Aïssatou D. Sonko : quand la juriste prend la plume

02 - Novembre - 2026

Née à Dakar, installée à Paris depuis plus de quinze ans, Aïssatou D. Sonko a longtemps gardé ses pensées dans l’intimité de ses écrits. Elle les a laissés mûrir au fil des années, au rythme des expériences, des rencontres et des interrogations que suscite la vie. En août 2026, avec la publication de son premier recueil, À cœur ouvert, aux éditions Baobab, cette juriste de formation franchit un cap : celui d’une femme qui choisit de donner une voix publique à ce qu’elle porte en elle depuis l’enfance.

Il y a chez Aïssatou D. Sonko, deux univers que l’on pourrait croire éloignés, mais qui se rejoignent dans une même exigence : comprendre l’être humain et interroger le monde qui l’entoure. D’un côté, le droit, avec sa rigueur, ses principes et sa recherche d’équilibre. De l’autre, l’écriture, espace de liberté où les émotions trouvent leurs mots et où les convictions se racontent autrement. Son premier livre est né de cette rencontre entre la formation intellectuelle et une sensibilité longtemps restée dans l’ombre.

Son parcours universitaire témoigne d’une solide formation. Diplômée en droit international de l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, elle s’oriente vers les secteurs du développement et des énergies renouvelables, où elle exerce au sein d’instances nationale et internationale. Ces secteurs d’activité la conduisent à une formation en Maîtrise d’ouvrage pour le développement. Un Master pluridisciplinaire portant sur les enjeux de développement durable, organisé conjointement par l’AFD, l’Université Clermont-Auvergne et la FERDI, et qui cible des responsables et cadres d’institutions. Ses activités professionnelles et ses études l’amènent à découvrir plusieurs pays, à côtoyer d’autres réalités et à élargir sa compréhension des sociétés.

Cette ouverture sur le monde nourrit sans doute son regard sur les questions humaines et sociales. Car derrière les diplômes et les responsabilités professionnelles, il y a une femme attentive aux autres, sensible aux injustices et soucieuse de la place que chacun peut occuper dans la société. Épouse et mère de deux enfants, Aïssatou D. Sonko mène cette vie faite d’engagements professionnels et familiaux sans avoir jamais renoncé à ce qui l’accompagne depuis ses premières années : le goût (pour) l’écriture. Longtemps, elle écrit pour elle-même. Les mots sont alors un espace personnel, un moyen de déposer des émotions, de mettre de l’ordre dans ses pensées et de traduire ce que le quotidien ne permet pas toujours de dire.

Cette pratique reste discrète, presque confidentielle, à côté d’une carrière construite dans un tout autre univers. Mais les années passent et cette passion ne s’efface pas. Elle prend de l’ampleur, jusqu’à devenir le point de départ d’un projet littéraire. La parution de « À cœur ouvert », en août 2026, donne aujourd’hui une autre dimension à cette aventure. Préfacé par le poète Dr Ndongo Mbaye, le recueil rassemble des pensées et des textes consacrés à des sujets qui traversent nos sociétés et interrogent nos responsabilités collectives. La condition des femmes, les droits et la protection des enfants, la lutte contre la mendicité infantile, l’engagement citoyen, la préservation de l’environnement et le vivre-ensemble composent les grands axes de cette première œuvre.

Aïssatou D. Sonko ne se contente pas de nommer les difficultés. Elle cherche à faire naître une réflexion, à susciter une prise de conscience, à rappeler que les problèmes de société ne peuvent être abandonnés aux seuls discours institutionnels. La protection de l’enfance, notamment, renvoie à une responsabilité qui engage aussi bien les familles que les communautés et les pouvoirs publics. La condition des femmes, elle invite à regarder en face, les inégalités qui persistent et les combats qui restent à mener. Mais ce qui caractérise son approche, c’est moins la volonté de dénoncer que celle de toucher les consciences. Ses textes portent des indignations, parfois profondes, sans enfermer le lecteur dans une position de coupable ou de juge. Elle préfère ouvrir un dialogue, laisser une place au questionnement et rappeler que la transformation des comportements commence aussi par la capacité à entendre l’autre. Sa plume se veut engagée, mais elle ne renonce ni à la sensibilité ni à la douceur.

C’est précisément dans cette tonalité que le regard du préfacier prend tout son sens. Dr Ndongo Mbaye souligne, dans sa préface, l’ouverture d’un cœur accueillant les vents féconds qui nourrissent la vie humaine. Il relève également la place accordée, dès les premiers textes, à l’éclosion, à la bénédiction divine, à l’amour et à la félicité. Avant les blessures du monde, il y a donc la vie dans ce qu’elle offre de plus lumineux. Avant l’indignation, il y a la capacité de s’émerveiller, d’aimer et de croire encore à la possibilité de relations humaines plus apaisées. Cette alternance entre les préoccupations sociales et les sentiments les plus intimes donne au recueil sa couleur particulière. Le propos ne se réduit pas à une succession de causes à défendre. Il se déploie dans une écriture sensible, parfois musicale, où l’émotion accompagne la pensée. Les mots ne sont pas seulement là pour exposer une idée ; Ils cherchent aussi à la faire résonner chez celui qui lit. Comme si, pour Aïssatou D. Sonko, une parole juste pouvait parfois atteindre là où les grands discours échouent.

Le titre À cœur ouvert prend alors toute sa signification. Il dit une manière d’écrire sans dissimuler ses préoccupations, de livrer ses réflexions sans prétendre détenir toutes les réponses. Il y a dans cette démarche une forme de courage, celui de passer de l’écriture intime au regard du public, avec ce que cela suppose de vulnérabilité et d’exposition. Publier un premier livre, c’est accepter que des pensées longtemps personnelles rencontrent d’autres sensibilités, suscitent des échos, des interrogations ou des désaccords. Pour cette femme de la diaspora, le livre constitue aussi une façon de faire dialoguer plusieurs dimensions de son parcours. Dakar, où elle est née, Paris, où elle a construit une partie importante de sa vie, les études, le travail, la famille et les expériences accumulées au fil des déplacements forment un ensemble qui nourrit sa perception du monde. Sans se limiter à une seule géographie, sa plume s’intéresse à des questions universelles, qui touchent aux droits fondamentaux, à la dignité humaine et à la responsabilité de chacun dans la construction d’une société plus juste.

L’entrée en littérature d’Aïssatou D. Sonko ne signifie pas qu’elle abandonne le droit ou son engagement professionnel. Elle révèle plutôt une autre manière d’exprimer les convictions qui l’animent. Là où le droit établit des principes et des garanties, l’écriture peut donner un visage aux réalités humaines qui se trouvent derrière les textes. Là où le travail mobilise des compétences et des méthodes, la littérature ouvre un espace à l’émotion, à la nuance et à la parole personnelle.

Avec À cœur ouvert, Aïssatou D. Sonko ne cherche pas simplement à ajouter un titre à son parcours. Elle donne corps à une passion longtemps cultivée loin des projecteurs et choisit de partager avec les lecteurs une part de son regard sur la vie. Ce premier recueil marque ainsi le passage d’une écriture gardée pour soi à une parole offerte aux autres. Une parole qui interroge, qui interpelle et qui, surtout, rappelle que l’engagement peut aussi commencer par quelques mots sincères.

Malick Sakho

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