contribuer au développement agricole du Sénégal et participer à la marche vers l’autosuffisance alimentaire. L’entreprise a été constituée autour d’un capital de 50 millions de francs CFA, réuni par 26 membres fondateurs, avec Souleymane Agne comme président et membre fondateur. Derrière ces chiffres, il y a surtout une démarche qui mérite attention.

Celle d’hommes et de femmes qui ont choisi de mettre en commun leurs moyens plutôt que de disperser leurs investissements dans des initiatives individuelles. L’histoire de DiaspAgro est d’ailleurs révélatrice d’une nouvelle manière de penser l’engagement économique de la diaspora. L’entreprise est née dans le prolongement d’une première masterclass consacrée à l’agriculture et organisée à Paris en octobre 2025 par Souleymane Agne. À l’issue de cette rencontre, plusieurs participants ont fait le choix de passer de la réflexion à l’action en réunissant leurs forces et leurs ressources pour créer une entreprise agricole au Sénégal. Une masterclass qui débouche sur la création d’une société, c’est peut-être là l’un des enseignements les plus intéressants de cette expérience. L’événement économique cesse d’être une simple rencontre de networking pour devenir le point de départ d’un projet concret.

Cette trajectoire donne à DiaspAgro une portée qui dépasse largement la seule activité agricole. Elle pose une question essentielle : comment faire de la diaspora une véritable force d’investissement productif ? La réponse passe nécessairement par la structuration. Envoyer de l’argent au Sénégal est une chose. Investir collectivement dans une activité agricole, assurer sa gouvernance, suivre sa production, organiser sa commercialisation et créer de la valeur sur place en est une autre. Cette deuxième approche demande davantage de méthode, de transparence et de professionnalisme. Elle offre aussi la possibilité de produire un impact économique beaucoup plus durable. L’agriculture constitue à cet égard un secteur stratégique. Le Sénégal dispose de terres, de ressources humaines, d’un marché intérieur en croissance et d’un potentiel important dans la transformation des productions locales. Pourtant, l’un des grands défis demeure celui du passage d’une agriculture de production à une véritable industrie agroalimentaire capable de transformer localement, de créer des emplois et de mieux répondre aux besoins du marché.

C’est précisément à ce niveau que l’investissement de la diaspora peut prendre tout son sens. La diaspora ne dispose pas seulement de capitaux.Elle possède aussi des compétences, des expériences professionnelles, des réseaux internationaux et une connaissance de marchés différents. Dans l’agro-industrie, ces ressources peuvent être déterminantes. Il ne s’agit plus simplement de financer une exploitation, mais de penser une chaîne de valeur complète, depuis la production jusqu’à la transformation, au conditionnement, à la distribution et, pourquoi pas, à l’exportation. L’enjeu est donc de faire passer l’investissement diasporique d’une logique patrimoniale à une logique entrepreneuriale. C’est dans cette perspective que l’action de CICAD Invest prend une dimension particulière. Fondé par Bamba Diop, le Club des Investisseurs et Cadres Sénégalais de la Diaspora entend créer un environnement permettant aux Sénégalais de l’extérieur de mieux comprendre, sécuriser et structurer leurs projets d’investissement au Sénégal.

La charte du club met notamment en avant l’intégrité, l’esprit entrepreneurial et la solidarité, avec l’ambition de construire un réseau capable de rapprocher les compétences et les capitaux de la diaspora des opportunités économiques du pays. Cette volonté répond à une réalité bien connue des investisseurs établis à l’étranger. L’envie d’investir existe, mais elle se heurte souvent à des interrogations très concrètes : à qui faire confiance ? Comment identifier un projet sérieux ? Comment suivre une activité lorsque l’on vit à plusieurs milliers de kilomètres ? Comment sécuriser son investissement ? Comment comprendre les procédures administratives et foncières ? Comment disposer d’informations fiables sur un secteur que l’on connaît parfois moins bien qu’on ne le pense ? C’est justement sur cette question de la confiance que se joue une grande partie de l’avenir de l’investissement de la diaspora. Les initiatives qui réussissent seront celles qui sauront apporter de la transparence, de l’accompagnement et surtout des mécanismes permettant aux investisseurs de ne pas se sentir seuls une fois leur argent engagé. CICAD met ainsi en avant l’accès à des opportunités structurées, à des experts et à des échanges permettant aux membres de mieux préparer leurs décisions d’investissement.

