Diaspagro : à Massy, la diaspora passe de la parole aux actes

10 - Octobre - 2026

Réunis le samedi 10 octobre à Massy, des Sénégalais venus notamment d’Italie, de Suisse et du Luxembourg ont participé à la deuxième édition de la Masterclass Agrobusiness organisée par Diaspagro. Au cœur des échanges, une ambition commune : transformer l’épargne de la diaspora en investissements productifs et contribuer à la souveraineté alimentaire du Sénégal.
La diaspora sénégalaise envoie chaque année des sommes considérables au pays. Une partie importante de cet argent sert à répondre aux besoins quotidiens des familles, à financer des constructions ou à soutenir des proches. Mais comment faire en sorte que ces transferts contribuent davantage à la création de richesses et d’emplois durables ? C’est à cette question que Diaspagro entend apporter des réponses concrètes.
Le samedi 10 octobre, à Massy, en région parisienne, la deuxième édition de sa Masterclass Agrobusiness a réuni des participants venus de plusieurs pays européens, notamment d’Italie, de Suisse et du Luxembourg. Leur présence témoignait d’un intérêt grandissant pour les possibilités d’investissement dans l’agriculture sénégalaise, mais aussi d’une volonté de mieux comprendre les conditions nécessaires à la réussite de tels projets.
L’enjeu dépasse la seule recherche de rentabilité individuelle. Pour Diaspagro, il s’agit de faire évoluer les habitudes d’investissement de la diaspora en l’orientant davantage vers des activités productives, capables de générer des revenus, de créer des emplois et de participer au développement économique du Sénégal. L’agriculture apparaît, dans cette perspective, comme un secteur stratégique, notamment au regard des défis que pose la dépendance alimentaire du pays.
La démarche défendue par Diaspagro repose sur un accompagnement technique, juridique et financier des investisseurs. La structure entend également favoriser la mise en place d’un projet agricole organisé sous la forme d’une société par actions, ouverte à de nouveaux actionnaires issus de la diaspora. L’objectif est de proposer un cadre d’investissement plus structuré, dans lequel les ambitions individuelles peuvent s’inscrire dans une dynamique collective.
Encore faut-il connaître les réalités du secteur, évaluer les risques et maîtriser les mécanismes de gestion. C’est précisément sur ces questions que Souleymane Agne, dirigeant de Fraisen, formateur et spécialiste de l’agrobusiness, a consacré une large partie de son intervention. Figure centrale de cette deuxième édition, il a conduit les échanges avec une approche directe, privilégiant les explications concrètes aux discours de circonstance.
Connu pour son travail autour de la culture de la fraise, Souleymane Agne s’intéresse également à d’autres productions, parmi lesquelles la framboise, le figuier, le poivre, la vanille et le petit cola. Cette diversité illustre sa volonté d’explorer des possibilités de production moins conventionnelles, à condition de tenir compte des exigences agronomiques, des conditions climatiques et des débouchés commerciaux.
Au fil de son parcours, il a également fait de la formation des jeunes et de l’accompagnement des Sénégalais de l’extérieur une dimension importante de son engagement. La recherche de terres pour ceux qui souhaitent investir au pays s’inscrit dans cette même logique. Mais son message ne se limite pas à l’accès au foncier. Il insiste sur la nécessité d’aborder l’agriculture comme une véritable activité économique, qui exige une préparation sérieuse, des compétences, une gestion rigoureuse et une bonne connaissance des marchés.
Son approche repose sur une conviction qu’il a rappelée devant les participants : l’investissement doit permettre à la diaspora de construire son propre patrimoine plutôt que de consacrer systématiquement ses ressources à celui d’autrui. Derrière cette formule se pose une question essentielle, celle de la capacité des Sénégalais de l’extérieur à devenir des acteurs directs de la production et du développement économique de leur pays.
La masterclass s’est articulée autour de deux grands axes. Le premier portait sur les conditions nécessaires pour concrétiser un projet agricole, tandis que le second abordait les stratégies susceptibles d’en améliorer la rentabilité. De la préparation du projet à la maîtrise des coûts, en passant par les choix de production et les perspectives commerciales, les échanges ont permis d’aborder plusieurs des préoccupations auxquelles sont confrontés les investisseurs.
L’intérêt manifesté par le public s’est particulièrement fait sentir lors de la séance de questions et de réponses. Les participants ont cherché à mieux comprendre les démarches à entreprendre, les moyens de sécuriser leur capital et les conditions à réunir avant de se lancer. Ces interrogations ont donné à la rencontre une dimension pratique, en rapprochant les orientations présentées des réalités auxquelles les porteurs de projets doivent faire face.
La présence de Son Excellence Baye Moctar Diop, ambassadeur du Sénégal en France, a également marqué cette journée. Son intervention a été suivie avec attention par les participants. Au-delà de la portée de son discours, la présence du représentant diplomatique sénégalais soulignait l’importance de la mobilisation de la diaspora autour des enjeux économiques du pays. Elle rappelait aussi la nécessité de créer des passerelles entre les initiatives privées, les investisseurs établis à l’étranger et les institutions chargées d’accompagner le développement national.
Les panélistes ont, pour leur part, enrichi les discussions en apportant des éclairages complémentaires sur la gestion, le financement et la conduite des entreprises. Leurs contributions ont permis d’élargir la réflexion au-delà des seules techniques agricoles, car un projet ne peut réussir durablement sans un modèle économique cohérent, une organisation adaptée et une évaluation réaliste de ses perspectives.
Cette deuxième édition de la Masterclass Agrobusiness aura ainsi permis de mettre en discussion une question déterminante pour l’avenir de la diaspora sénégalaise : comment passer d’un soutien financier essentiellement destiné aux besoins immédiats à des investissements capables de produire des effets économiques durables ?
La réponse ne se trouvera pas uniquement dans les salles de conférence. Elle dépendra de la concrétisation des projets, de la transparence dans la gestion des fonds, de la qualité de l’accompagnement proposé et de la confiance que les investisseurs pourront accorder aux structures chargées de porter leurs ambitions. Dans un secteur exposé aux aléas climatiques, aux fluctuations des marchés et aux contraintes de financement, la prudence et la rigueur seront aussi importantes que la volonté d’entreprendre.
En réunissant à Massy des Sénégalais venus de plusieurs pays européens autour de ces préoccupations, Diaspagro a contribué à ouvrir un espace de réflexion et d’échange sur les possibilités d’investissement agricole au Sénégal. La rencontre a posé des bases. Le véritable enjeu sera désormais de transformer les connaissances acquises, les contacts établis et les intentions exprimées en projets viables.
Car l’avenir de l’investissement de la diaspora ne se mesurera pas seulement au nombre de participants présents à une masterclass, mais à la capacité de faire émerger des entreprises solides, créatrices de valeur et d’emplois. C’est à cette condition que l’ambition affichée pourra prendre toute sa dimension et que l’agriculture deviendra, pour davantage de Sénégalais de l’extérieur, un véritable choix d’investissement.
Malick Sakho

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