Il y a des trajectoires qui se lisent comme une ligne droite, et d’autres qui ressemblent davantage à un pont jeté entre deux rives que tout semble séparer. Celle de Cheikh Abasse Barro appartient à la seconde catégorie. D’un côté, les salles de marché feutrées de la Société Générale, les serveurs d’Euronext, les couloirs de la Bourse de New York. De l’autre, les ruelles de Kaolack, sa ville natale, où l’on parle encore de lui comme de l’enfant du pays qui a réussi ailleurs sans jamais vraiment partir.
Basé en France, ce Franco-Sénégalais a construit sa carrière au cœur des infrastructures technologiques les plus exigeantes de la planète financière. Société Générale, Euronext, la Bourse de New York, BISAM–FactSet, le Groupe Crédit Agricole : la liste ressemble à un carnet d’adresses que peu de professionnels africains de sa génération peuvent afficher. Mais derrière les noms prestigieux, il y a surtout un métier appris avec exigence, celui d’ingénieur et de directeur de projets IT, capable de piloter des systèmes d’information financiers dans des environnements où la moindre erreur se compte en millions et où la fiabilité n’est jamais négociable.
C’est dans ces institutions que Cheikh Abasse Barro a développé une expertise particulière des systèmes d’information financiers, des infrastructures informatiques complexes et de l’accompagnement des grandes transformations technologiques, des compétences qui ne s’improvisent pas et qui se construisent année après année, projet après projet. C’est cette rigueur, forgée dans des environnements où l’échec n’est pas une option, que Cheikh Abasse Barro a progressivement décidé de mettre au service d’un autre terrain de jeu, celui du développement économique et territorial.
Car l’informatique et la finance ne racontent qu’une partie de l’histoire. Membre du board de SEN Investment Group, il s’est peu à peu mué en connecteur, en celui qui met en relation porteurs de projets, entreprises, collectivités et partenaires internationaux, avec une attention particulière portée au Sénégal et à l’Afrique. Il porte ou accompagne aujourd’hui plusieurs structures dans le numérique et les télécommunications, parmi lesquelles LIFICOM, MobiGo Technologies et surtout le programme Smart Commune, consacré à la transformation numérique des collectivités territoriales et au développement de nouveaux services digitaux au bénéfice des citoyens et des économies locales. Smart Commune n’est pas un projet anodin.
Il touche directement à ce qui manque cruellement à beaucoup de villes sénégalaises : des outils numériques capables de moderniser les services publics, de faciliter la vie des citoyens et de donner aux économies locales les moyens de capter une valeur qui, aujourd’hui encore, leur échappe trop souvent au profit d’acteurs extérieurs. S’il ne fallait retenir qu’un fil conducteur dans ce parcours, ce serait celui de Kaolack. Ambassadeur honoraire du Maire de Kaolack chargé de la Diaspora, Cheikh Abasse Barro a fait de cette fonction bien plus qu’un titre honorifique. Il en a fait un véritable métier de passeur, s’employant à mobiliser les compétences et les ressources de la diaspora pour irriguer sa ville d’origine et créer des passerelles durables entre la collectivité, la diaspora, le monde économique et différents partenaires internationaux.
Cet engagement a pris une dimension très concrète à travers des coopérations nouées en Italie, avec des collectivités locales, des entreprises et le monde universitaire, dans des domaines aussi variés que la formation professionnelle, l’agriculture, l’innovation, la technologie et le développement économique. Autant de portes ouvertes que Kaolack, et plus largement le Sénégal, peuvent aujourd’hui pousser, à condition que la volonté politique et économique locale suive. Président de l’ONG OSADT, Cheikh Abasse Barro est également à l’origine du Salon des Nouvelles Technologies pour l’Émergence, organisé à Paris.
Il s’agit d’un rendez-vous pensé comme un véritable carrefour, où se croisent innovation, numérique, entrepreneuriat et opportunités concrètes pour la jeunesse et la diaspora. Il accompagne par ailleurs des dynamiques de coopération et d’investissement aux côtés d’organisations telles que le Club Diplomatique International Afrique. À travers chacune de ces responsabilités, une même conviction affleure, qu’il résume lui-même avec simplicité : mettre la technologie, l’expérience et les réseaux de la diaspora au service de projets concrets capables de créer de la valeur, de l’emploi et des opportunités au Sénégal.
Des profils comme celui de Cheikh Abasse Barro représentent une ressource rare pour le Sénégal, celle d’un savoir-faire éprouvé dans les plus hautes sphères technologiques et financières internationales, mis directement au contact des réalités locales. Pour Kaolack en particulier, cela ouvre plusieurs perspectives très concrètes.
Il y a d’abord l’accès à des réseaux d’investisseurs et de partenaires que peu de collectivités sénégalaises peuvent mobiliser seules, faute de relais suffisamment implantés à l’international. Il y a ensuite une expertise technique directement transposable aux projets de modernisation administrative et de services numériques aux citoyens, dans la continuité directe de ce que porte déjà Smart Commune. Il y a enfin, et c’est peut-être le plus précieux, un pont humain, cette capacité rare à convaincre des cadres et des entrepreneurs de la diaspora que l’on peut investir chez soi avec les mêmes standards d’exigence qu’ailleurs, sans céder ni sur la qualité ni sur l’ambition.
C’est peut-être là la vraie signature de Cheikh Abasse Barro. Non pas d’avoir réussi loin de Kaolack, mais d’avoir refusé, malgré la distance, de laisser sa ville natale hors du jeu. Son profil se situe au carrefour de trois univers, la technologie, l’investissement et l’engagement pour le développement territorial, et il appartient à cette génération de professionnels de la diaspora qui cherchent à transformer l’expérience internationale en initiatives économiques et sociales capables de produire un impact réel dans leur pays d’origine. À l’heure où tant de talents de la diaspora hésitent entre s’ancrer définitivement ailleurs ou revenir, Cheikh Abasse Barro trace une troisième voie, celle d’un engagement possible d’où que l’on parle, et Kaolack, comme le Sénégal tout entier, a beaucoup à gagner à ce que d’autres suivent cette même voie.
Malick Sakho