Entre mémoire et modernité : le regard de Mor Gueye

07 - Avril - 2026

Natif de Sagatta Djolof, au cœur du Djolof, Mor Gueye fait entendre une voix rare, à la fois intime et universelle. Avec Chronique d’une mémoire villageoise : Les Échos d’un monde perdu, il ne se contente pas de raconter un passé révolu : il ravive un monde, ses rythmes, ses liens et ses valeurs, aujourd’hui fragilisés par les mutations contemporaines. Porté par une écriture sobre et habitée, son récit interroge notre rapport à la mémoire, à la communauté et à l’essentiel. À travers cet échange, l’auteur revient sur les sources profondes de son inspiration, sur la portée de son témoignage et sur le regard qu’il pose sur un monde qui change, souvent en silence. Entretien :


À la lecture de votre livre, on a le sentiment que chaque souvenir est encore vivant, presque palpable. À quel moment avez-vous ressenti le besoin de les coucher sur le papier ? Était-ce une nécessité intérieure, ou le désir de transmettre quelque chose qui risquait de disparaître ?
M. GUEYE : J’ai toujours eu un goût pour l’écriture, mais le véritable déclic s’est produit un jour, lors de ma promenade quotidienne. En traversant un groupe d’adolescents rassemblés au coin d’une rue, je les ai salués. Ils m’ont répondu à peine, distraitement. Chacun d’eux était absorbé par son téléphone, comme si leur présence commune ne reposait sur rien d’autre que le hasard du lieu. Ce contraste m’avait profondément oppressé. J’avais devant moi une image saisissante de notre époque : des individus assis côte à côte, mais enfermé chacun dans son monde. Cette scène me rappelait la célèbre réflexion du philosophe Antonio Gramsci : « Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître et dans ce clair-obscur, surgissent les démons. » Face à une telle réalité, il nous paraissait impossible de rester spectateur. Une voix intérieure nous appelait ainsi à alerter, à rappeler que l’avenir d’une société dépend de l’attention qu’elle porte à sa jeunesse. Notre conscience ne pouvait plus accepter de voir celle-ci s’engager dans des horizons incertains sans tenter d’éclairer, par la parole ou l’écriture, les chemins qui s’ouvrent devant cette jeunesse perdue.

Votre récit donne l’impression que le passé continue d’habiter le présent. Écrivez-vous pour faire revivre ce qui a été, ou pour empêcher que cela ne s’efface complètement ?
Effectivement, le passé continue d’habiter le présent et la compréhension du sujet en apporte la preuve. Le mot échos renvoie à des résonnances, à des traces lointaines de quelque chose qui a existé dans le passé. Il évoque les souvenirs d’enfance, les traditions ou les voix des anciens. Autrement dit, il s’agit de ces fragments du passé qui, malgré l’écoulement du temps, persistent et continuent de se faire entendre. L’expression un monde perdu, quant à elle, suggère un univers disparu ou en voie de disparition. Elle peut désigner un mode de vie traditionnel, une époque révolue ou encore une culture fragilisée par les transformations du temps. Toutefois, le mot perdu ne signifie pas nécessairement un effacement total. Il évoque plutôt un monde devenu lointain, transformé, parfois difficile à reconnaître. Ainsi, ce titre laisse entendre que ce monde, bien qu’il n’existe plus exactement tel qu’il était, dans sa forme originelle, continue de survivre à travers les souvenirs, les récits et les fragments de mémoire que nous portons en nous. Notre ambition n’est donc pas de faire revivre le passé dans son état originel, mais plutôt d’empêcher qu’il ne sombre complètement dans l’oubli.

Le village que vous évoquez dépasse largement le simple décor : il semble incarner une manière d’être au monde. Aujourd’hui, que représente-t-il pour vous, alors que tout semble aller vers plus de vitesse et d’individualisme ?
Le village évoqué dans cet ouvrage ne se limite pas à un simple cadre géographique. Il représente un véritable univers social et moral, porteur d ‘une vision de la vie et des relations humaines. C’est dans cet environnement que s’est construite une grande partie de mon identité. Il a contribué à façonner l’homme que je suis devenu : un homme enraciné à ses origines, attentifs aux et capable de traverser les épreuves de l’existence avec patience et résilience. Il constituait à bien des égards, une véritable école de formation humaine. A travers les interactions quotidiennes, le village nous apprenait à affronter l’existence avec courage et sérénité, en avançant toujours avec les principes et les valeurs en bandoulière. Le village ressemblait à une grande famille où personne n’était étranger à la vie de l’autre. Les joies comme les épreuves étaient partagées, et cette solidarité donnait à chacun la force d’avancer. Même si aujourd’hui, le monde semble s’orienter vers une accélération du rythme de vie et un individualisme croissant, les valeurs et les principes hérités de cette vie villageoise restent profondément ancrés en nous et constituent des repères essentiels dans notre manière d’être et d’agir.

