Dans la province de Pise, en Italie, la communauté sénégalaise franchit une nouvelle étape dans son projet de disposer d’un lieu qui lui ressemble et lui permette de se retrouver. Forte de plus de 5 000 personnes, elle a engagé une collecte de fonds destinée à réunir plus de 550 000 euros pour acquérir un ancien bâtiment de la Motorizzazione civile, situé via Lenin, à San Martino Ulmiano, entre Pise et San Giuliano Terme. À travers cette initiative, il ne s’agit pas seulement d’acheter un immeuble, mais de répondre à un besoin longtemps exprimé : celui de disposer d’un espace commun pour se rencontrer, transmettre sa culture et renforcer les liens entre les générations.
Pour organiser leurs activités, les Sénégalais de la province de Pise sont souvent contraints de se déplacer vers Fucecchio ou Livourne, où des salles sont parfois mises à leur disposition. Une situation peu adaptée à une communauté aussi importante, qui participe depuis des années à la vie sociale, économique et culturelle de son territoire d’accueil. L’absence d’un lieu permanent complique l’organisation des rencontres associatives, des manifestations culturelles et des activités destinées aux familles et aux jeunes.
Le projet porté par Ibrahima Dieng, président de l’Unità migranti in Italia et de la communauté sénégalaise de la province de Pise, entend apporter une réponse durable à cette difficulté. Selon les informations publiées par le quotidien italien Il Tirreno, dans son édition de Pise du 26 juillet 2026, un accord a été trouvé avec le propriétaire du site. Cette avancée ouvre la voie à un projet qui suscite de grandes attentes au sein de la communauté.
Le bâtiment concerné dispose d’un potentiel important. Il couvre plus de 4 500 mètres carrés et s’accompagne de vastes espaces extérieurs, comprenant notamment une place et des terrains agricoles. Les locaux nécessitent toutefois des travaux de rénovation avant de pouvoir accueillir le public. Les premières projections dessinent déjà les contours d’un espace de vie comprenant une bibliothèque, des salles dédiées aux rencontres, un espace de restauration, des jardins et des aménagements propices aux échanges.
Le futur centre devrait porter le nom de « Teranga », un mot wolof qui renvoie à l’hospitalité, à l’accueil et au partage. Un choix qui ne doit rien au hasard. Au Sénégal, la teranga est bien davantage qu’une expression : elle renvoie à une manière de recevoir, de vivre ensemble et de considérer l’autre. En donnant ce nom au projet, ses initiateurs souhaitent faire de ce lieu un espace fidèle à ces valeurs, où les Sénégalais pourront se retrouver sans pour autant se refermer sur eux-mêmes.
Car l’ambition affichée dépasse les frontières de la communauté. Le centre doit accueillir des manifestations culturelles, des fêtes, des activités éducatives et des rencontres ouvertes à différents publics. Certaines célébrations religieuses pourront également s’y tenir, sans que le site ait vocation à devenir un lieu de culte. L’idée est de créer un espace où les traditions sénégalaises pourront être partagées avec les habitants de la région, dans un esprit de dialogue et de respect mutuel.
Cette ouverture revêt une importance particulière pour les familles et les jeunes générations. Pour les enfants qui grandissent en Italie, disposer d’un tel lieu pourrait faciliter la découverte de la langue, de l’histoire et des traditions de leurs parents. Pour les aînés, ce serait l’occasion de transmettre une mémoire et des repères culturels. Pour les associations, ce centre offrirait un cadre stable pour organiser leurs initiatives et coordonner leurs actions. Il pourrait également favoriser les rencontres avec d’autres communautés et les acteurs locaux.
La communauté sénégalaise occupe une place importante dans la vie de nombreux territoires italiens. À travers le travail, l’entrepreneuriat, les associations et les engagements citoyens, ses membres contribuent à la dynamique économique et sociale de leur pays d’accueil tout en conservant des liens étroits avec le Sénégal. Pourtant, cette présence ne s’accompagne pas toujours d’infrastructures adaptées à la vie collective. Le projet de Pise met ainsi en lumière une réalité souvent évoquée par les associations de la diaspora : l’importance de disposer de lieux où l’on puisse s’organiser, accompagner les plus jeunes et faire vivre une culture dans un cadre ouvert à tous.
Mais avant de voir ce projet devenir réalité, un obstacle majeur reste à franchir : réunir les fonds nécessaires à l’acquisition du site. Le montant annoncé dépasse les 550 000 euros. Une somme considérable pour une communauté dont les membres doivent déjà faire face à leurs obligations familiales et professionnelles. Les promoteurs du projet comptent donc sur la mobilisation collective, mais aussi sur la participation de toutes les personnes et de tous les partenaires qui souhaitent contribuer à cette initiative.
Une campagne de collecte a été lancée au nom de l’Association communauté sénégalaise. Les contributions peuvent notamment être effectuées par virement bancaire, avec la mention « Teranga » en objet. Les sommes recueillies doivent permettre de financer l’achat du bâtiment, sa remise en état et sa réouverture.
Pour Ibrahima Dieng et les personnes engagées à ses côtés, chaque contribution représente davantage qu’un apport financier. Elle participe à la construction d’un patrimoine collectif appelé à servir la communauté sur le long terme. La réussite de cette mobilisation dépendra de la capacité des Sénégalais de Pise et de leurs soutiens à se rassembler autour d’un objectif commun.
À Pise, « Teranga » porte ainsi une ambition qui dépasse la seule question immobilière. Le projet pose celle de la place accordée aux communautés issues de l’immigration dans la vie locale, de la transmission culturelle et des moyens concrets de favoriser le vivre-ensemble. Si la collecte aboutit et que le centre ouvre ses portes comme espéré, la communauté sénégalaise disposera d’un lieu où se retrouver, mais aussi d’une adresse pour faire connaître ses traditions, accueillir ses voisins et prendre toute sa part dans la vie de la société italienne.
Une maison commune, en somme, où l’attachement aux racines pourra se conjuguer avec l’ouverture sur le pays d’accueil. C’est tout le sens donné à ce projet par le choix d’un nom qui, au Sénégal, résume à lui seul l’art de recevoir et de partager : Teranga.
Malick Sakho