Economie

Bergame : la voix d'un Khalife Bambilor pour réinventer l'économie de demain

12 - Septembre - 2026

Il y a des discours de parrainage qui se contentent de formules protocolaires. Celui de Thierno Amadou Ba, Khalife Général de Bambilor et Président de l'ONG FWN, prononcé à l'ouverture du Forum Économique de Bergame, a pris une toute autre ampleur. Devant la Ministre Maimouna Dièye, Marraine de l'événement, la Présidente de l'ONG Tringa Awa Thiam, les autorités religieuses et coutumières, ainsi que les nombreux partenaires sénégalais et italiens réunis pour l'occasion, le Khalife a livré une véritable feuille de route pour repenser le développement à l'aune de l'Économie Sociale et Solidaire (ESS).
Son constat initial donne le ton de toute l'intervention : le monde n'a jamais disposé d'autant de connaissances, de technologies et de capacités de production  et pourtant les inégalités demeurent profondes. Des millions de jeunes cherchent toujours leur première opportunité, des femmes entreprennent sans accès suffisant au financement, des territoires riches en ressources restent privés d'infrastructures. Face à ce constat, le Khalife pose une question qu'il considère comme centrale : la performance économique peut-elle rester notre seul horizon ? Sa réponse est sans ambiguïté : l'économie doit devenir une science de la dignité autant qu'une science de la croissance, fondée sur la coopération plutôt que l'exclusion, la responsabilité plutôt que l'individualisme.
Pour donner corps à cette vision, le Khalife puise dans un socle spirituel commun. Il cite le Coran, sourate Al-Mâ'idah, sur le devoir d'entraide dans les bonnes œuvres, avant de rappeler que le christianisme porte lui aussi un message de fraternité et de service qui a inspiré des siècles d'écoles, d'hôpitaux et d'œuvres sociales. Ces deux traditions, dit-il, convergent vers un même principe : la dignité humaine doit rester au cœur de toute organisation économique.
Il élargit ensuite cette réflexion à l'héritage africain et sénégalais, où l'individu n'est jamais totalement séparé du groupe. Dayiras, champs communautaires, réseaux familiaux et associations de femmes y ont longtemps constitué des filets de solidarité efficaces. Mais pour le Khalife, ces traditions ne doivent pas être regardées comme des vestiges du passé : elles sont des ressources à transformer en solutions modernes, un point d'appui pour construire l'avenir plutôt qu'un simple souvenir à célébrer.
L'idée sans doute la plus originale du discours est celle de la diplomatie religieuse comme instrument de développement à part entière, au même titre que la diplomatie politique ou économique. Le Khalife rappelle que dans de nombreuses sociétés africaines, les autorités religieuses disposent d'une capacité unique à rapprocher les communautés, instaurer la confiance et mobiliser les populations autour de projets communs éducation, santé, agriculture, entrepreneuriat, autonomisation des femmes.
Il va plus loin en proposant de transformer les ressources de la solidarité religieuse Zakât, Sadaqa, fondations, œuvres caritatives en véritables investissements sociaux durables. L'enjeu, selon ses mots, est de passer progressivement de l'assistance à l'autonomisation, de la charité ponctuelle à l'investissement social, de l'aide à la création d'opportunités. Une formule résume cette philosophie : donner à quelqu'un de quoi vivre un jour est utile, mais lui donner une formation, un outil de travail et les moyens de créer son propre emploi change durablement sa trajectoire. Cette solidarité-là, insiste-t-il, ne crée pas de dépendance : elle crée de l'autonomie. Le Khalife y voit également un facteur de paix, estimant qu'un jeune formé et employé, ou une femme économiquement autonome, sont les meilleurs garants de la stabilité de leur communauté.
Le discours consacre un développement entier à la jeunesse africaine, présentée non comme un problème mais comme la plus grande opportunité du continent, à condition de lui donner les moyens de transformer son potentiel en réussite : formation, apprentissage, entrepreneuriat, accès au financement et, souligne-t-il, la confiance. Il appelle dans le même mouvement à renforcer l'autonomisation économique des femmes, rappelant que lorsqu'une femme dispose d'une activité économique, c'est toute une famille, puis toute une communauté, qui en bénéficie.
Sur le numérique et l'intelligence artificielle, le Khalife tient une position nuancée et volontariste. Ces transformations sont inévitables, dit-il ; la vraie question n'est pas de savoir si elles auront lieu, mais au service de qui elles seront mises. Bien orientées, elles peuvent devenir un extraordinaire outil d'inclusion : permettre à un petit producteur d'accéder à de nouveaux marchés, à une jeune entrepreneure de vendre au-delà de son territoire, à un jeune diplômé de travailler à distance. Il appelle ainsi à bâtir une économie sociale et solidaire capable de conjuguer tradition et innovation, spiritualité et responsabilité, technologie et humanisme.
Le Khalife referme son intervention sur un appel à de nouvelles alliances entre États et communautés, entreprises et organisations sociales, investisseurs et entrepreneurs sociaux, jeunes et générations précédentes fondées sur la confiance et la responsabilité partagées. Sa formule de conclusion résume l'ambition de tout le forum : transformer la solidarité en action, l'action en opportunités, les opportunités en emplois, les emplois en dignité, et la dignité en développement.
Un message qui a trouvé un écho particulier auprès de la diaspora sénégalaise, largement représentée à Bergame et régulièrement citée par le Khalife tout au long de son propos comme une force de développement à structurer davantage autour de projets communautaires durables plutôt que de simples transferts financiers ponctuels.
En filigrane de ce discours, une conviction domine : la solidarité n'est pas une faiblesse à corriger par la charité occasionnelle, mais une force économique, sociale, culturelle et diplomatique à part entière capable, si elle est bien orientée, de bâtir une prospérité véritablement partagée.


Malick sakho

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