Tout au long du livre, vous ne cessez d’évoquer le passé. Etes-vous dans une dynamique de valorisation des ankyloses réactionnaires qui freinent l’évolution sociale et empêchent l’adaptation aux transformations du monde ?
Il ne s’agit nullement de promouvoir des attitudes conservatrices rigides, qui entravent l’évolution sociale et empêchent l’adaptation aux mutations du monde contemporain. En effet, le refus du changement constitue un obstacle majeur au progrès et à l’intégration des nouvelles réalités économiques, culturelles et technologiques. Cependant, cette nécessaire ouverture à la modernité ne doit pas occulter ses effets pervers. L’évolution rapide des sociétés s’accompagnent souvent d’un affaiblissement du lien social, marqué par l’isolement croissant des individus et la disparition progressive des repères collectifs. Cette situation engendre une crise identitaire chez certaines personnes. Dès lors, il apparaît essentiel d’interpeler les acteurs sociaux sur leur responsabilité, qui ne consiste pas à freiner le progrès mais à en atténuer les dérives, en renforçant les mécanismes de solidarité. L’enjeu est donc de concilier adaptation au changement et maintien de la cohésion sociale.

On perçoit dans votre texte une certaine inquiétude face à l’effritement des solidarités traditionnelles. Selon vous, s’agit-il d’une évolution inévitable, ou existe-t-il encore des moyens de préserver cet esprit communautaire ?
L’effritement des solidarités traditionnelles doit, à juste titre, susciter l’inquiétude de tous. Pendant longtemps, ces formes d’entraide constituaient le socle de la cohésion et de l’harmonie de la communauté. Les habitants partageaient des conditions de vie relativement semblables, aussi bien sur le plan matériel que social. Les écarts étaient faibles et nul ne cherchait à s’élever au-dessus de l’autre.
Dans ce contexte, chaque projet individuel était naturellement une affaire collective. Lorsqu’un membre de la communauté entreprenait de construire une maison ou de réparer un toit, les voisins et les proches se mobilisaient spontanément pour lui prêter main forte. Pendant l’hivernage, les travaux agricoles étaient menés de concert afin que chacun puisse tirer profit de la saison. Les cérémonies familiales, mariages, baptêmes, comme les moments d’épreuves rassemblaient les volontés et multipliaient les bras. Ces solidarités nourrissaient un profond sentiment d’appartenance et de sécurité. Chacun savait qu’en cas de difficulté, il trouverait soutien et réconfort dans la bienveillance des siens. Si ces solidarités s’effritent, c’est tout l’équilibre social qui se fragilise, et la compétition et l’individualisme s’installent ainsi progressivement.

Sans jamais être moralisateur, votre livre questionne notre rapport aux technologies et à l’individualisme. Cherchiez-vous à alerter, à témoigner, ou simplement à poser un regard lucide sur votre époque ?
A l’ère du numérique, le téléphone portable occupe une place centrale dans l’existence quotidienne. Il est devenu une véritable extension de nous-mêmes, capte notre attention du matin au soir et nous entraîne dans une dépendance imperceptible, qui nous éloigne peu à peu de la réalité. Ce qui devait rapprocher les individus finit par ériger un mur entre eux et tend à supplanter certaines pratiques sociales autrefois essentielles, telles que les veillées nocturnes, les jeux collectifs ou les récits transmis au coin du feu. Ces moments représentaient des espaces privilégiés de socialisation et de transmission des valeurs et contribuaient à la construction de l’identité culturelle. Ainsi, cet ouvrage entend attirer l’attention sur les dérives liées à l’usage inapproprié du téléphone et engager une réflexion critique sur son impact dans nos sociétés.

