Fatimata Hamey-Warou, la femme qui prête sa voix aux oubliés

02 - Juillet - 2026

Certaines personnes traversent leur époque en laissant derrière elles des discours. D’autres la marquent par leurs actes, leur humanité et la profondeur de leur engagement. Fatimata Hamey-Warou appartient incontestablement à cette seconde catégorie. À Rennes, notamment dans le quartier populaire de Villejean où elle vit et agit depuis de nombreuses années, son nom évoque immédiatement une femme de cœur, de combat et de conviction. Une femme debout, qui a fait de la solidarité une manière d’être et de la défense des plus vulnérables une raison de vivre.

Elle ne cherche ni les honneurs ni les projecteurs. Ce qui l’anime, c’est la dignité humaine. Elle aime à se définir comme « la voix des invisibles, des faibles et des exclus ». Une formule simple, mais qui résume avec une rare justesse le fil conducteur d’une existence entièrement tournée vers les autres. Originaire du Niger, Fatimata Hamey-Warou menait une carrière d’enseignante de français et d’histoire-géographie lorsque sa vie a basculé. Son plus jeune fils, âgé de seulement deux mois, est atteint d’une malformation congénitale nécessitant des soins spécialisés à Paris, à l’hôpital Necker.

Elle quitte alors son pays, laissant derrière elle ses repères et une partie d’elle-même pour accompagner son enfant dans cette épreuve. Ce qui devait être une parenthèse devient un nouveau départ. En France, rien ne lui est offert. Elle reprend ses études à Rennes, obtient une maîtrise en sciences de l’éducation puis un DEA en sciences humaines. Elle élève seule ses trois enfants, tout en multipliant les petits emplois pour subvenir à leurs besoins. Des journées interminables, des nuits écourtées, des sacrifices innombrables. Mais jamais elle ne cède au découragement. « J’ai une dette envers la France », dit-elle souvent avec émotion. Non pas une dette d’assistance, mais une dette de reconnaissance envers un pays qui a permis à son fils de vivre et à sa famille de se reconstruire. Alors elle choisit de rendre ce qu’elle estime avoir reçu : du temps, de l’énergie, de l’amour et un engagement sans faille au service des autres.

Depuis plus de vingt ans, elle s’investit au sein du tissu associatif rennais. À la Maison internationale de Rennes puis dans plusieurs structures d’accompagnement, elle œuvre sans relâche pour favoriser le dialogue entre les cultures, soutenir les migrants, accompagner les familles en difficulté et créer du lien là où s’installent parfois l’isolement et la méfiance. Mais son combat le plus viscéral reste sans doute celui des femmes. Très tôt, elle s’engage contre les violences qui leur sont faites, pour leur autonomie et leur émancipation. Elle écoute celles qui souffrent en silence, accompagne celles qui tentent de se relever et rappelle sans détour que l’égalité ne se mendie pas : elle se conquiert.

Son engagement ne connaît pas de frontières. Entre Rennes et le Niger, elle bâtit des passerelles, porte des projets, sensibilise et transmet. Avec la même énergie, la même sincérité et cette conviction profonde que chaque femme doit pouvoir choisir sa vie et prendre sa place dans la société. Cette volonté de transmission se retrouve également dans son ouvrage L’Arbre à palabres. Bien plus qu’un livre, c’est un espace de dialogue où se croisent des récits de vie, des expériences, des douleurs et des espoirs. Fatimata y réhabilite une tradition africaine ancestrale pour en faire un formidable outil de cohésion sociale. Elle redonne la parole à ceux que l’on entend trop peu et montre que chaque histoire humaine possède une valeur universelle. Ceux qui la connaissent décrivent une femme intègre, chaleureuse et profondément généreuse. Une combattante discrète, qui ne hausse jamais le ton mais ne renonce jamais à ses convictions.

Une femme dont la force réside moins dans les mots qu’elle prononce que dans les vies qu’elle touche. Fatimata Hamey-Warou n’a jamais cherché à devenir un symbole. Pourtant, elle en est un. Celui d’une femme qui a traversé les épreuves sans perdre sa foi en l’humain. Celui d’une mère courageuse devenue une bâtisseuse de fraternité. Celui, enfin, d’une voix qui continue de porter celles et ceux que la société oublie parfois. Et c’est peut-être là sa plus belle victoire : avoir fait de sa propre histoire une lumière pour les autres.

Malick Sakho

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