AL AMINOU LÔ : UNE DPG RÉUSSIE, PORTÉE PAR LA LUCIDITÉ, LA CLARTÉ, LA RESPONSABILITÉ ET LE RÉALISME

08 - Septembre - 2026

J’avais des attentes élevées pour la Déclaration de politique générale (DPG) d’Ahmadou Al Aminou Lô. Je voulais un bilan, des priorités, des arbitrages, une méthode et surtout une parole qui regarde les réalités du pays telles qu’elles sont.

Après l’avoir écouté, je veux simplement lui rendre hommage.

Cette DPG est, à mes yeux, une réussite.

Pas parce que je partagerais nécessairement chacune des mesures annoncées. Pas davantage parce que toutes les réponses auraient été apportées en quelques heures. Mais parce que j’y ai retrouvé quatre qualités devenues essentielles dans l’exercice du pouvoir : la lucidité, la clarté, le sens des responsabilités et le réalisme.

Ahmadou Al Aminou Lô n’est pas arrivé devant l’Assemblée nationale avec la posture de celui qui prétend avoir découvert le Sénégal le jour de sa nomination. Il a rappelé avoir participé à la préparation de la précédente DPG, avoir été Secrétaire général du Gouvernement, puis ministre chargé du suivi, du pilotage et de l’évaluation de l’Agenda « Sénégal 2050 ». Il assume donc explicitement un « actif et passif commun d’avril 2024 à mai 2026 ». C’est suffisamment rare en politique pour être souligné.

Il aurait pu prendre ses distances avec ce qui a précédé. Il a choisi la continuité et la responsabilité : « Rien ne change donc […] le cap sera maintenu. »

Mais il ajoute immédiatement l’essentiel : la méthode, elle, doit évoluer.

Cette distinction entre le cap et la méthode est probablement l’un des passages les plus intelligents de son discours. Une conviction politique peut demeurer ; les instruments utilisés pour la réaliser doivent pouvoir changer lorsque les circonstances, les résultats ou les contraintes l’exigent.

C’est le sens de son recours à Max Weber et à la distinction entre éthique de la conviction et éthique de la responsabilité. Rester fidèle à ce que l’on croit juste, tout en acceptant de mesurer les conséquences réelles de ses décisions sur les Sénégalais, l’économie nationale et les relations internationales.

Cette posture traverse toute la DPG.

Il fallait du courage politique pour dire devant la représentation nationale : « Nous nous sommes appauvris en 2025. »

Il fallait de la lucidité pour reconnaître que le Plan de redressement économique et social (PRES), malgré ses ambitions, « peine à délivrer toutes ses promesses », avec seulement 172,5 milliards de francs CFA de ressources domestiques mobilisées à fin août sur un objectif de 303,3 milliards, soit 56,9 %.

Il fallait également du réalisme pour rappeler une évidence économique trop longtemps noyée dans les controverses : le Sénégal est une petite économie ouverte.

Nous voulons davantage de souveraineté. Nous devons développer le financement endogène. Mais notre épargne ne suffit pas encore à financer toutes nos ambitions. Nous avons donc besoin des marchés, de partenaires, d’investissements étrangers et des institutions financières auxquelles nous avons souverainement choisi d’appartenir.

Dire cela n’est pas capituler.

C’est gouverner.

J’ai également apprécié sa manière d’aborder le Fonds monétaire international (FMI). Ni diabolisation, ni soumission. Le Sénégal est membre du FMI ; il doit y défendre ses intérêts et utiliser les instruments qui peuvent contribuer à restaurer sa crédibilité et ses marges de manœuvre.

Même approche sur la dette : il ne nie pas l’ampleur du problème, n’occulte pas les erreurs passées et ne fait pas non plus de la dénonciation de l’héritage un programme de gouvernement. Il reconnaît que l’inaction a elle-même eu un coût et assume désormais la nécessité de traiter la dette.

C’est cela que j’appelle la responsabilité : hériter d’un problème ne dispense jamais de répondre de la manière dont on le gère ensuite.

J’ai aussi apprécié le ton.

Dans une période où le débat public est souvent réduit aux personnes, aux camps et aux invectives, Ahmadou Al Aminou Lô a essentiellement parlé de l’État, de chiffres, de contraintes, de choix et de solutions.

Même lorsqu’il répondait implicitement à des controverses politiques majeures, il a cherché à ramener la discussion sur le terrain de la politique publique.

Ce n’est peut-être pas spectaculaire.

Mais c’est précisément ce dont notre démocratie a besoin.

Son parcours explique probablement une partie de cette posture. Économiste de formation, ancien directeur national de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), spécialiste de macroéconomie, de régulation bancaire et de marchés financiers, il appartient davantage à la culture du dossier, de l’institution et de l’évaluation qu’à celle de l’effet de tribune.

Et pourtant, ce technicien a su parler politique.

Lors de sa nomination, il avait qualifié sa fonction de « sacerdoce » et promis un gouvernement de mission et d’obligation de résultats.

Sa DPG donne aujourd’hui un contenu à cette promesse : prioriser, exécuter, dialoguer et rendre compte.

Elle va même plus loin en annonçant un tableau de bord public permettant aux citoyens, aux journalistes et aux élus de juger les résultats.

Tout reste évidemment à faire.

Une belle DPG ne crée pas un emploi, ne paie pas une bourse sociale, ne réduit pas une facture d’électricité et ne construit pas une école.

Le Premier ministre le sait probablement mieux que quiconque puisqu’il demande lui-même à être jugé sur les résultats.

C’est justement pour cela que je veux saluer cette étape.

La lucidité pour regarder le Sénégal tel qu’il est.
La clarté pour dire les contraintes.
La responsabilité pour assumer l’actif comme le passif.
Le réalisme pour adapter la méthode sans renoncer à l’ambition.

Dans une période difficile pour notre pays, cette posture mérite d’être encouragée.

La DPG est réussie.

Bravo, Monsieur le Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lô. Et maintenant, plein succès dans la tâche autrement plus difficile de transformer cette parole en résultats pour les Sénégalais.

Pr Falilou COUNDOUL - universitaire, acteur politique et responsable du Think Tank Pragmatisme Social-Démocrate

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