Quelques jours seulement après le rappel à Dieu du doyen Khabane Ndaw de Pise, une autre belle âme de la communauté sénégalaise résidant en Toscane vient de céder à la force implacable de la mort. Le doyen Seydou Tall, premier président de l'association des Sénégalais de Florence, s'en est allé ce lundi 19 janvier 2026 dans la discrétion qui a caractérisé sa vie au cours de ces dernières années.
Cet homme était connu pour son humilité , son sens élevé du devoir , son dévouement sans borne aux causes justes et sa disponibilité à rendre service à ses semblables. Il était un valeureux combattant pour la défense des droits et des libertés, un admirateur de la légalité et un promoteur infatigable de l'unité dans la diversité. Les premiers vendeurs ambulants d'origine sénégalaise de Florence, capitale toscane et berceau de la renaissance italienne, se rappelleront toujours du role de premier plan qu'il joua dans l'organisation et la médiatisation de leur célèbre grève de la faim du mois de mars 1990 pour protester contre le racisme et les violences dont ils étaient victimes... J'ai connu le doyen Seydou Tall dans le cadre de mes activités de recherche et j'ai été aussitot fasciné par sa manière méticuleuse de raconter les événements les plus marquants de la présence sénégalaise en terre toscane . Il détestait la falsification de l'histoire et c'est précisément pour cette raison que je l'avais choisi, sans jamais le lui révéler, pour valider les résultats de mes recherches. A' travers nos diverses conversations téléphoniques,j'ai pu découvrir à quel point il tenait à ce que la mémoire à léguer aux futures générations futures ne puisse souffrir d'aucune entorse. À la page 92 de mon livre intitulé: « Les Sénégalais en Italie : histoire et dynamiques d'un flux migratoire », j'écrivais ceci : « ... le contrat de travail était également un document qui garantissait la pérennité du permis de séjour, car il facilitait son renouvellement. Cependant, comme le souligne Seydou Tall, l'un des premiers leaders de la communauté sénégalaise à Florence, ces deux lois (Foschi et Martelli) n'ont pas eu le même impact sur l'emploi des Sénégalais. Ce citoyen sénégalais, arrivé en Italie en 1984, révèle que la loi n° 943 du 30 décembre 1986 n'a pas vraiment favorisé une insertion professionnelle massive et digne des Sénégalais. Selon lui, les rares personnes qui ont réussi à trouver du travail ont été employées à des tâches pénibles et peu rémunérées (ouvriers agricoles, maçons, aides ménagères, palefreniers...). Avec l'entrée en vigueur de la loi Martelli en 1990 en revanche, la présence des étrangers dans le secteur industriel allait se densifier et à se diversifier. Les Sénégalais ont alors commencé à travailler dans les tanneries et les usines de chaussures du district du cuir (Santa Croce Santa Croce Sull'Arno, Montopoli In Vald'Arno, Santa Maria a Monte, Bientina et San Miniato) ; dans les entreprises métallurgiques de la Valdera et textiles de Prato... C'est donc dire q'avec la mort de Seydou, c'est un pan important de l'histoire de la présence sénégalaise en région toscane qui vient de s'écrouler. J'ose espèrer que les associations sénégalaises de la région toscane rendront à titre posthume un hommage mérité à Seydou Tall et Khabane Ndaw et ne ménageront aucun effort pour préserver leur mémoire. Que la terre du Sénéagal, leur pays natal qu'ils chérissaient tant, leur soit légère.
Adama Guèye (Italie)