Mister Al, le parcours d’un passionné devenu maître de cérémonie

02 - Novembre - 2026

Chez Alphousseyni Soumaré, le goût de la scène ne date pas d’hier. Bien avant les grandes cérémonies, les artistes de renom et les soirées de gala, il y avait déjà ce jeune garçon qui, au collège, se portait volontaire pour animer les fêtes scolaires. Les manifestations de quartier ont suivi, puis les occasions se sont multipliées. À chaque fois, il fallait trouver les mots, donner du rythme et réussir à entraîner le public. Sans forcément le savoir, il faisait alors ses premières armes dans un métier qui allait progressivement s’imposer comme une évidence.

Avec les années, l’exercice est devenu plus exigeant. Prendre le micro ne suffit pas : encore faut-il savoir à qui l’on s’adresse, comprendre l’ambiance d’une salle et adapter son discours aux circonstances. Alfousseyni Soumaré l’apprend sur le terrain, en observant ceux qui ont déjà fait leurs preuves. Au Sénégal, Boubacar Diallo, DJ Boub’s et Pape Faye figurent parmi les animateurs dont il suit attentivement le travail. Il regarde leur manière d’occuper la scène, de conduire un événement et de maintenir l’attention du public. Il s’inspire de leur expérience, mais cherche aussi à construire sa propre identité. Un épisode de ses débuts illustre assez bien son tempérament.

À Guédiawaye, alors qu’un concert de Queen Biz doit se tenir, il se propose au dernier moment pour en assurer la présentation. Une initiative audacieuse qui lui permet de découvrir une autre dimension du métier et de se mesurer à une grande scène. Là où il aurait pu attendre une occasion plus favorable, il choisit de tenter sa chance. Cette capacité à saisir les opportunités, même lorsqu’elles se présentent à l’improviste, va accompagner son parcours. Pour autant, Alfousseyni Soumaré ne réduit pas son avenir à une carrière d’animateur.

À l’université Cheikh Anta Diop de Dakar, il poursuit des études d’anglais jusqu’à l’obtention d’un Master 2. À cette époque, il envisage l’enseignement ou l’interprétariat. Mais la communication exerce sur lui un attrait grandissant. La prise de parole, déjà présente dans ses activités extrascolaires, finit par occuper une place centrale dans ses choix professionnels. La radio lui offre alors un premier cadre pour approfondir cette vocation. Il passe par Dakar FM et Sopi FM, avant de rejoindre Radio Sénégal Internationale (RSI), où il tient pendant plusieurs années une chronique dans une émission consacrée à la culture. Derrière le micro, il apprend à travailler sa voix, à structurer ses interventions et à retenir l’attention sans disposer des moyens visuels de la scène. Un exercice différent de l’animation événementielle, mais qui lui apporte une expérience précieuse. Un casting organisé par Sopi FM pour désigner l’animateur d’une émission originale ne lui permet pas de décrocher le poste espéré. Il en garde néanmoins un souvenir positif, considérant cette expérience comme une occasion d’apprendre et de mesurer le chemin qu’il lui reste à parcourir.

Dans un métier où la visibilité ne garantit pas toujours la réussite, il faut aussi savoir accepter les refus, tirer des enseignements de ses expériences et continuer à avancer. Pendant ce temps, l’événementiel prend de l’ampleur. Les sollicitations se multiplient dans les universités, les quartiers et les communes de la banlieue dakaroise. Concerts, compétitions et manifestations publiques lui permettent de se confronter à des publics différents et de gagner en assurance. Il intervient notamment à la salle de l’Unité africaine, au Grand Théâtre national et à la caserne Samba Dierry Diallo.

Son parcours le conduit également à collaborer avec le comité Miss Mandiac. Au fil des finales, il parcourt plusieurs localités du Sénégal et se produit notamment au Théâtre Daniel-Sorano et au pavillon spécial du SIEX. La marque de boissons Tampico fait aussi appel à ses services dans le cadre d’opérations menées auprès de plusieurs artistes sénégalais. Autant d’expériences qui élargissent son réseau et lui permettent de mieux comprendre les attentes des organisateurs. Durant plusieurs années, il exerce également comme DJ. Il finit toutefois par abandonner les platines, il y a une dizaine d’années, pour se consacrer pleinement à la présentation. Ce choix marque une étape importante : il ne s’agit plus seulement de multiplier les expériences, mais de donner une direction précise à sa carrière. « Ce qui me caractérise aujourd’hui, c’est la présentation, la prise de parole et l’art de la scène », explique-t-il. C’est avec cette expérience acquise au Sénégal qu’il aborde une nouvelle étape de sa vie professionnelle en s’installant en France. Le changement d’environnement l’oblige à reprendre ses repères, à élargir ses contacts et à faire reconnaître son savoir-faire dans un autre contexte.

