À Bucarest, Cheikh Tidiane Gaye doublement honoré pour son œuvre et son engagement en faveur de la paix

19 - Août - 2026

Bucarest a offert, le 17 août 2026, un nouveau moment fort au parcours de Cheikh Tidiane Gaye. Dans le cadre prestigieux de la Villa Vernescu, lieu emblématique de la vie littéraire roumaine, le poète et écrivain sénégalais d’adoption italienne a reçu deux distinctions décernées par l’Academia Tomitana : le Grand Prix International de la Pléiade et le Prix Jean Cassien pour la Paix. Deux récompenses qui viennent saluer, chacune à sa manière, une œuvre littéraire profondément attachée au dialogue entre les cultures et un engagement personnel en faveur de la fraternité, de la paix et de la rencontre entre les peuples.

Le Grand Prix International de la Pléiade distingue une œuvre poétique qui place au centre de sa démarche le dialogue des cultures, la dignité humaine et la vocation universelle de la Francophonie. Le Prix Jean Cassien pour la Paix vient, quant à lui, reconnaître son engagement en faveur de la paix et de la fraternité, ainsi que son action symbolique autour de la plantation de l’olivier, arbre depuis longtemps associé à l’espérance et à la réconciliation.

Pour comprendre la portée de ces distinctions, il faut regarder le parcours de l’homme qui les reçoit. Né au Sénégal en 1971 et devenu italien d’adoption, Cheikh Tidiane Gaye a construit depuis l’Italie une œuvre qui refuse les frontières étroites. Il vit et travaille dans la région de Milan et s’est progressivement imposé dans le paysage culturel italien et international comme poète, écrivain, éditeur et universitaire. Docteur de recherche en langues, littératures et civilisations romanes, il est également titulaire d’une laurea magistrale en méthodologies philosophiques de l’Université de Gênes. Il est par ailleurs Chevalier des Arts et des Lettres de la République française, distinction qui lui a été attribuée en 2024. 

Son itinéraire littéraire est intimement lié à l’Italie. C’est dans la langue italienne qu’il a commencé à publier, avec Il giuramento, paru en 2001, avant de poursuivre avec plusieurs ouvrages de poésie, de récit et d’essai. Ses textes ont trouvé leur place dans différentes anthologies et certaines de ses œuvres ont été traduites dans plusieurs langues. Son parcours témoigne surtout d’une volonté constante de faire de la littérature un espace de rencontre plutôt qu’un territoire de séparation.

Cette position singulière explique sans doute la place qu’occupe Léopold Sédar Senghor dans son parcours. Cheikh Tidiane Gaye a été le premier Africain à traduire Senghor en italien et a consacré une partie importante de son travail à faire connaître, en Italie et au-delà, la pensée et l’œuvre du poète sénégalais. Il préside aujourd’hui l’Académie Internationale Léopold Sédar Senghor, dont la vocation est notamment de promouvoir la culture, la pensée et l’héritage intellectuel de l’ancien président sénégalais. 

Cette fidélité à Senghor ne se limite pas aux livres et aux travaux universitaires. Elle s’est aussi concrétisée par la création du Prix International de Poésie Léopold Sédar Senghor, dont Cheikh Tidiane Gaye est à l’origine. Le prix entend faire de la poésie un instrument de dialogue, de paix et de solidarité entre les peuples, tout en ouvrant un espace aux auteurs écrivant en français ou en italien. Son rayonnement dépasse aujourd’hui les frontières italiennes et européennes, avec une participation internationale importante. 

L’édition 2026 du prix, organisée à Milan le 9 mai, a une nouvelle fois illustré cette dimension internationale. La cérémonie, tenue à la Bibliothèque Sormani sous l’égide de l’Ambassade de France en Italie et de l’Académie Internationale Léopold Sédar Senghor, a notamment distingué deux poétesses tunisiennes. Cheikh Tidiane Gaye en présidait la cérémonie, confirmant le rôle qu’il joue désormais dans l’animation et la transmission de cette communauté littéraire qui se déploie entre l’Afrique, l’Europe et l’espace méditerranéen.

Chez Cheikh Tidiane Gaye, la poésie n’est donc jamais uniquement affaire de vers, de style ou de reconnaissance littéraire. Elle est pensée comme un langage capable de rapprocher les hommes. Son parcours en Italie en constitue une illustration particulièrement forte : venu du Sénégal, il a choisi de faire de la langue italienne l’un de ses principaux instruments de création, sans jamais renoncer à ses racines africaines ni à l’héritage de la pensée senghorienne. Il revendique d’ailleurs une littérature ouverte aux influences, aux langues et aux sensibilités, refusant de réduire son écriture à la seule catégorie d’« écrivain migrant ».

C’est précisément dans cette capacité à faire dialoguer plusieurs univers que réside une part essentielle de son originalité. Entre le Sénégal de ses origines, l’Italie où il a construit sa vie intellectuelle et professionnelle et les nombreux espaces culturels où son œuvre est désormais reconnue, Cheikh Tidiane Gaye porte une littérature qui circule. Une littérature qui traduit des expériences, rapproche des mémoires et fait de la différence une richesse plutôt qu’un obstacle.

Ses engagements académiques et littéraires prolongent cette démarche. Il est membre de plusieurs institutions culturelles et littéraires internationales et a reçu, au fil des années, diverses distinctions en Europe. Son activité ne se limite pas à la création : il participe également à des rencontres, lectures et manifestations consacrées à la poésie, à l’interculturalité, à l’Afrique et aux questions liées à la coexistence entre les peuples. 

Les deux distinctions reçues à Bucarest prennent ainsi une résonance particulière. Elles ne viennent pas seulement consacrer un écrivain. Elles reconnaissent un itinéraire intellectuel et humain construit autour d’une conviction : la culture peut contribuer à rapprocher ce que l’histoire, les frontières ou les préjugés ont parfois tendance à éloigner.

Dans un monde marqué par les crispations identitaires, les fractures et les incompréhensions, le message porté par une telle démarche garde une actualité évidente. La poésie ne prétend pas régler les conflits, mais elle peut créer un espace où l’autre est d’abord regardé comme un être humain, avec sa mémoire, sa langue, sa sensibilité et sa dignité. C’est dans cet espace que Cheikh Tidiane Gaye poursuit son travail, entre création littéraire, transmission et engagement.

La reconnaissance de Bucarest vient donc ajouter deux nouvelles lignes à un parcours déjà riche. Elle souligne également la place particulière occupée par cet écrivain sénégalais devenu italien d’adoption dans le paysage culturel européen. À travers ses livres, son action autour du Prix International de Poésie Léopold Sédar Senghor et son engagement pour le dialogue interculturel, Cheikh Tidiane Gaye continue de faire de la littérature un lieu de passage entre les peuples.

À Bucarest, la poésie et la paix se sont ainsi retrouvées autour d’un même homme. Deux distinctions, mais une même idée qui traverse son parcours : faire de la culture non pas un territoire réservé à quelques-uns, mais un langage commun capable de rapprocher les hommes.

 

               MALICK SAKHO

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