L’intelligence artificielle (IA), bien qu’étant une avancée technologique majeure, représente aujourd’hui un nouveau défi dans la lutte contre la désinformation. C’est ce qu’a souligné samedi à Dakar Mamadou Diagne, président de la Convention des jeunes reporters du Sénégal (CJRS), à l’occasion de la Journée mondiale de la liberté de la presse.
« La désinformation prend désormais une autre dimension avec l’émergence des deepfakes, des contenus générés par des algorithmes, des vidéos manipulées, des audios entièrement fabriqués, ou encore des images quasi impossibles à différencier de la réalité. Le mensonge devient crédible, la manipulation difficilement repérable à l’œil nu. Le doute s’installe comme nouvelle norme », a-t-il alerté lors d’un panel consacré à l’impact de l’intelligence artificielle sur la liberté de la presse et les médias.
Face à cette nouvelle donne, Mamadou Diagne appelle les professionnels des médias à s’interroger sur leur rôle et à renforcer leur posture de « veilleurs ». « Le journaliste doit plus que jamais vérifier, recouper les sources, contextualiser, prendre le temps d’analyser, et résister à la dictature de l’instantané. Rigueur, éthique et prudence ne sont plus des options : ce sont nos boucliers », a-t-il insisté.
Il a exhorté les journalistes à s’équiper d’outils adaptés, à collaborer avec des experts en IA, à développer des techniques de détection des contenus artificiels, et à former les nouvelles générations de professionnels aux risques liés à ces technologies.
Le président de la CJRS a aussi lancé un appel à l’ensemble des acteurs du secteur : médias, organisations professionnelles, institutions et ministères, notamment celui de la Communication, afin de bâtir une réponse collective face aux enjeux de l’IA.
« Il nous faut alerter, sensibiliser, former, accompagner les rédactions, mais aussi porter un plaidoyer fort pour une régulation adéquate et des ressources accrues. La survie d’un journalisme libre, indépendant et crédible en dépend », a-t-il souligné, rappelant que la CJRS œuvre déjà en ce sens à travers Le bulletin du reporter, lancé en pleine montée des fake news dans un contexte de fortes tensions au Sénégal.
F . SECK