La coorganisation du Masterclass entre CICAD Invest et DiaspAgro apparaît dès lors comme une évolution naturelle. Les deux initiatives partagent, chacune à sa manière, une même préoccupation : faire en sorte que la volonté d’investir de la diaspora se transforme en projets réels et durables au Sénégal. DiaspAgro apporte une expérience concrète, née d’une première rencontre et matérialisée par la constitution d’une entreprise agricole. CICAD Invest apporte de son côté une logique de réseau, de structuration et d’accompagnement des investisseurs et cadres de la diaspora. Le Masterclass peut ainsi devenir bien plus qu’un rendez-vous consacré à l’agriculture. Il peut constituer un espace où l’on apprend à investir autrement.

Un espace où les participants ne viennent pas seulement écouter des experts, mais repartent avec une meilleure compréhension des mécanismes d’investissement, des réalités du terrain, des risques à anticiper et des opportunités à saisir. Surtout, il peut créer les conditions pour que d’autres DiaspAgro voient le jour. Car le véritable succès d’une telle initiative ne se mesurera pas uniquement au nombre de participants dans une salle. Il se mesurera aux projets qui naîtront après la rencontre, aux entreprises qui seront créées, aux emplois générés dans les territoires, aux productions agricoles transformées localement et aux capitaux de la diaspora qui trouveront enfin des chemins structurés vers l’économie réelle. Pour le Sénégal, l’enjeu est considérable. La diaspora représente un réservoir de compétences et de ressources financières qui peut contribuer davantage à la transformation économique du pays. Encore faut-il lui offrir des cadres suffisamment solides pour passer de l’intention à l’investissement. Dans cette perspective, l’approche collective portée par DiaspAgro est particulièrement intéressante. Vingt-six personnes qui mettent ensemble leurs moyens pour créer une entreprise constituent déjà une démonstration : lorsqu’elle est organisée, la diaspora peut dépasser la logique des initiatives individuelles et devenir une force économique collective.

Cette dynamique rejoint d’ailleurs une préoccupation plus large autour du renforcement du secteur privé sénégalais et de la mobilisation de l’investissement national. Les organisations d’investisseurs mettent de plus en plus l’accent sur la mutualisation des moyens, les projets structurants et la création de valeur. Dans cette équation, la diaspora ne devrait pas être considérée uniquement comme une source de financement extérieure, mais comme une composante à part entière du tissu entrepreneurial sénégalais. Le pari du Masterclass est donc particulièrement pertinent. Il s’agit de rapprocher ceux qui veulent investir de ceux qui savent comment investir, de mettre en relation les porteurs de projets et les investisseurs, mais aussi de créer une culture commune autour de l’investissement productif. Et si l’agriculture constitue le point d’entrée, la réflexion peut naturellement s’étendre à l’agroalimentaire, à la transformation industrielle, à la logistique, aux technologies agricoles et à toutes les activités susceptibles de renforcer les chaînes de valeur locales.

À terme, l’ambition pourrait être encore plus grande : faire émerger une génération d’investisseurs de la diaspora qui ne se contente plus de regarder le Sénégal comme un pays où l’on envoie de l’argent, mais comme un espace où l’on construit, où l’on produit, où l’on entreprend et où l’on crée des emplois. DiaspAgro en donne déjà un aperçu concret. CICAD Invest contribue à créer le cadre nécessaire pour accompagner cette volonté. Et le Masterclass peut servir de trait d’union entre les deux. Son véritable enjeu sera finalement de faire naître une conviction simple mais puissante : la diaspora sénégalaise ne doit pas seulement être une communauté attachée à son pays d’origine. Elle peut aussi devenir l’un de ses grands moteurs économiques.

Dans un Sénégal qui cherche à renforcer sa souveraineté alimentaire, à développer son secteur privé et à créer davantage d’emplois, cette mobilisation prend une résonance particulière. L’investissement de la diaspora ne peut certes pas tout résoudre. Mais lorsqu’il est collectif, structuré, accompagné et orienté vers la production, il peut changer d’échelle. C’est peut-être là que réside la véritable promesse de DiaspAgro, de CICAD Invest et de ce Masterclass : transformer l’attachement au pays en capacité d’action, et faire de la diaspora non plus seulement un soutien du Sénégal, mais l’un des acteurs de son avenir économique.

Malick Sakho

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