À 47 ans, Oumou Sy a fini par comprendre qu'on pouvait tenir un poste stable d'une main et une vie foisonnante de l'autre, sans jamais lâcher ni l'un ni l'autre. Mère de quatre enfants, salariée dans une grande entreprise française du secteur de l'énergie, elle a bâti en marge de sa carrière un véritable écosystème dédié à la reconnaissance des femmes de la diaspora. Tout commence pourtant loin de là : quelques mois de faculté de droit, puis une réorientation vers une formation en secrétariat administratif, sans qu'elle se doute que ce virage allait poser les fondations d'une ascension patiente et déterminée. Poste après poste elle se souvient encore de ses débuts comme hôtesse d'accueil, "un poste alimentaire" dit-elle sans détour elle gravit les échelons, année après année, jusqu'à devenir aujourd'hui assistante technique chez Engie, avec un niveau Bac+5 en poche. Une trajectoire faite de constance plus que de coups d'éclat, à l'image du personnage.
C'est pourtant loin des bureaux qu'Oumou Sy s'est révélée. En fondant l'association African Diaspora Women's, elle se donne une mission précise : mettre en lumière les femmes entrepreneures de la diaspora qui, par leur parcours, méritent d'être vues, célébrées, récompensées. L'outil qu'elle choisit pour cela est le gala d'excellence, pensé non comme une simple soirée protocolaire mais comme un espace de bienveillance, où le réseautage se double d'une sororité sincère, pour favoriser l'ascension de chacune. Deux éditions ont déjà eu lieu, en mars 2023 puis en mai 2024, où Oumou Sy officiait elle-même comme maîtresse de cérémonie. Une troisième est en préparation, cette fois en Mauritanie, prévue pour la fin de l'année 2026, inch'Allah. Et l'ambition ne s'arrête pas là : la fondatrice imagine déjà décliner ce concept à travers l'Afrique de l'Ouest, avec des étapes envisagées au Sénégal, au Mali, en Guinée et en Côte d'Ivoire.
Ce goût pour la scène et la parole publique, elle l'a cultivé bien au-delà de ses propres galas. On l'a vue animer un défilé pour Polel AM à Besançon en 2024, puis présenter l'élection Miss Diaspora Mauritanie en mai 2026. Prochain rendez-vous inscrit à son agenda : le Festival Poulagou, au Havre, le 27 juin, où elle officiera une nouvelle fois en maîtresse de cérémonie, inch'Allah. Cette expertise acquise sur le terrain, événement après événement, elle a fini par en faire un métier à part entière. C'est ainsi qu'est née récemment OUMOU DILY EVENT, sa structure à travers laquelle elle accompagne désormais particuliers et professionnels dans la conception et l'organisation de leurs événements. L'écosystème qu'elle a construit autour de son association lui a aussi ouvert les portes des médias. Depuis la fin de l'année 2025, elle intervient comme chroniqueuse dans l'émission DiaspAfrika. Plus récemment, il y a deux ou trois mois, elle a rejoint le plateau de Les Lionnes en Débat.
Deux expériences qu'elle évoque comme un prolongement naturel de son engagement associatif plutôt que comme une reconversion : la même volonté de porter une parole, de représenter, de donner à voir. Ce qui frappe, chez Oumou Sy, c'est la manière dont chacune de ces facettes la salariée, la fondatrice d'association, la maîtresse de cérémonie, la chroniqueuse, l'entrepreneuse événementielle s'articule sans jamais se contredire. Elle-même le dit volontiers : c'est à travers ses organisations qu'elle s'est découvert d'autres compétences, un autre écosystème, qui lui a permis, dit-elle, "d'être moi". Entre un poste stable dans l'énergie et une vie associative et médiatique foisonnante, Oumou Sy incarne une génération de femmes de la diaspora qui refusent de choisir entre sécurité professionnelle et engagement personnel. Avec, en ligne de mire, une ambition qui dépasse largement les frontières françaises : faire de la sororité entrepreneuriale un mouvement qui traverse l'Afrique de l'Ouest tout entière. Depuis 28 ans, Oumou Sy est également Mme N’Diaye, une identité qu’elle porte avec fierté et qui témoigne d’une histoire construite dans la durée aux côtés de son mari.
Mais au-delà de ce lien familial et conjugal, elle tient à ce que son parcours soit regardé pour ce qu’il est réellement : celui d’une femme qui a choisi de construire sa propre histoire. Elle est la sœur d’Omar Sy, l’un des acteurs français les plus célèbres de sa génération. Elle aurait pu naturellement compter sur cette proximité, bénéficier de sa notoriété ou se laisser porter par la lumière que projette le succès de son frère. Elle a fait un autre choix. Son parcours est, à lui seul, une démonstration qu’il est possible de se construire sans vivre par procuration le succès d’un proche. Pour elle, chacun doit écrire sa propre page, marquer son passage ici-bas par des actions concrètes, utiles et positives, et contribuer, à son échelle, au changement.
Cette philosophie dit aussi quelque chose de son humilité : Oumou Sy ne cherche pas à briller à travers le nom de son frère, mais à être reconnue pour ses propres engagements, ses propres combats et les valeurs qu’elle porte. Cela ne diminue en rien la fierté qu’elle éprouve pour cet aîné de seulement treize mois, auquel elle est particulièrement attachée et qu’elle appelle affectueusement « mon jumeau ». Entre eux, la célébrité de l’un n’a jamais effacé le chemin singulier de l’autre. Et c’est sans doute là que réside toute la force de leur histoire familiale : savoir aimer profondément la réussite de l’autre tout en ayant la volonté de bâtir, avec ses propres mains, sa propre destinée. Elle est également mère de quatre enfants, dont trois garçons âgés de 23, 18 et 11 ans, ainsi qu’une fille de 23 ans. Elle assume avec fierté ce rôle de mère de famille, qui constitue une dimension essentielle de sa vie et de son parcours.
Malick sakho