Aissatou Gueye, l’ingénieure du lien entre deux rives

01 - Septembre - 2026

Après de six mille kilomètres de Dakar, dans les bureaux d’un organisme québécois où elle pilote des projets de transformation numérique, Aissatou Gueye continue, sans bruit, de bâtir le Sénégal.

Tout commence à Dakar, sur les bancs du lycée Galandou Diouf, où une jeune fille de série scientifique dévore les mathématiques et la physique sans se douter encore du chemin que cela va lui ouvrir. Puis vient le grand écart, celui qui surprend souvent ceux qui découvrent son parcours : le baccalauréat scientifique cède la place à la comptabilité. Un détour, dira-t-elle elle-même en souriant. Mais c’est peut-être précisément dans ces détours que se forge une intelligence professionnelle plus riche, plus adaptable.

De la comptabilité, Aissatou Gueye glisse naturellement vers la gestion de la qualité, puis vers la gestion de projets, deux disciplines qui exigent la même rigueur que les chiffres, mais qui s’ouvrent davantage sur les organisations, les équipes, les transformations. Ce goût pour la transformation, elle va le vivre elle-même, en changeant plusieurs fois de pays.

La France d’abord, puis le Canada, où elle s’installe au Québec. Deux systèmes, deux cultures professionnelles, deux façons de travailler et de penser l’organisation du travail. Loin de la déstabiliser, cette pluralité d’environnements affine son regard et enrichit sa manière d’aborder les problèmes. Aujourd’hui, elle est chargée de projets au sein d’un organisme québécois, où elle accompagne des initiatives liées au développement des compétences, à la transformation numérique et au virage vert de l’industrie textile. Un poste qui, sans le dire explicitement, résume assez bien qui elle est : quelqu’un qui aide les structures et les personnes à évoluer, à s’adapter, à grandir. Mais si l’on s’arrêtait là, on ne comprendrait qu’une partie de l’histoire. Car sous la professionnelle rigoureuse installée au Québec bat un attachement intact au Sénégal, et plus largement à l’Afrique.

Un attachement qui ne s’est jamais dilué avec la distance, et qui a fini par se transformer en engagement concret. Aissatou Gueye porte une conviction simple, mais qu’elle défend avec force : le développement de l’Afrique n’est pas l’affaire de quelques-uns, il est l’affaire de tous. Pas nécessairement en rentrant au pays, dit-elle, mais en trouvant comment mettre au service de son pays ce que l’on a construit ailleurs, son expérience, ses compétences, ses réseaux, ses moyens. C’est cette philosophie qui l’a conduite à entreprendre, non pas comme un aboutissement, mais comme un prolongement naturel de ce qu’elle est. Le premier de ces engagements porte un nom qui sonne presque comme un clin d’œil à son propre parcours : JIDAK STEM, Jeunes Ingénieurs Dakar ak STEM.

À travers ce projet, elle revient à ses premières amours, les sciences, la robotique, la mécanique, la programmation, mais cette fois pour les transmettre aux enfants sénégalais. Elle qui a commencé par un baccalauréat scientifique avant de bifurquer vers la comptabilité se retrouve aujourd’hui à parler d’ingénierie avec des enfants, et l’ironie ne lui échappe pas, pas plus que le plaisir qu’elle en tire. Mais son ambition dépasse la simple transmission de savoirs. Ce qu’elle veut donner aux enfants, ce sont des habiletés : la capacité à réfléchir, à expérimenter, à construire, à se tromper, à recommencer, à trouver eux-mêmes leurs propres solutions. Elle le formule avec une clarté qui vaut toutes les démonstrations : préparer les enfants non seulement à savoir, mais à savoir faire, à savoir créer, à savoir innover.

Le second engagement, plus inattendu peut-être, s’inscrit dans le secteur de la construction. en étant créant Ère Métal avec une de ses amies qui vit en France,Aissatou Gueye porte un projet d’habitations écoresponsables à ossature métallique en acier galvanisé, associé à la mise en place d’une unité industrielle de production et de galvanisation d’acier, aujourd’hui en phase de levée de fonds. Derrière cette ambition industrielle se cache la même logique que dans l’éducation : construire des solutions durables, créer de la valeur, et surtout développer des capacités locales, pour que l’Afrique ne soit pas seulement consommatrice de solutions venues d’ailleurs, mais productrice des siennes.

À observer ces deux engagements, éducation d’un côté, industrie de l’autre, on pourrait n’y voir que la diversité d’une femme aux multiples talents. Mais il y a un fil qui les relie, et Aissatou Gueye le nomme elle-même sans détour : investir dans les personnes, dans les compétences, dans les infrastructures dont l’Afrique aura besoin pour construire son avenir. Elle n’a pas la prétention de détenir toutes les réponses. Elle avance simplement avec une conviction tranquille, celle que chacun, à sa mesure, peut apporter sa pierre à l’édifice. Et elle, depuis le Québec, continue d’apporter la sienne, avec la rigueur de la gestionnaire, la curiosité de la scientifique, et la fidélité intacte de celle qui n’a jamais vraiment quitté Dakar.

Malick sakho

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