Il y a des vocations qui ne s’annoncent pas, elles s’installent. Celle de Penda a commencé à cinq ans, dans la cuisine de sa mère, au Sénégal, avec une dinette et des mini-casseroles. Chaque légume, chaque goutte d’eau ajoutée en synchronie avec les gestes maternels, ce n’était pas un jeu comme les autres : c’était déjà un apprentissage.
À huit ans, elle troque les ustensiles miniatures contre les vrais fourneaux. À treize, quatorze ans, c’est elle qui nourrit toute la famille, quand elle n’allait pas à l’école ( les week-ends et jours fériés). Sur cette terre natale se forgent sa générosité et ce respect quasi sacré du produit qui ne la quittera plus. Puis vient la France, et avec elle un tout autre projet de vie : une carrière dans la banque. Mais l’existence a ses propres recettes, et celle de Penda prend un virage qu’elle n’avait pas prévu.
Maman dès le lycée, à dix-sept ans, elle apprend très tôt à composer avec l’imprévu et l’exigence. Empêchée de déménager pour poursuivre ses études bancaires, elle prend une année sabbatique. Cette pause, qui aurait pu être un simple arrêt, se révèle être un tournant : elle se lance dans la cuisine professionnelle. Ce qui suit n’a rien d’un hasard heureux. Douée d’un talent naturel, Penda refuse pourtant les postes subalternes que son absence de diplôme français lui vaut. Plutôt que de subir, elle choisit d’exiger d’elle-même : elle passe et obtient son CAP Cuisine, s’approprie les termes techniques, le vocabulaire gastronomique, la rigueur des grands classiques français.
Ce diplôme n’est pas un aboutissement, c’est une porte qu’elle vient d’ouvrir. Elle la franchit vite. Chef de Cuisine, Manager d’équipe, puis Maître d’Hôtel : Penda gravit les échelons avec la même discipline qui l’animait, enfant, devant les fourneaux de sa mère. Elle développe une expertise complète de l’événementiel de luxe, aussi à l’aise en cuisine qu’en salle. Son talent, son charisme aussi, la mènent sous les projecteurs : elle participe à La France a un Incroyable Talent, où elle cuisine et séduit un jury exigeant, Marianne James et Éric Antoine en tête. Pressentie ensuite pour Top Chef, elle fait un choix qui en dit long sur son caractère : elle préfère différer sa participation, se donner le temps de peaufiner sa technique, plutôt que de tenter sa chance à moitié prête. Chez Penda, on ne participe pas pour participer. On vise la première place, ou on attend. En parallèle, elle devient chef privée pour des footballeurs professionnels et des personnalités, orchestrant des soirées sur-mesure où chaque assiette raconte une histoire.
C’est cette même exigence, transposée à l’intime, qui façonne aujourd’hui sa signature. Basée désormais à Angers, Penda a fédéré autour d’elle une communauté fidèle de passionnés de bonne cuisine. Officiellement lancée comme traiteur événementiel et chef gastronomique, elle propose une cuisine de rencontre : l’élégance technique française au service des saveurs riches et envoûtantes du patrimoine africain.
Une fusion qui n’a rien de superficiel, tant elle est le fruit d’un parcours où chaque étape, du Sénégal à la France, a laissé sa trace dans l’assiette. Le métier est exigeant, elle ne le cache pas. « C’est un métier exigeant qui use la santé physique, mais ma passion viscérale dépasse chaque fatigue », confie-t-elle.Une phrase qui pourrait résumer toute sa trajectoire. Car derrière la discipline et la technique, il y a chez Penda un feu qui ne s’éteint pas, et une ambition qui dépasse largement les frontières d’Angers : ouvrir ses propres établissements, faire voyager ses créations à travers le monde, élever la gastronomie africaine sur la scène internationale, et offrir à un public toujours plus large la chance de goûter à cette émotion culinaire qui est la sienne depuis le bas âge .
Malick sakho