Les pages consacrées à l’enfance sont particulièrement marquantes, pleines de vie et d’authenticité. En quoi cette période a-t-elle façonné l’homme que vous êtes aujourd’hui ?
Notre enfance s’apparentait à un véritable parcours initiatique, marqué par des épreuves formatrices, des responsabilités précoces et des apprentissages constants. Très tôt, nous avons été plongés dans un environnement où l’endurance, le dépassement de soi et le sens du devoir constituaient des exigences quotidiennes. Les longues poursuites à la chasse, les matchs de football interminables sous la chaleur ardente, les jeux nocturnes qui prolongeaient nos veillées jusqu’à une heure avancée de la nuit contribuaient à forger nos corps et nos caractères. Ces activités représentaient une véritable école de l’endurance, de la discipline et de la persévérance. Au-delà de leur dimension physique, elles formaient également un espace d’apprentissage social où se développaient des valeurs humaines profondes qui guidaient encore nos comportements et nos choix, et où se tissaient nos premières amitiés.

Une idée forte traverse votre ouvrage : celle que l’on existe à travers les autres. Cette vision vous semble-t-elle encore possible dans les sociétés contemporaines ?
Dans les sociétés traditionnelles, l’existence allait de soi. Chacun occupait une place claire dans la communauté, reconnue par tous. On existait parce qu’on appartenait à une famille, à un lignage, à un village. Les relations humaines, les rituels, les travaux collectifs et les responsabilités partagées donnaient à chacun le sentiment d’être utile et reconnu. L’individu se voyait reflété dans le regard des autres et savait qu’il comptait pour les autres. La société contemporaine, en revanche, a modifié ce rapport à l’existence. L’individu y est souvent plus libre, mais aussi plus isolé. Les repères collectifs se sont affaiblis, les solidarités traditionnelles se sont effritées et les espaces de rencontre se sont transformés. Ainsi, l’individu ne trouve plus de regard qui le reconnaisse, ni de communauté qui lui renvoie l’image de sa propre importance. L’idée d’exister pour les autres demeure cependant possible, mais exige une démarche plus consciente. Et cela consiste à essayer de trouver un sens à sa présence, de construire une identité et de tisser des liens qui donnent à la vie une profondeur humaine. C’est aussi affirmer une présence dans le temps, maintenir vivante une histoire et rappeler que l’existence humaine prend toute sa profondeur lorsqu’elle est reliée aux autres et à la mémoire collective. Ainsi, malgré les mutations de la société, exister pour les autres restes toujours possibles.

Dans votre récit, l’éducation apparaît comme une responsabilité partagée, qui dépasse le cercle familial. Pensez-vous que cette conception puisse encore trouver sa place aujourd’hui ?
La naissance d’un enfant était autrefois perçue comme l’arrivée solennelle d’un nouveau maillon dans la chaîne des générations. Son éducation ne relevait donc pas exclusivement de la responsabilité des parents, mais d’un engagement collectif, d’un pacte tacite scellé par l’ensemble de la communauté. Parents, voisins, aînés et sages du village participaient, chacun selon sa place et son expérience, à l’encadrement et à la formation morale de la jeunesse. Conseiller, corriger et orienter un enfant était un geste naturel, un devoir presque sacré, essentiel à la continuité des valeurs et à l’équilibre du groupe. Il fallait donc former les jeunes, les armer de principes et de repères solides afin qu’ils puissent, à leur tour, préserver cet héritage et porter plus loin l’édifice moral de la communauté.
Aujourd’hui, cet esprit de responsabilité s’effrite peu à peu sous l’effet des mutations de la modernité. Mais cet esprit de responsabilité n’a pas encore totalement disparu et peut retrouver sa place si l’on parvient à recréer des espaces d’échange, de transmission et de dialogue, capables de rapprocher à nouveau les différentes générations.

Les anciens occupent une place essentielle dans votre livre, comme dépositaires de la mémoire et du savoir. Quel regard portez-vous sur leur rôle actuel dans nos sociétés ?
Dans toutes les sociétés, les anciens constituent un patrimoine immatériel immense. Ils doivent par leurs conseils et leur exemple, enseigner la solidarité, la patience, le sens de l’honneur et de responsabilité. Ces valeurs, souvent forgées dans l’épreuve et l’expérience, constituent le socle sur lequel, les jeunes peuvent construire leur avenir. Ils doivent également jouer le rôle de pont entre tradition et modernité, en aidant à comprendre que le progrès ne doit pas signifier l’abandon des fondements culturels et sociaux qui ont longtemps assuré la cohésion des communautés. Leur sagesse doit inviter à concilier héritage et innovation, à accueillir les transformations tout en préservant l’essentiel. En tant que gardiens de la mémoire, ils doivent aussi rappeler souvent à la jeunesse que l’existence humaine s’inscrit dans une continuité : chaque génération reçoit un héritage qu’elle a la responsabilité de préserver et de transmettre à son tour. Enseigner aussi le sens du devoir envers la communauté et la nécessité de penser au-delà de soi-même.

