Elhadji Assane Yague appartient à cette catégorie d’hommes façonnés très tôt par l’épreuve, mais qui choisissent de transformer chaque difficulté en levier de construction. Derrière le responsable politique et associatif que l’on connaît aujourd’hui se dessine avant tout un parcours humain dense, marqué par le courage, la discipline et une loyauté constante envers ses racines. Né à Dagana, dans le nord du Sénégal, il découvre très jeune la fragilité de la vie avec la perte de sa mère à seulement sept ans. Une épreuve fondatrice, adoucie par la présence rassurante d’une grand-mère aimante, qui lui transmet des valeurs essentielles : la dignité, le respect et le sens du devoir. À neuf ans, son père, figure à la fois bienveillante et rigoureuse, le fait venir à Saint-Louis. Directeur de pharmacie à l’hôpital, ce dernier incarne pour lui un modèle d’organisation et de responsabilité.
C'est dans cet environnement que le jeune Elhadji forge ses premiers repères. Élève appliqué jusqu’en classe de troisième, il se distingue surtout par une maturité précoce. Très tôt, il est plongé dans le monde du travail aux côtés de son père, en tant que vendeur dans la pharmacie familiale. Cette immersion lui apprend bien plus que les gestes du métier : elle lui inculque le sens de la gestion, le contact humain et, déjà, les bases d’un esprit entrepreneurial. Parallèlement, il s’essaie à l’élevage et à l’agriculture, deux domaines qui traduisent son attachement profond à la terre et à l’autonomie économique. Son départ pour l’Italie ne relève pas d’un choix personnel immédiat, mais d’une décision paternelle qu’il mettra des années à comprendre pleinement. Avec le recul, il y voit aujourd’hui un acte de protection et d’anticipation. Une décision lourde de sens, qui témoigne de la clairvoyance d’un père soucieux d’offrir à son fils un horizon plus large.
À son arrivée en Europe, le décor change brutalement. L’Italie ne lui offre aucun confort initial, seulement une réalité exigeante. Très vite, ses oncles lui font comprendre une règle simple : ici, rien ne s’obtient sans effort. Moins de dix jours après son arrivée, il est déjà debout à l’aube, sillonnant les rails en train avec un cousin pour acheter et revendre des marchandises. Il découvre la débrouillardise des « Modou-Modou », cette école de la rue où se forgent endurance et sens des affaires. Mais Elhadji Assane Yague ne se contente pas de survivre. Il construit. Deux ans plus tard, il intègre le monde industriel. Une stabilité fragile, mais suffisante pour nourrir une ambition plus grande : reprendre ses études. Là encore, son parcours se distingue par une détermination hors norme.
Inscrit au CPIA de Limbiate, puis à celui de Desio, il enchaîne les formations, renforce ses bases scientifiques et poursuit jusqu’à l’institut Enrico Fermi de Desio. Il y obtient son diplôme de technicien supérieur en mécanique et mécatronique. Ce succès académique n’est pas le fruit d’un confort, mais d’un sacrifice quotidien.
Pendant des années, ses journées commencent à 6 heures du matin et se terminent tard dans la nuit, après les cours. Un rythme éprouvant, presque inhumain, qu’il assume pourtant avec constance. Pour lui, il ne s’agit pas seulement de réussir, mais de mériter sa place. Dans le monde professionnel, il s’impose progressivement comme un élément fiable et stratégique. Spécialisé dans les secteurs industriel, métallomécanique et métallurgique, il développe également une solide expertise en logistique. Son sens de l’analyse et son engagement lui permettent de jouer un rôle déterminant dans le redressement de l’entreprise qui l’emploie, alors menacée de fermeture. Cette contribution lui vaut reconnaissance et promotion.
Mais au-delà de sa réussite personnelle, Elhadji Assane Yague se distingue par une constante : l’ouverture aux autres. Il utilise sa position pour créer des opportunités, facilitant l’accès à l’emploi pour plusieurs Sénégalais en Italie. Une manière concrète de rendre ce qu’il estime avoir reçu, et de maintenir un lien actif avec sa communauté. Cet engagement se prolonge naturellement dans la sphère associative et politique.
Ancien militant de Pastef, il fait partie des plus jeunes figures à avoir intégré le cercle des sages du mouvement entre 2017 et 2019, signe d’une crédibilité acquise sur le terrain. Aujourd’hui, en tant que coordinateur de la coalition Diomaye Président en Italie et secrétaire national chargé de la massification du parti RPD/Defko, il incarne une nouvelle génération de leaders de la diaspora : structurés, expérimentés et profondément connectés aux réalités sociales. Chez lui, l’engagement politique n’est pas une posture. Il s’inscrit dans la continuité d’un parcours fait de responsabilités assumées et de combats menés avec méthode. Il ne cherche ni la lumière facile ni les raccourcis, mais privilégie l’efficacité, la proximité et la constance. Le portrait d’Elhadji Assane Yague est celui d’un homme en mouvement, fidèle à son histoire mais résolument tourné vers l’avenir. Un homme qui a appris très tôt que rien ne se donne, que tout se construit, et que la réussite n’a de valeur que lorsqu’elle est partagée.
Malick Sakho