Réunissant chercheurs, entrepreneurs et acteurs institutionnels à l’université Rennes 2, la Journée de l’Expertise de la Diaspora organisée par Diaspora Connect Rennes a offert un espace de réflexion inédit sur le rôle stratégique du capital humain sénégalais à l’étranger. Entre analyses sur le brain drain, plaidoyer pour un véritable brain gain et propositions concrètes pour mieux mobiliser les talents expatriés, l’événement a marqué une étape importante dans la quête d’un nouveau pacte pour le développement endogène du Sénégal.
Invité d’honneur de cette journée, Doudou Sidibé, enseignant-chercheur et responsable du département Technologie et Langues à l’ESSIE Paris / Université Gustave Eiffel, a proposé une lecture fine des mutations migratoires. Selon lui, la notion classique de fuite des cerveaux ne suffit plus à décrire les dynamiques actuelles.
« Nous ne sommes plus seulement face à un brain drain : nous pouvons désormais tendre vers un brain gain, une relation gagnant-gagnant », souligne-t-il, évoquant la manière dont la Chine parle aujourd’hui de circulation des cerveaux pour mieux valoriser ses expatriés.
Dans son intervention, il a également attiré l’attention sur le brain waste, un phénomène moins visible mais lourd de conséquences. D’après l’OCDE, 42 % des migrants sénégalais qualifiés vivent une forme de sous-emploi, un gaspillage de talents qui illustre les limites des politiques actuelles.
Pour M. Sidibé, la vision du Sénégal en matière de migration reste encore trop floue. Il plaide pour une politique claire, structurée, capable de mobiliser efficacement les Sénégalais établis à l’étranger.
Les autorités, estime-t-il, gagneraient à utiliser un soft power national, en s’appuyant sur des stratégies d’influence positives pour attirer, reconquérir ou impliquer davantage les profils hautement qualifiés de la diaspora.
Au-delà des transferts financiers, encore trop souvent mis en avant, le chercheur rappelle que la diaspora est porteuse d’un capital immatériel immense : expertise, innovation, réseaux, leadership, capacité d’adaptation. Autant d’atouts qui peuvent contribuer à transformer les secteurs clés du pays.
La journée a été structurée autour de plusieurs panels thématiques abordant les enjeux du moment :
● Capital humain et transfert de compétences
● Entrepreneuriat diasporique et investissement productif
● Culture, art et soft power diasporique
Les discussions ont mis en lumière des réalités souvent partagées : difficultés d’accès à l’investissement, manque de visibilité des dispositifs d’accompagnement, obstacles administratifs ou informationnels.
Malgré ces défis, les participants ont montré un enthousiasme intact et une volonté commune d’apporter des solutions concrètes.
L’événement a enregistré la participation de Monsieur Biram Mbarou Diouf, Premier Conseiller de l’Ambassade du Sénégal en France et Chef du service des Affaires politiques et de la Francophonie, venu représenter l’Ambassadeur.
Dans son allocution, il n’a pas caché sa fierté de voir « une partie de la crème des Sénégalais de la diaspora réfléchir sur les questions de l’heure », saluant l’engagement des participants et la pertinence des thématiques abordées.
Des Sénégalais installés à Paris, Lyon, Nantes et dans plusieurs autres villes ont fait le déplacement jusqu’à Rennes.
Cette forte participation témoigne du dynamisme de la communauté et de son attachement aux initiatives valorisant les compétences et la contribution diasporique.
Le président de Diaspora Connect, M. Ndiaye, a clôturé la journée en remerciant chaleureusement les panélistes et les participants. L’association a annoncé la préparation d’un livre blanc rassemblant les recommandations et pistes de solutions issues des échanges. Ce document sera transmis aux autorités sénégalaises, dans l’espoir de nourrir une réflexion nationale sur le rôle du capital humain expatrié.
En quittant Rennes, les participants sont repartis « le cœur rempli de joie », portés par l’espoir qu’un nouveau pacte entre le Sénégal et sa diaspora pourra enfin émerger, plus ambitieux, plus inclusif et plus en phase avec les défis contemporains.
Malick Sakho