Il y a des diplomates qu’on croise dans les couloirs feutrés des ministères et qu’on oublie aussitôt. Jordan Garcia n’est pas de ceux-là. Consul honoraire de la République de Guinée à Los Angeles, cet homme au parcours tentaculaire s’est imposé, en quelques années, comme l’un des passeurs les plus actifs et les plus discutés entre la Californie et le continent africain.
Né en France de parents espagnols immigrés, marié depuis un quart de siècle à Tanya Gilbert, lobbyiste américaine, Jordan Garcia cumule les nationalités américaine, française et espagnole. De cette triple identité, il a fait une force : fondateur et président d’Alicante Group, cabinet de conseil basé à Los Angeles spécialisé dans les relations gouvernementales et les investissements en Afrique de l’Ouest et centrale, il navigue avec aisance entre les continents et les cercles d’influence. Diplomate, homme d’affaires, collectionneur d’art africain, sportif à ses heures et même poète il a récemment surpris son monde avec un texte, Gang de l’Axe, qui a circulé par milliers sur les réseaux sociaux le personnage refuse de se laisser enfermer dans une seule case. Depuis son bureau californien, Garcia ne cache pas son enthousiasme pour le pays qu’il représente.
Il y voit un partenaire naturel de la Californie, terre d’innovation où trônent Apple, Google, Tesla ou encore Chevron et BlackRock. Sa feuille de route : mettre en relation ces géants avec le potentiel minier, agricole et énergétique guinéen, tout en portant la vision du mégaprojet Simandou 2040 défendue par le président Mamadi Doumbouya. Le secteur de la bauxite, dont est extrait le gallium minerai stratégique pour les industries technologiques et de défense a d’ailleurs valu à Garcia d’être sollicité par l’administration américaine sur ces questions de ressources critiques. Cette diplomatie économique, il l’a récemment déclinée dans un registre plus culturel et festif : au cœur de la préparation des Jeux olympiques de Los Angeles 2028, le consul honoraire œuvre pour que la Guinée trouve sa place dans l’Africa Village, cette vitrine panafricaine pensée comme un carrefour d’échanges intercontinentaux, entre marchandising culturel, tourisme et opportunités d’investissement. Il y voit une occasion unique, pour les pays africains, de gagner en visibilité mondiale à la faveur de l’effervescence olympique.
Garcia a aussi mené un lobbying actif pour porter le film guinéen Safari à Conakry jusqu’aux réseaux hollywoodiens, contribuant à sa double distinction meilleur film et meilleur acteur pour Cheick Omar au Africa USA International Film Festival. Habitué des amphithéâtres de UCLA, où il organise chaque année une conférence sur l’Afrique consacrée cette fois à la géopolitique des minerais critiques, il cultive également un projet plus ambitieux encore : le premier « AfriCalifornia Investment Summit », prévu fin septembre, qu’il verrait bien accueillir la Guinée comme pays d’honneur. Mais l’homme intrigue autant qu’il séduit. Son carnet d’adresses, tentaculaire, relie les États-Unis à la Russie et à la Chine : il représenterait, selon plusieurs sources, les intérêts d’un homme d’affaires chinois proche du président Xi Jinping ainsi que d’un oligarque russe propriétaire d’importantes mines d’or tandis qu’Alicante Group gérerait par ailleurs la communication d’un pays africain producteur de pétrole.
En avril 2024, il a coorganisé avec la Guinée équatoriale une conférence à UCLA sur la « nouvelle guerre froide » sino-américaine en Afrique. Sa proximité, réelle ou supposée, avec le président Doumbouya qu’il aurait rencontré à plusieurs reprises depuis 2021 n’a pas toujours été vue d’un bon œil dans l’entourage présidentiel, certains lui reprochant d’avoir facilité, en 2022, la venue à Conakry de l’ancien président nigérian Olusegun Obasanjo. Des rumeurs, jamais démenties par l’intéressé, l’associent également à la franc-maçonnerie, dont il aurait gravi les échelons jusqu’au grade de Grand Maître au sein du Grand Orient de France. Extraverti sur les questions publiques, Jordan Garcia se montre en revanche peu disert sur sa vie privée et ses affaires.
C’est peut-être là que réside tout son mystère : un homme qui multiplie les tribunes et les projets d’envergure sommet économique, cinéma, olympisme tout en laissant planer le doute sur les ressorts intimes de son influence. Admiré pour son dynamisme par les uns, observé avec méfiance par les autres, il reste, pour beaucoup de Guinéens, un allié aussi précieux qu’insaisissable.
Malick sakho