Vous décrivez avec beaucoup de finesse les rituels liés à la vie : naissances, mariages, moments de partage. Que perd-on réellement lorsque ces pratiques s’effacent ?
Les rituels de mariage et de naissance posaient autrefois la première pierre d’une existence profondément enracinée dans la protection, l’appartenance et la mémoire des ancêtres. Ils constituaient des actes fondateurs qui inscrivaient l’individu dans l’ordre spirituel, familial et communautaire.
Dans la célébration des mariages, les rituels menés par les femmes d’expérience, véritables gardiennes de la mémoire et du savoir, avaient pour mission de transmettre à la future mariée l’essentiel. Elles enseignaient à la future mariée les devoirs de l’épouse, les réalités de la vie conjugale, les secrets de l’intimité et l’art de gouverner un foyer. Les chants invoquaient sur elle la bénédiction, la force, la patience et la fécondité. Le bain rituel, préparé avec une eau infusée par la tante paternelle revêtait également une force symbolique. Il avait pour fonction d’éloigner les mauvais esprits, de purifier le corps et l’âme, et d’appeler sur la nouvelle épouse la bénédiction d’une vie harmonieuse. Puis lors de son arrivée dans son nouveau foyer, d’autres rites venaient consacrer son intégration. La mariée s’enracinait dans sa nouvelle famille, et l’union s’était placée sous le signe de la solidité, appelée à résister aux épreuves de la vie et des aléas de la vie.
Les rituels du baptême, quant à eux, remplissaient une mission tout aussi essentielle. Ils visaient à protéger l’enfant contre les influences malveillantes, à le préparer aux défis qui jalonnent l’existence humaine et, surtout, à l’inscrire dans le giron protecteur de la communauté.
Aujourd’hui, en tournant le dos à ces rituels de mariage, l’union perd une part de la force symbolique et spirituelle qui la soutenait autrefois. Les liens se fragilisent facilement, les divorces se multiplient et les couples peinent parfois à s’intégrer harmonieusement dans le cercle familial. Le mariage, privé de ces rites fondateurs, perd la bénédiction collective qui l’entourait.
De même, lorsque les rituels du baptême sont négligés ou abandonnés, l’enfant risque de ne plus être pleinement intégré dans le tissu communautaire. Il grandit davantage dans l’individualité que dans l’enracinement. Privé de ces protections symboliques et spirituels, il devient plus vulnérable et ne bénéficie plus de la vigilance collective qui, autrefois, veillait sur chaque enfant dès ses premiers jours.
La disparition de ces rituels marque ainsi l’effacement de mécanismes profonds de protection, de transmission et d’intégration qui, pendant des générations, ont contribué à la stabilité des familles et à l’équilibre de la communauté.

Nous avons constaté aujourd’hui que les rituels liés à la circoncision tels qu’ils étaient pratiqués auparavant sont négligés, voire même abandonnés. Quelle était leur importance ?
L’entrée dans la case de l’homme, scellée par le rite de la circoncision, constituait une étape décisive dans la formation de l’identité masculine. Ce moment marquait un véritable passage, une porte solennelle franchie pour rejoindre la communauté des hommes. Les jeunes garçons quittaient alors le foyer familial pour être conduits dans un campement spécialement aménagé pour l’initiation. Ce départ signifiait l’abandon du monde de l’enfance : celui des jeux, de l’insouciance et de la proximité maternelle. Ils devaient se séparer de la chaleur rassurante du foyer et des bras protecteurs de la mère. Ce détachement symbolisait la nécessité d’affronter le monde extérieur, comme une seconde naissance : non plus comme celle d’un enfant, mais comme celle d’un homme, appelé à prendre sa place dans la société. Au campement, une autre existence commençait. Les initiés apprenaient à supporter la douleur sans plainte et à puiser au fond d’eux-mêmes la force de persévérer. Les épreuves, parfois rudes étaient perçues comme une pédagogie de l’endurance : elles gravaient dans la chair et dans l’esprit l’expérience de l’épreuve et rappelaient que la vie ne serait jamais un long fleuve tranquille. Au terme de cette initiation, lorsque l’adolescent revenait parmi les siens, il était considéré comme un homme à part entière, désormais reconnu comme capable d’assumer des responsabilités et, un jour, de fonder son propre foyer.

