Awa Cheikh Mbengue : une vie consacrée au service, à la dignité et à l’espérance

01 - Mars - 2026

Il est des parcours qui ne s’expliquent pas uniquement par des dates ou des fonctions. Ils se comprennent à travers les gestes posés dans l’ombre, les mains tendues sans bruit, les combats menés sans relâche pour les autres. Celui d’Awa Cheikh Mbengue appartient à cette catégorie rare : une vie construite dans la dignité, forgée par l’épreuve, consacrée au social, rien que du social.

Née à Thiaroye Gueedj, au Sénégal, Awa Cheikh Mbengue grandit très tôt avec le sens du devoir et de la responsabilité. L’histoire familiale est marquée par la migration, par le sacrifice d’une mère contrainte de partir pour soutenir les siens. Élevée par sa grand-mère, elle comprend dès l’enfance que partir n’est jamais une fuite, mais souvent un acte d’amour. Les circonstances l’obligent à interrompre ses études pour s’occuper de ses frères et sœurs. Ce renoncement n’est pas un abandon ; il devient la première expression concrète de son engagement pour les autres. Avant même de traverser une frontière, Awa avait déjà choisi son camp : celui du service. Arrivée en Espagne au début des années 1990, à une époque où le climat social n’était guère favorable aux migrants africains, elle découvre la dure réalité du racisme institutionnel, des emplois précaires et des regards suspicieux. Employée de maison, aide-soignante, auxiliaire de vie, elle avance sans bruit mais avec détermination. Elle fonde une famille, devient mère de trois enfants et, fidèle à ses valeurs, élargit encore son cercle de responsabilités en soutenant ses proches et en facilitant le regroupement familial.

Loin de s’installer dans une réussite individuelle, elle transforme chaque étape de sa stabilité en levier pour aider d’autres migrants à trouver la leur. À Madrid, sur la place de Lavapiés, elle ouvre le restaurant sénégalais Kilimanjaro. Plus qu’un commerce, ce lieu devient un carrefour culturel, un espace de fraternité, un refuge pour la diaspora. La crise économique de 2008 met fin à l’aventure entrepreneuriale. Mais là où d’autres auraient vu un échec, Awa voit un nouveau départ. Elle retourne vers ce qui l’anime profondément : l’accompagnement social. Pendant des années, elle accompagne les mineurs subsahariens arrivant aux îles Canaries, souvent seuls, démunis, traumatisés par la traversée. Elle les écoute, les protège, les oriente. Elle accueille et héberge les migrants fraîchement arrivés, aide à leur régularisation administrative, les soutient dans leurs démarches juridiques. Son action ne relève pas du discours mais du terrain. Elle agit là où l’urgence est humaine. Aujourd’hui présidente de l’ONG MEPH HUP, elle poursuit ce combat contre l’immigration irrégulière non par la condamnation, mais par la prévention, l’accompagnement et la sensibilisation. Elle sait, pour l’avoir vécu, que derrière chaque traversée se cache une histoire de nécessité. De 2013 à 2023, elle siège au Conseil économique, social et environnemental du Sénégal.

Cette décennie marque une nouvelle dimension de son engagement : porter au niveau institutionnel les préoccupations de la diaspora. Elle comprend que la politique, lorsqu’elle est exercée avec éthique, peut devenir un outil de transformation sociale. Non pas une tribune, mais un instrument au service des invisibles. Éducatrice sociale de profession, cheffe d’entreprise, mère de famille, militante associative, Awa Cheikh Mbengue incarne une forme de leadership profondément humain. On pourrait la comparer à Mère Teresa pour cette capacité à se tenir aux côtés des plus fragiles sans jamais rechercher la lumière. Mais Awa n’imite personne : elle trace son propre sillon, avec la force tranquille des femmes qui construisent sans bruit. Son engagement n’est ni ponctuel ni opportuniste. Il est constant, cohérent, enraciné dans son histoire personnelle. Elle sait ce que signifie quitter son pays. Elle sait ce que signifie recommencer. Elle sait ce que signifie protéger. Ce qui frappe chez Awa Cheikh Mbengue, ce n’est pas seulement l’ampleur de son parcours. C’est l’unité de sa trajectoire. De Thiaroye à Madrid, des cuisines familiales aux instances nationales, des marchés estivaux de tresses africaines aux couloirs institutionnels, le fil conducteur demeure le même : servir. Son histoire nous rappelle que le véritable leadership naît de la proximité avec le peuple, et que certaines existences deviennent, à elles seules, des messages d’espoir. Dans un monde où les discours sont souvent plus nombreux que les actes, Awa Cheikh Mbengue fait partie de ces femmes qui choisissent d’agir. Et d’agir encore. Pour la diaspora, elle n’est pas seulement une responsable ou une militante. Elle est un repère. Une conscience. Une présence.

Malick Sakho

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