L’INCRUSTE

20 - Septembre - 2026

L’incruste n’est pas forcément celui qu’on n’a pas invité. Ce serait trop simple. Il peut parfaitement avoir reçu son invitation, être accueilli avec les honneurs, installé au premier rang et même convié à prendre la parole. L’incruste, c’est celui qui finit par s’installer dans l’histoire des autres.

À l’origine, pourtant, l’histoire est belle. Celle d’un fils du terroir. Un Gaïndé sur les terrains, un homme prévenant dans la vie. Un enfant du pays que la gloire mondiale n’a jamais éloigné des siens, toujours soucieux de rendre à sa terre une part de ce que le monde lui a donné. Il a aidé, partagé, construit. Aujourd’hui, il investit encore. Cette fois dans une activité productive, des emplois, des machines et l’avenir de toute une région. Son argent. Son risque. Son usine. Son terroir.

Ce jour-là pouvait donc être entièrement le sien.

Et puis arrive l’incruste.

Il ne porte pas l’investissement. Il n’a pas conçu l’usine. Il n’a pas commandé les machines. Mais il est là. Et l’incruste possède un talent remarquable : entrer dans une histoire écrite par quelqu’un d’autre et, quelques photographies plus tard, donner l’impression qu’il en rédigeait déjà la préface.

Il faut dire que le territoire ne lui est pas inconnu. Il l’a administré pendant un peu plus de deux ans. L’une de ses décisions les plus remarquées fut de rebaptiser plusieurs rues. Les plaques, elles, avaient rapidement trouvé de nouveaux noms.

Quelques années plus tard, un autre fils du Sud revient avec une usine. Chacun laisse les traces qu’il peut. L’un s’était fait remarquer avec des plaques. L’autre arrive avec une première pierre.

Mais ce n’est même pas là l’essentiel.

Cette journée pouvait devenir quelque chose de rare dans notre pays : une journée véritablement nationale. Sans majorité. Sans opposition. Sans couleur partisane. Sans prochaine présidentielle. Simplement un peuple célébrant l’un de ses fils qui, après l’avoir fait rêver sur les terrains du monde entier, choisit désormais d’investir chez lui.

Ce jour-là, il n’y avait besoin que d’un seul héros. Il suffisait de le féliciter. De lui dire merci. De saluer son exemple. Et, exercice suprême en politique, de lui laisser la lumière.

Mais chassez la politique, elle revient au micro.

Voilà que 2029 finit par arriver à Bambaly. Des slogans présidentiels dans la foule. Puis une candidature évoquée sur scène. Une confrontation électorale plaisamment imaginée. Même la prochaine présidentielle avait réussi à s’incruster dans la cérémonie de l’incruste.

Et c’est peut-être cela qui résume le mieux notre problème.

Un homme pose la première pierre d’une usine. On parle de 2029. Un homme investit dans son terroir. On parle de 2029. Un homme devrait être le héros incontestable de sa journée. Et 2029 trouve quand même une chaise au premier rang.

Il existe pourtant une élégance politique toute simple : certaines journées n’ont pas besoin d’être récupérées. Elles ont seulement besoin d’être célébrées. Venir. Féliciter. Applaudir. Dire merci au fils du terroir. Et accepter, pour une fois, que la lumière éclaire quelqu’un d’autre.

L’incruste maîtrise parfaitement les quatre premières étapes. La dernière lui demande encore un peu d’entraînement.

Pr Falilou COUNDOUL - universitaire, acteur politique et responsable du Think Tank Pragmatisme Social-Démocrate

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