On ressent, en filigrane, une forme de résistance à une certaine déshumanisation du monde. L’écriture a-t-elle été pour vous une manière de préserver une part d’humanité ?
Aujourd’hui, les relations, les pratiques et les structures perdent leurs dimensions humaines. Et à titre d’exemple, nous pouvons citer la fragilisation des relations sociales : le remplacement des échanges directs par la communication numérique, l’indifférence face à la souffrance et la disparition progressive de certaines formes de solidarité. C’est pourquoi, nous avons cherché à maintenir vivante une part de ce monde où l’homme était au centre des relations et des solidarités dans les échos d’un monde perdu.

À qui pensez-vous en priorité lorsque vous écrivez : à ceux qui reconnaîtront ce monde… ou à ceux qui ne l’ont jamais connu ?
Ce livre s’adresse aussi bien aux jeunes qu’aux anciens. Il se veut une matière à réflexion pour toutes les générations, un espace où chacun peut trouver un écho à son histoire et à sa place dans la chaîne du temps.
Pour les anciens, il est comme une porte ouverte sur leurs propres souvenirs. A travers ces pages, se raviveront les images d’un monde où la vie, malgré ses exigences, était profondément solidaire et humaine. Ils se remémoreront des veillées sous le soleil étoilé, des paroles sages des aînés, des rires des enfants courant librement dans les ruelles du village. En parcourant ces lignes, ils retrouveront une part d’eux-mêmes, avec cette douce mélancolie qui accompagne toujours la mémoire des jours anciens.
Pour les jeunes, ce livre poursuit une autre mission. Il se veut une fenêtre ouverte sur un héritage qu’ils n’ont pas eu l’occasion de connaître. Il leur dévoile un temps où la communauté formait une grande famille, où les valeurs de respect, de courage, de solidarité et de dignité guidaient les pas de chacun. A travers ces récits, ils comprendront que leur présent s’enracine dans les efforts, les sacrifices et la sagesse de ceux qui les ont précédés. Cet ouvrage, en évoquant un monde perçu comme un âge d’or, rappelle à la jeunesse des valeurs autrefois partagées et susceptibles redevenir de véritables repères. La joie et la bienveillance qui traversent ces pages peuvent alors apparaître comme un phare qui éclaire leur chemin face à l’incertitude et à l’ignorance.

S’il ne fallait transmettre qu’une seule chose aux jeunes générations à travers ce livre, quelle serait-elle ?
Si je devais transmettre un héritage à la jeunesse, ce serait la foi dans le travail. Il est la pierre angulaire de toute réussite authentique et lui donne toute sa valeur et sa légitimité. Cependant, la réussite doit s’inscrire dans une démarche éthique. Elle doit être portée par la fidélité à soi-même, le respect des principes, le refus de sacrifier son intégrité sur l’autel de l’ambition. C’est dans cette alliance entre effort, éthique et fidélité à soi-même que se construit une réussite qui honore la société et élève la société.

Enfin, voyez-vous ce livre comme une œuvre unique, ou comme le point de départ d’un travail plus large autour de la mémoire et de la transmission ?
Ce livre est le deuxième d’une série d’ouvrages, après un premier essai biographique intitulé Mbaba Gaël DIOP, une vie d’honneur et d’engagement. Enseignant de formation et originaire du monde rural, j’ai très tôt fait de la transmission du savoir et de l’éducation morale une vocation. Mes années d’enseignement m’avaient permis de prendre conscience de certaines évolutions et déséquilibres sociaux. Plus tard, mon intégration dans l’administration territoriale m’a offert une vision plu large des dynamiques qui traversent nos communautés. De cette double expérience, à la fois éducative et administrative, est née une réflexion que je souhaite partager avec tous ceux qui s’interrogent sur l’évolution de notre société.


Malick Sakho

 

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