Sous couvert d’une simple exportation de denrées alimentaires, un conteneur en partance pour le Sénégal renfermait en réalité des carcasses de véhicules non dépolluées et des deux-roues démontés pour effacer toute trace de leur origine. L’affaire, révélée début août par la presse lombarde, a débouché sur six perquisitions et le renvoi de dix personnes devant la justice.
Une enquête menée entre deux provinces
L’opération remonte aux Carabinieri forestali, plus précisément au Nucleo investigativo di polizia ambientale, agroalimentare e forestale de Milan, sous la houlette de la Direction antimafia du parquet milanais. Les recherches ont visé cinq centres de casse automobile ainsi qu’un entrepreneur individuel de nationalité sénégalaise, répartis entre les provinces de Milan et de Monza-Brianza.
Les personnes mises en cause devront répondre, selon les cas, de gestion illicite de déchets, d’expédition transfrontalière irrégulière et d’activités organisées de trafic de déchets. Leur responsabilité reste bien sûr à établir dans le cadre de la procédure judiciaire en cours.
Des motos et des moteurs sous une fausse déclaration de denrées alimentaires
C’est l’un des volets les plus frappants du dossier. Sur les documents douaniers, le conteneur destiné à l’Afrique de l’Ouest était censé transporter des produits alimentaires. Dans les faits, les enquêteurs y ont découvert des dizaines de carcasses de deux-roues provenant de casses automobiles de la périphérie milanaise, ainsi que de nombreux moteurs n’ayant jamais subi la dépollution obligatoire.
Cette absence de traitement transformait ces pièces en déchets classés dangereux. S’y ajoutaient des déchets d’équipements électriques et électroniques, les fameux DEEE, eux aussi soumis à des règles strictes d’élimination.
Neuf motos volées démontées pour brouiller les pistes
Plus troublant encore : neuf des deux-roues retrouvés dans le conteneur provenaient de vols. Selon les enquêteurs, ils avaient été volontairement démontés pour compliquer leur identification. Ce que l’enquête devait établir comme un simple trafic de déchets vers l’étranger a donc pris une tournure plus large, révélant la présence de biens d’origine délictueuse dissimulés au cœur même du chargement.
Une casse automobile en Brianza dans le viseur
L’autre pan de l’enquête concerne une entreprise de démolition automobile de la province de Monza-Brianza, pourtant dûment autorisée à traiter les véhicules hors d’usage. Selon l’accusation, elle aurait géré de façon systématique et continue des volumes considérables de déchets sans respecter les obligations de traçabilité ni les normes de traitement.
Des véhicules destinés à la casse y seraient entrés sans la documentation requise, et leur traitement aurait été effectué en violation de la réglementation, aboutissant à une élimination illicite de déchets dangereux.
Ce que les militaires ont saisi
Les perquisitions menées dans cette entreprise ont permis la saisie de cinq motos jugées d’origine illicite, de 120 mètres cubes de déchets métalliques et de quatorze carcasses de voitures remplies de déchets spéciaux étrangers à l’activité normale de démolition. Vingt blocs moteurs dont l’origine n’a pu être reconstituée ont également été saisis, tout comme une documentation relative à la traçabilité des déchets, désormais examinée par les enquêteurs.
L’ensemble des vérifications a été conduit par le Nipaaf de Milan, unité des Carabinieri spécialisée dans les délits environnementaux et le trafic illicite de déchets.
Malick sakho