Il rejoint HD24 TV, où il passe un an. Cette première expérience dans le paysage audiovisuel parisien lui permet de gagner en autonomie et de consolider ses compétences. Il intègre ensuite African TV, qui lui confie des missions dans l’événementiel ainsi que la présentation d’une émission culturelle. Le principe est simple : recevoir des artistes venus d’horizons différents et leur donner l’occasion de raconter leur parcours. Au fil des rencontres, il côtoie notamment Koffi Olomidé, Sidiki Diabaté, KeBlack et Black M. Pour le présentateur, ces échanges représentent autant d’occasions de découvrir d’autres univers artistiques et de se confronter aux exigences d’une télévision tournée vers un public plus large. « African TV m’a permis de franchir plusieurs paliers », reconnaît-il. Cette expérience contribue à élargir son champ d’intervention, au-delà des seules manifestations festives.

En 2024 et en 2025, il présente le Prix Myriam Makeba, un rendez-vous qui le place dans un environnement où se croisent acteurs culturels, personnalités publiques et représentants institutionnels. Il lui arrive désormais d’enchaîner un concert et une conférence réunissant des ministres ou des diplomates. Deux exercices qui ne répondent ni aux mêmes codes ni aux mêmes attentes. C’est précisément dans cette diversité que Mister Al trouve l’une de ses principales forces. Il faut savoir plaisanter sans banaliser, donner de l’énergie à une salle sans en faire trop et, lorsque le cadre l’impose, adopter un ton plus sobre. Il se décrit volontiers comme un caméléon, capable de changer de registre en fonction du public et de la nature de l’événement, tout en conservant sa personnalité. Cette capacité d’adaptation commence à trouver un écho dans les distinctions qui lui sont attribuées.

Son parcours compte aujourd’hui trois trophées, dont celui d’Étoile du présentateur de l’année 2026, reçu au Gala des étoiles soninké de France. Sa première récompense lui avait été décernée lors du Gala des étoiles du Congo et d’Afrique. Des élus sénégalais l’ont également distingué pour son soutien aux entrepreneurs de la diaspora. Ces marques de reconnaissance ont leur importance, mais Alfousseyni Soumaré semble accorder davantage de valeur à ce qui se passe une fois les projecteurs éteints. Il dit éprouver une réelle satisfaction lorsqu’il constate que les personnes qu’il accompagne obtiennent des résultats et que les événements auxquels il participe contribuent à faire avancer leurs projets. Le cachet compte, bien sûr, mais il ne constitue pas à lui seul la mesure d’une réussite. La qualité des relations humaines et la portée d’une manifestation pèsent tout autant dans son appréciation du métier. Cette approche trouve un écho particulier dans le milieu de la diaspora, où les rencontres culturelles, les cérémonies de distinction et les rendez-vous entrepreneuriaux constituent des espaces de visibilité et de mise en réseau.

Derrière chaque manifestation, il y a des organisateurs qui souhaitent faire connaître une initiative, des entrepreneurs qui cherchent à nouer des contacts, des artistes qui veulent toucher un nouveau public. Le rôle du présentateur consiste aussi à créer les conditions de ces rencontres, à donner de la cohérence à l’événement et à permettre à chacun d’y trouver sa place. Pour Mister Al, la suite se prépare déjà. Il souhaite poursuivre sa formation, rejoindre un grand média international et créer sa propre agence de communication événementielle. Son ambition est d’accompagner des artistes et des entrepreneurs en France comme en Afrique, en s’appuyant sur l’expérience acquise au fil des années et sur les relations professionnelles qu’il a nouées des deux côtés de la Méditerranée.

Aux jeunes qui souhaitent se lancer dans ce métier, il rappelle que la passion doit s’accompagner d’une véritable préparation. Avoir de l’aisance devant un public est un avantage, mais cela ne dispense ni du travail ni de la discipline. Il faut apprendre, observer, se remettre en question et trouver le moyen de se renouveler. Dans un secteur où la concurrence est forte, la différence se construit aussi dans les détails : la préparation d’un événement, la justesse d’une intervention, le respect des organisateurs et la capacité à faire face aux imprévus. Lorsqu’il repense à ses débuts, Alphousseyni Soumaré mesure sans doute le chemin parcouru depuis les fêtes scolaires et les manifestations de quartier. Entre Dakar et la France, son parcours s’est construit au fil des rencontres, des occasions saisies et des expériences accumulées.

Les scènes sont devenues plus grandes, les publics plus diversifiés et les responsabilités plus importantes. Mais le métier reste, au fond, le même : trouver sa place devant un public et savoir lui parler. Aujourd’hui, Mister Al entend poursuivre cette progression sans se contenter des acquis. Les distinctions obtenues témoignent du chemin parcouru, mais elles ne semblent pas avoir entamé son envie d’aller plus loin. Son prochain défi sera de transformer cette expérience de terrain en un projet entrepreneurial capable de réunir ses différentes compétences. Une nouvelle étape pour celui qui, depuis ses premières animations au Sénégal, a fait de la parole bien plus qu’une passion : un métier et un moyen de créer des liens.

Malick Sakho

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