Il y a des phrases qui en disent plus long qu’un programme électoral. Celle d’Astou Sakho tient en une seule respiration : si l’on investissait à Kédougou la même somme qu’à Diamniadio, la région se développerait. On pourrait n’y voir qu’une formule bien tournée, un slogan de plus dans le grand bruit de la politique sénégalaise. Mais à l’entendre de sa bouche, portée par cette voix qui ne tremble jamais devant une caméra, on comprend vite qu’elle n’a jamais appris à parler pour ne rien dire. Chez elle, chaque mot pèse le poids d’une région qu’elle refuse de voir oubliée.
Kédougou, c’est sa terre, son point de départ et son horizon. Une région gorgée d’or sous ses collines, et pourtant si pauvre en attention de la part de ceux qui décident loin d’elle. C’est de ce contraste, presque une injustice géographique, qu’est né l’engagement d’Astou Sakho. Devenue chargée de mission auprès du secteur de l’orpaillage, elle a choisi de ne pas détourner le regard des zones d’extraction où des jeunes filles, trop souvent, travaillent au lieu d’apprendre. À travers la Journée Internationale de la Femme Africaine et le mouvement Dafadoy, elle a porté cette cause devant l’opinion, avec la conviction tranquille de celles qui savent que le silence protège rarement les plus faibles.
Mais on la comprend surtout en la regardant marcher. Car Astou Sakho n’est pas de celles qui restent derrière un micro. À la tête de son mouvement, Action pour le Développement du Sénégal, connu localement sous le nom d’Ande Tawaw Sunu Rew, on la retrouve au cœur des quartiers, à Dinguessou comme ailleurs, entourée de femmes drapées de jaune et d’orange qui reprennent en chœur son nom sur des banderoles. Ce sont ces images qui racontent le mieux qui elle est : une présidente qui préfère la poussière des rues à la moquette des bureaux, et qui semble puiser son énergie dans le contact direct avec ceux qu’elle défend.
Cette proximité avec les siens a pris tout son sens le jour où elle a porté, avec le Réseau National des Femmes Engagées de Kédougou, un vaste camp de cataracte à l’hôpital régional Amath Dansokho. Plus de mille personnes reçues, deux cents opérées de la cataracte, une vingtaine soignées en chirurgie plastique, et jusqu’à cent cinquante repas servis chaque jour à des malades venus parfois de très loin. Rien de tout cela ne s’improvise. Il a fallu convaincre, fédérer, faire dialoguer des partenaires aussi différents qu’Azul en Action d’Espagne, OSIWA, le ministère des Mines et de la Géologie, le groupe SGO ou encore ONU Femmes. Un travail de couturière plus que de politicienne, où chaque fil tenu à la main finit par former un tissu solide au service d’une population qui a longtemps attendu qu’on s’occupe d’elle.
Son sens du don ne s’arrête pas aux portes de l’hôpital. Chaque année, elle offre à des dizaines d’enfants de Kédougou des journées de circoncision gratuite, organisées avec le district sanitaire de la ville, comme un rituel de générosité désormais attendu par les familles. C’est sans doute cette constance dans le geste, cette manière de revenir année après année là où d’autres se contentent d’un passage médiatique, qui lui a valu ce surnom qu’on murmure avec tendresse à Kédougou : la dame de fer. Un surnom presque paradoxal pour une femme que ses proches décrivent avant tout comme forte et passionnée, intelligente et affectueuse, et toujours, disent-ils, le sourire aux lèvres.
Le ballon rond n’échappe pas non plus à sa générosité. Marraine de l’ASC Guestu Kmf et de la toute première Super Ligue de Kédougou, elle met la main à la poche pour que les jeunes footballeurs de sa région puissent rêver un peu plus grand. Sur les réseaux sociaux, les messages de remerciement se ressemblent tous, comme un même chœur reconnaissant : merci, disent les clubs, à cette femme brave, toujours au service de la population.
C’est cette énergie de terrain, patiemment construite au fil des années, qui l’a conduite tout naturellement vers l’arène politique. En 2022, elle s’est présentée à la mairie de Kédougou sous un slogan qui lui ressemble, s’engager pour changer, portée par l’ambition de voir sa ville cesser d’être perçue comme une lointaine banlieue sans âme pour devenir enfin une commune fière de ses richesses et de sa jeunesse. Invitée récurrente des plateaux de télévision, de la 2STV à Lamp Fall TV, elle y défend toujours le même fil rouge, celui d’une cohésion sociale portée par les femmes, et d’une région qui reprend enfin sa juste place dans le récit du développement sénégalais.
Des mines d’or aux couloirs d’hôpital, des ruelles de Dinguessou aux plateaux de télévision, Astou Sakho compose, sans jamais forcer le trait, le portrait d’une femme entière. Une femme dont l’engagement ne connaît ni pause ni saison, et qui rappelle, à sa manière discrète et tenace, que le développement d’une région commence souvent par une seule personne qui refuse de baisser les bras.
Malick Sakho