Fatim Walett, bâtisseuse de ponts et voix des invisibles

02 - Février - 2026

Il y a des femmes dont le parcours ne se raconte pas en lignes droites, mais en cercles, en passerelles, en engagements tissés entre les peuples. Fatim Walett est de celles-là. Franco-malienne, intellectuelle, militante, entrepreneure et femme de terrain, elle incarne une génération de la diaspora africaine qui refuse la résignation et choisit l’action, la connaissance et la solidarité comme boussole.

Formée au droit public, à l’histoire et à la science politique, spécialisée en histoire des relations internationales, Fatim Walett a très tôt compris que les trajectoires individuelles ne peuvent être séparées des grandes dynamiques du monde. Colonisation, migrations, rapports Nord-Sud, politiques publiques : son parcours académique l’a armée pour comprendre, analyser, mais surtout agir. Car chez elle, le savoir n’est jamais abstrait. Il est un outil de justice. Installée en Bretagne, elle s’est imposée au fil des années comme une figure incontournable du monde associatif. Là où beaucoup parlent, Fatim agit. Elle accompagne, oriente, soutient, explique. Elle est de celles qui prennent le temps d’écouter les récits de vie, souvent marqués par l’exil, la précarité et l’injustice administrative. En tant que consultante bénévole en droit des étrangers, elle met ses compétences juridiques au service de celles et ceux que le système oublie trop souvent : personnes sans-papiers, demandeurs d’asile, familles fragilisées, jeunes en errance administrative. Dans ces bureaux associatifs, dans ces salles d’attente où l’angoisse se mêle à l’espoir, Fatim n’est pas seulement une juriste. Elle est une présence rassurante, une voix qui explique les droits, une main qui aide à se relever. Son engagement ne relève ni de la posture ni de l’idéologie : il est profondément humain. Mais Fatim Walett ne se limite pas à la défense juridique. Elle croit aussi à la force des cultures pour transformer les regards. C’est dans cet esprit qu’elle s’est lancée dans l’entrepreneuriat événementiel, convaincue que la musique, les arts, les rencontres et la créativité sont des vecteurs puissants de dialogue et de cohésion. À travers ses projets, elle valorise les talents africains et afro-caribéens, crée des espaces où les identités se rencontrent sans s’opposer, et où la diaspora peut se raconter autrement que par les clichés. Cette même volonté de bâtir des ponts se retrouve dans Diaspo’Afrik Rennes, l’association qu’elle a fondée et qu’elle préside. Bien plus qu’un simple cadre associatif, Diaspo’Afrik est un lieu de mise en réseau, de solidarité et de fierté. On y célèbre le savoir-faire africain, on y soutient des initiatives économiques et sociales, on y renforce les liens entre les communautés du continent et celles de la diaspora. Fatim y défend une vision panafricaine moderne, ouverte, tournée vers la coopération et l’autonomie. Mais l’un des engagements les plus profonds de sa vie reste sans doute celui qu’elle porte pour les personnes autistes. Dans un monde où le handicap est encore trop souvent stigmatisé, nié ou mal compris — et plus encore en Afrique — Fatim a décidé de faire de cette cause un combat central. Elle est aujourd’hui présidente de Voix de l’Autisme en Afrique, une association récemment créée pour sensibiliser, accompagner les familles et faire reconnaître les droits des personnes autistes sur le continent. À travers cette structure, elle s’attaque à des tabous, lutte contre l’exclusion, plaide pour l’accès aux soins, à l’éducation et à la dignité. Là encore, son action dépasse les discours : elle travaille à structurer des réseaux, à produire de l’information fiable, à faire entendre une parole longtemps réduite au silence. Ce qui frappe chez Fatim Walett, c’est la cohérence entre ses combats. Défendre les étrangers, promouvoir la diaspora, valoriser les cultures, soutenir les personnes autistes : tout procède d’une même vision. Celle d’un monde où personne ne doit être relégué aux marges à cause de son origine, de son statut, de sa différence ou de son handicap. Dans une époque marquée par les replis identitaires et la brutalisation du débat public, elle incarne une autre voie : celle du dialogue, de la dignité et de la justice sociale. Discrète mais déterminée, Fatim Walett avance avec une force tranquille, guidée par la conviction que chaque vie compte et que les ponts sont toujours plus puissants que les murs. Pour la diaspora africaine en France et au-delà, elle est aujourd’hui l’une de ces figures qui donnent du sens au mot engagement. Une femme qui, sans bruit, construit des espaces de possibles et redonne voix à celles et ceux que l’on n’entend pas.

Malick Sakho

Commentaires
0 commentaire
Laisser un commentaire
Recopiez les lettres affichées ci-dessous : Image de Contrôle
Autres actualités

Le doyen Seydou Tall, premier président de l'association des Sénégalais de Fl...

02 Février 2026 0 commentaires
Quelques jours seulement après le rappel à Dieu du doyen Khabane Ndaw de Pise, une autre belle âme de la communauté sénégalaise r...
Demande de renseignement

Contactez nous au

07 69 67 77 43

ou