La Chambre de commerce, d’industrie et d’agriculture de Thiès a accueilli ce samedi 23 mai 2026, un forum public de haut niveau. Experts, décideurs et citoyens s'y sont rassemblés pour repenser le financement du développement local à travers l’entrepreneuriat populaire.
Le débat a tourné autour d’une question centrale : « Financement populaire et entrepreneuriat, quelle place pour "Teg Teggi Tekki" dans la mobilisation des ressources internes ? » L'événement a attiré une foule immense, impatiente de découvrir des solutions de rupture adaptées aux réalités sénégalaises.
L'enracinement culturel comme solution de financement
Pour disséquer cette problématique, les organisateurs ont réuni un panel d'intellectuels et d'acteurs de terrain de premier plan. Parmi eux, le magistrat au Pôle Judiciaire Financier et auteur, Mamadou Yakham Keita. Fort de son expérience au tribunal, il a apporté un éclairage juridique et éthique crucial à travers son projet « Teg Teggi Tekki ».
« Le prétoire nous a servi de vitrine pour observer notre société », a expliqué le juge Keita, auteur de l'ouvrage Tontine populaire pour l’entrepreneuriat et l’emploi en Afrique "Teg Teggi Tekki".
« Malgré l'efficacité de la microfinance, de nombreux problèmes d'emploi et de financement des jeunes restent non résolus. C’est pourquoi nous devons explorer d’autres voies, inspirées et enracinées dans nos réalités culturelles, pour bâtir un nouveau système. C'est ce qui nous inspiré pour mettre en place un système de financement de l'entrepreneuriat pour les jeunes et pour les femmes », a indiqué le magistrat, Yakham Keita.
Un modèle validé par les économistes et l'État
Le Professeur El Hadj Mounirou Ndiaye, ministre-conseiller et chef du bureau d’évaluation des politiques publiques, a partagé la vision stratégique de l'État aux côtés de l’économiste financier Cheikh Omar Diagne. Pour lui, ce mécanisme basé sur la cotisation citoyenne est une arme de résilience financière massive.
« Le juge Keita a fait un travail de réflexion fondamental qui touche directement un sujet de société : le modèle entrepreneurial », a salué le Pr Mounirou Ndiaye avant dajouter :« en tant qu'économiste, je constate qu'un juriste a su formuler des propositions concrètes et parfaitement opérationnelles. La journée a été riche en échanges, et l'idée de transformer ce projet en fondation est déjà sur la table. », a martelé Pr El Hadj Mounirou Ndiaye ministre-conseiller.
Durant plusieurs heures, les thématiques majeures ont été abordées sans tabou : justice économique, partage équitable des richesses et activation de l’épargne locale face aux rigidités des banques traditionnelles.
De la théorie à la pratique industrielle
L'opérateur économique et investisseur Mayoro Mbaye a apporté son pragmatisme à la rencontre. Séduit par la vision du magistrat, il a décidé d'accompagner concrètement le projet en le connectant au tissu industriel local.
« Le juge Keita a posé des bases claires avec des concepts que nous comprenons tous », a souligné Mayoro Mbaye.
« En entreprise, cela se traduit par l'épargne, l'investissement et la création d'emplois pérennes. Pour passer de la théorie à la pratique, nous pouvons adosser cette épargne citoyenne à des projets concrets, comme la toute nouvelle Citadelle Industrielle de Thiès. Les accords signés récemment à Paris pour fabriquer des équipements au Sénégal prouvent que nous pouvons créer des pôles industriels viables grâce à l'épargne locale et nos partenaires extérieurs. », a conclu l'investisseur Mayoro Mbaye.
Ce forum de Thiès pose ainsi les jalons d’un modèle économique endogène. En plaçant la mobilisation communautaire au cœur de la création d'emplois, la ville s'impose en pionnière de la souveraineté nationale.
Aly Saleh